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Israël (Société - mentalités)

"Unetaneh toqef" : Un poème liturgique de Rosh Hashana, chargé de mémoires, J.-M. Allafort
03/10/2008

 


dimanche 28 septembre 2008

Texte repris du site de Un écho d’Israël. http://un-echo-israel.net/spip.php?article6845

 

La liturgie de Rosh Hashana comme celle de Yom Kippour est particulièrement riche en poèmes liturgiques composés au fil des siècles, en des lieux et lors de circonstances particulières.


Au temps des croisades

L’un des poèmes les plus célèbres de Rosh hashana est, sans aucun doute, « Untaneh Tokef », attribué à Rabbi Amnon de Mayence. Il est chanté, souvent solennellement, lors de la très belle prière supplémentaire (Moussaf) de la fête.

Selon la tradition, ce texte fut composé, au XIe siècle, dans des circonstances dramatiques, par Rabbi Amnon de Mayence, l’un des dirigeants de la communauté juive les plus influents de son époque. L’évêque de Mayence, conscient de l’influence du rabbin sur ses fidèles, lui aurait demandé à plusieurs reprises de se convertir au christianisme. Un jour, l’évêque pria à nouveau son interlocuteur de se convertir, et le rabbin lui demanda un délai de trois jours pour réfléchir. Rabbi Amnon de Mayence comprit tout de suite qu’il avait commis une erreur. Il décida de ne pas se présenter devant l’évêque le troisième jour. L’évêque le fit chercher et ordonna la torture comme punition de l’affront.

On lui coupa les jambes et les doigts de la main.

Quelques jours plus tard, pour la prière de Rosh hashana, le rabbin demanda à être conduit à la synagogue et, avant la répétition de la prière supplémentaire [moussaf], on le fit monter à la tribune, où il entonna la célèbre prière.

Si les études linguistiques montrent, à l’évidence, que ce poème liturgique est antérieur à Rabbi Amnon de Mayence, puisqu’il a été retrouvé dans la Geniza du Caire (et donc n’a pas pu être composé plus tard que le Xe siècle), la tradition juive veut, quant à elle, faire mémoire des moments d’épreuve que les communautés ont vécus pour rester fidèles à leurs traditions et au Dieu d’Israël. Les persécutions contre les Juifs dans la vallée du Rhin, lors de la première croisade comme lors de la seconde, sont demeurées profondément ancrées dans les mémoires et marquent encore aujourd’hui la prière de ce jour de fête.


Dans la mémoire israélienne

Ces dernières années, ce poème liturgique éveille dans le cœur de l’orant un autre souvenir : celui de la guerre du Kippour. Yaïr Rosenblum a mis en musique cet antique texte à la mémoire des 11 soldats du Kibboutz Beit Hashitah, situé à quelques kilomètres de Beit Shéan, qui furent tués lors des combats de la guerre d’octobre 1973.
Aujourd’hui, dans certaines synagogues, le chantre et l’assemblée chantent cette nouvelle mélodie que nous vous proposons d’écouter aussi. A la mémoire des croisades du Moyen-Âge s’ajoute celle des souffrances contemporaines d’une guerre qui traumatisa profondément la société israélienne.

Dieu est celui qui « ouvre le livre des mémoires » et qui se souvient que « l’homme est périssable » et que son « origine est poussière, et sa fin, poussière. »


Texte du poème liturgique Untaneh Tokef

« Entretenons-nous de la sainteté de ce jour, car il est terrible et redoutable. Ta Royauté s’affermira et le trône de ta grâce sera consolidé en vérité. Vraiment tu es un juge et un accusateur, tu connais toute chose et tu es un témoin. Tu prends acte de nos actions, tu les enregistres, tu y apposes ton sceau et tu comptes. Tu te souviens des faits oubliés, tu ouvres le livre des mémoires où les événements sont écrits et où toute action est signée de la main de son auteur.

Le grand shofar (trompette) retentira, un sourd murmure se fera entendre, les anges se presseront, une terreur indicible s’empare d’eux et ils disent : « C’est le jour du jugement qui s’approche pour citer au tribunal de Dieu les armées célestes. »

« Au jour de Roch Hashana tu décides et au jour de Kippour tu arrêtes définitivement : combien pendant l’année disparaîtront du monde, et combien seront créés ; qui doit vivre et qui doit mourir ; qui doit atteindre le terme de sa vie et qui n’y arrivera pas. Qui périra par le feu, par l’eau, par le glaive, par une bête sauvage, par la faim, par la soif, par la tempête ou par une épidémie ; pour qui sera le repos, pour qui l’inquiétude, pour qui la joie, pour qui la douleur, qui sera élevé et qui sera abaissé ; qui jouira de la richesse et qui subira la misère.

La repentance, la prière et les actes de charité effacent l’arrêt fatal.

Car ta gloire est grande comme ton nom. Ta colère est lente à s’exprimer et prompte à s’adoucir car tu ne désires pas la mort du pécheur mais qu’il revienne de ses fautes et qu’il vive. Tu patientes jusqu’à la fin de ses jours et s’il se convertit tu l’accueilles. Tu es son Créateur et tu connais la force de ses passions et tu sais qu’il n’est que chair et sang. L’homme périssable, dont l’origine est poussière et dont la fin est poussière, consume sa vie à trouver son pain ; il ressemble à un vase d’argile, à l’herbe desséchée, à une fleur flétrie, à l’ombre fugitive, à un qui disparaît, au vent qui souffle ; il se dissipe comme la poussière et s’évanouit comme un songe.

Tu es Roi Dieu vivant et subsistant. »

 

 Jean-Marie Allafort

 


© Un écho d’Israël

 

 

Voir les paroles en hébreu.

 

Voir et écouter la vidéo sur YouTube.

 


Mis en ligne le 3 octobre 2008, par
M. Macina, sur le site upjf.org