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« Disproportionné », « intolérable »… par Gabriel Lévy
11/01/2009

Cet article de l’excellent Gabriel Lévy ne doit absolument pas passer inaperçu. Il résume excellemment l’expérience de l’indifférence des nations, dont a été l’objet le peuple juif, à l’heure de sa pire déréliction, quand les peuples détournaient la tête et abandonnaient lâchement à leur sort funeste, sous les prétextes les plus discutables, des millions d’hommes, de femmes, d’enfants et de vieillards, marqués et traqués par les nazis. Ce traumatisme a définitivement marqué la conscience juive. Il a convaincu une grande majorité d’entre eux que leur peuple ne pouvait compter que sur lui-même pour assurer sa défense. Il a accéléré la réalisation du rêve des pères fondateurs du sionisme, à savoir la création d’un Etat juif. Et voici qu’à une soixantaine d’années de la première tentative de solution finale, s’en profile une autre - sous une autre forme, certes, mais selon le même même scénario, pour qui a des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Il existe sur la terre un peuple qui ne crée que des problèmes. Débarrassons-nous en et la paix régnera dans le monde. Hier, c’était: qu’on en finisse avec les Juifs, pourvu que nous puissions continuer notre existence tranquille. Aujourd’hui, c’est: qu’on en finisse avec Israël pour que nous, nations éclairées, puissions continuer notre "business as usual". C’est, à l’évidence, cette indifférence du monde au sort des Juifs, qui est à l’arrière-plan de la réflexion de G. Lévy. C’est pourquoi j’ai choisi d’illustrer son article par la couverture du témoignage le plus effrayant qui soit, consacré par un auteur chrétien à cette page honteuse de l’histoire de l’humanité, que fut "l’abandon des Juifs" durant la Shoah. (Menahem Macina).

09 janvier 2009.

 

 

Disproportionné, mais tolérable, quand l’Europe, et l’OTAN appelée au secours par cette dernière, bombardaient la Serbie sans discernement. Résultat : 78 jours de bombardements, 1 500 morts et des dégâts matériels considérables.

 

En vérité, le discours de nos dirigeants ne change pas lorsqu’il s’agit d’Israël. Pour le Quai d’Orsay, ce pays ne serait qu’une « parenthèse de l’histoire », de sorte qu’il lui faut désormais choisir entre une « fin effroyable et l’effroi sans fin » (1).

 

L’histoire ne bégaie pas, elle se répète. Sans l’existence de ce pays, des millions d’individus ne trouveront aucun refuge quand la judéophobie envahira des continents. Nous semblons oublier que "le monde civilisé" n’a accueilli les victimes des persécutions (1933-1945) qu’au compte-gouttes. Lors de la conférence d’Evian (6 au 15 juillet 1938), les 32 nations réunies n’offrirent aucune aide aux juifs déjà persécutés, le président Roosevelt ayant précisé, dès le début de la réunion, que « l’on n’attendait d’aucun pays qu’il accueille un nombre d’émigrants, supérieur à celui qu’autorisait la législation en vigueur ». Les lois de l’immigration permettaient 10 000 entrées aux Etats-Unis [1] pour une période de 3 ans (loi abrogée à l’arrivée du président Truman), et la Grande Bretagne s’opposait à l’arrivée des bateaux qui amenaient des rivages de Roumanie plusieurs centaines de personnes contraintes à tout abandonner. Certains bateaux coulèrent corps et biens (le Rim, le Stuma).

 

Nous semblons oublier également que c’est toute l’Europe - de l’Ukraine à la Pologne et aux Etats baltes, et pas seulement l’Allemagne -, qui s’était mise à la chasse aux juifs, avant même le début des hostilités. Point n’était besoin, pour ces derniers pays, de chambres à gaz ; il suffisait d’exécuter leurs victimes à l’arme automatique, par petits groupes, ou en masse, au bord de fosses [2]. Même en 1946, dans la Pologne martyrisée mais libérée, on pouvait encore se livrer à des pogroms (2). 

