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Israël (Société - mentalités)

En Israël : Des synagogues pour les laïques, Cecile Pilverdier
07/11/2008

mercredi 5 novembre 2008

Texte repris du site de "Un écho d’Israël". http://un-echo-israel.net/spip.php?article7050

Le Centre pour un Sionisme Religieux, « Maalé », se mobilise pour ouvrir des dizaines de synagogues communautaires à un public, tant religieux que laïque [1], afin de « faire disparaître les barrières entre Juifs et Juifs ». L’initiateur, le Dr Amnon Shapira, déclare : « Il n’y a pas de raisons pour que la synagogue reste le fief des religieux : l’ouverture de telles synagogues n’a pas pour but la mission, ou la volonté de « faire revenir les laïques à la pratique religieuse; la majorité des activités ne seront pas religieuses ».


Pour ceux qui ne mettent les pieds à la synagogue qu’occasionnellement, il existe déjà un « Sidour (livre de prières) pour laïques », qu’il est impossible de trouver tant son succès a été immense. Quand donc tout le monde se sentira-t-il « chez lui » dans une synagogue ? « Maalé » - le Centre pour un Sionisme Religieux travaille en ce moment à la création, dans tout le pays, de dizaines de synagogues communautaires qui s’adresseront à un public religieux et laïque. Au programme : des activités culturelles et communautaires, des cours, des conférences et des sessions, et aussi des offices religieux – pour qui le désire.

Le président de « Maalé », le Dr Amnon Shapira, qui travaille au projet depuis 6 mois, a déclaré que plusieurs communautés de ce genre existaient en Israël. Il a l’intention d’en créer des dizaines d’autres. Selon lui,

« il faut d’abord supprimer, dans la synagogue, les murs entre Juifs et Juifs, et non entre hommes et femmes ».

Il s’explique :

« L’une des raisons de la survie du peuple juif au Moyen-Âge, ce sont les communautés qui sont nées autour des synagogues – des communautés qui soutiennent, qui fêtent, qui visitent - et qui prient aussi ». Il ne s’agit pas de mission [2], et nous n’avons pas l’intention de convertir qui que ce soit. La majorité des activités ne seront pas religieuses et nous n’exhorterons personne à prier ».

Le docteur Shapira nous révèle qu’en Israël il y a 50 communautés non « religieuses » qui prient le shabbat, entre autres, dans des villages et des kibboutz comme Yagur, Ein Guev, Nahalal, Kfar Massarik, etc. Ces communautés ne sont ni religieuses, ni laïques, ni même réformées, ce sont tout simplement des Juifs qui veulent prier Dieu, même si le jour de Kippour ils mangent des steaks de porc », dit-il. Pour lui,

« Il n’y a pas de raisons pour que la synagogue soit réservée aux religieux ».


Exemples de ce qui se fait déjà

Dans le quartier de Névé Shaanan, à Haifa, chaque vendredi, des femmes pratiquantes, des orthodoxes et des laïques se retrouvent autour d’une tasse de café et, ensemble, elles participent à des activités communes.

« Pratiquantes et laïques chantent dans une chorale et participent à un cours hebdomadaire, et chacune reste ce qu’elle est »,

explique Shapira.

« Les barrières sont tombées, les cœurs se sont ouverts, et personne ne te demande de quel parti tu es. Il y a trop de discussions politiques, religieuses, et la synagogue n’est pas le lieu adéquat pour ce faire ».

Le Dr David Tanour, chercheur à l’institut Weizman de Rehovot, est membre du comité de la synagogue Berman, de cette ville. Ces dernières années, elle aussi est devenue un centre communautaire. 200 familles en font partie, et, en dehors des activités pour hommes, femmes et jeunes, la synagogue s’adresse à un public plus large.

« Cela a commencé en organisant, il y a quatre ans, un quorum de 10 personnes pour la prière de Yom kippour »,

raconte Tanour,

« et aujourd’hui nous avons des activités culturelles où participent des non religieux ».

Avant Souccot, par exemple, la synagogue a construit une grande cabane de 200 mètres carrés, avec l’aide des enfants des écoles et des jardins d’enfants, pour la décoration. Pendant la semaine de Souccot, le professeur Israël Oman, prix Nobel, le professeur Avigdor Shinan, de l’Université Hébraïque, et le docteur Aliza Lavie, sont venus. Il y a eu divers ateliers et des spectacles.

« Pour certains évènements, plus de 50% des assistants étaient laïcs, et pour d’autres, pas moins de 30% »,

dit le professeur Natour.

« Finalement des centaines de personnes sont venues dans la Soukkah, et, un soir, il a fallu l’élargir car 500 personnes étaient présentes. C’est arrivé parce que l’on a réussi à unir l’intellectuel et le spirituel, ce qui convient à tout le monde ».

La synagogue (Beit HaKnesset), qui signifie "maison du rassemblement", retrouvera-t-elle sa fonction première, qui est d’être un lieu d’accueil pour les membres de la communauté juive avant d’être un lieu de prière ?

 

Cecile Pilverdier

 

© Un écho d’Israël

 

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Notes de Menahem Macina


[1] A la différence de son "faux ami" de chrétienté, « laïc » - utilisé pour désigner les fidèles qui ne sont pas membres du clergé -, le terme « laïque » (hiloni, en hébreu moderne, litt. : ’profane’, non religieux), désigne les Juifs qui ne renient pas leur identité, mais ne pratiquent pas les commandements religieux (mitzwot) et ne fréquentent pas de manière régulière, la synagogue. On peut, mutatis mutandis, les comparer à ceux qu’on appelle familièrement, en chrétienté, les "malcroyants", c’est-à-dire des chrétiens qui n’ont pas renié leur foi, ni ne sont des athées déclarés, voire qui ont conservé une foi plus ou moins résiduelle, mais qui ne participent pratiquement plus à la vie cultuelle de leur confession d’origine.

[2] L’utilisation du terme "mission" est étrange dans ce contexte. Il est exclusivement réservé aux tentatives de conversion de Juifs à une autre religion, majoritairement la chrétienne. Son emploi dans le cadre de cette initiative semble anologique. En insistant sur le fait qu’il n’est pas question de "mission", le rabbin veut expliquer aux  non-pratiquants que cette démarche n’a pas pour but de tenter de ramener les "laïques" à la pratique des préceptes du judaïsme, mais seulement de leur faire percevoir l’unité du peuple juif, dont les membres sont, comme dit l’adage talmudique, « agouda ehat », une seule communauté.

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Mis en ligne le 7 novembre 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org.