 

Devant l’hostilité à l’égard des juifs depuis deux mille ans, face au silence ou à la complicité des nations, la création d’un Etat s’imposait pour ceux qui ne pourraient trouver un jour d’autre refuge. Ainsi cet Etat a-t-il prouvé sa nécessité en ouvrant ses portes aux nombreux "indésirables" des pays arabo-musulmans ou africains.

 

Or, nous voilà de nouveau au Munich de 1939, dans l’effroi d’un pays que l’on menace de rayer de la carte. Si notre président ne veut pas être un Daladier, il ne lui suffit plus de proclamer qu’Israël a le droit « à des frontières sûres », tout en détournant la tête lorsque les roquettes passent au-dessus d’elles.

 

« Des frontières sûres » ? La France a déployé des soldats à la frontière du Liban, sans que cela empêche un réarmement massif du Hezbollah, pourtant interdit par la résolution 1701, diligentée à l’ONU par M. Chirac. Cette résolution n’imposait-elle pas aussi l’échange de tous les prisonniers, et non l’échange, - proportionné, penserez-vous ? - de soldats contre des cadavres ? Par ailleurs, la Croix Rouge française n’a même pas pu obtenir, conformément aux conventions de Genève, l’autorisation de rendre visite à un prisonnier, de nationalité franco-israélienne, détenu par le Hamas (3).

 

De 1948 à aujourd’hui, les organisations internationales - et la France, depuis 1967 - se rangent objectivement aux côtés de ceux qui rêvent de la disparition d’Israël, ou en acceptent l’éventualité. Nos dirigeants ont-ils conscience que, si cette disparition se produisait, elle ne se ferait pas sans qu’advienne une catastrophe pour l’humanité ?

 

L’honneur de la France n’est pas de rêver à « un rôle planétaire », obtenu au prix de concessions aux droits de l’homme, à la morale, à l’éthique, d’autant que pour le moment, sa diplomatie se résume à des « actes manqués ». Ainsi, l’OSCE,  qui devait superviser le cessez-le-feu négocié par M. Sarkozy, a-t-elle plié bagage le 1er janvier 2009, et la Géorgie a définitivement perdu l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie.

 

Les « efforts » de notre diplomatie tendent-ils vers des résultats encore plus désastreux pour Israël ?

 

 

© Gabriel Lévy

 

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Notes

 

1. Cette phrase serait de Karl Marx, à propos des derniers instants de la Seconde République : "On comprend... que le bourgeois se soit mis de rage à crier à sa république parlementaire : plutôt une fin effroyable qu’un effroi sans fin". In : Philippe Seguin, Louis Napoléon Le Grand, Grasset, 1990, page 153.

 

2. Les 5 février 1946 et 21 avril 1946. In Chronique de la Shoah. Juin 2005, 765 pages [3].

 

3. Question écrite n° 18259, de M. Renaud Muselier, restée sans réponse : «… Lors de l’accord de cessez-le-feu conclu en août 2006 entre Israël et le Hezbollah, il était stipulé la libération inconditionnelle des soldats israéliens kidnappés. Or, à ce jour, les conditions de l’accord n’ont pas été appliquées. La Croix-Rouge internationale n’a jamais été en mesure de pouvoir rencontrer les prisonniers. C’est pourquoi il lui demande où en sont les négociations pour parvenir au plus vite à la libération des prisonniers ».

 

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Note d’upjf.org

 

[1] Sur l’attitude égoïste des Etats-Unis, durant la Shoah, lire le livre-réquisitoire, extrêmement bien documenté, de David S. Wyman, L’Abandon Des Juifs. Les Américains et la Solution Finale. Préface de Elie Wiesel, Flammarion, 1987. Cet ouvrage, épuisé, peut s’acquérir sur le Net, chez l’éditeur Chapitre.

 

[2] Voir, pour l’Ukraine, les travaux du prêtre catholique Patrick Desbois et de l’association Yahad-In Unum: "La Shoah par balles".  

 

[3] Chronique de la Shoah n’existe, sauf erreur, que sous forme de livre électronique. Il peut être consulté (sous réserve d’être équipé de la dernière version d’Acrobat Reader, sur la page Web de ce livre 

 

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Mis en ligne le 10 janvier 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org