Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Éditorialistes
Menahem Macina

Présumés, supposés, imaginés, vos tunnels, qu’ils disent dans "Le Monde" *, Menahem Macina
06/01/2009

* Voir "A Gaza, les combats s’intensifient, les initiatives diplomatiques se multiplient" (5 janvier 2009). 

 


"Présumé : que l’on croit tel par hypothèse" (Petit Robert).

 

« L’artillerie israélienne a continué à pilonner des cibles stratégiques dans la bande de Gaza, notamment des tunnels présumés à la frontière de l’Egypte… »

C’est en ces termes que, dans un article émaillé de fautes, indignes d’un tel média (1), le site du Monde fait allusion aux centaines d’artères de la mort, que constituent ces voies de contrebande d’armes, qui, à en croire la pudique épithète - « présumés », n’existent que dans l’imagination débridée (…et criminelle) de l’état-major israélien.

Si tel est bien le cas, par quel sortilège la bande côtière sablonneuse de Gaza - que les méprisables colons israéliens, avant d’en être expulsés de force par… l’armée israélienne, avaient transformée en une oasis verdoyante, couverte de serres, d’où partaient dans le monde entier des primeurs et des fleurs de qualité – s’est-elle mise soudain à produire des lance-roquettes, des missiles, des explosifs et autres armes de guerre ?

Pour autant que l’on sache, les Kalachnikov, les Katiouchas et autres surplus militaires du défunt paradis soviétique, ne poussent pas dans les champs.

Rarissimes sont, de nos jours, les garçons qui croient encore qu’ils sont nés dans un chou, ou qu’une fée tutélaire peut changer une citrouille en carrosse pour une mythique Cendrillon – fût-elle palestinienne. Mais l’auteur de ce morceau de bravoure journalistique semble ne pas douter un instant que nous le croirons sur parole ; que nous sourirons de l’air entendu de celui à qui on ne la fait pas, quand il nous informera qu’il n’y a pas plus de tunnels le long de la frontière égyptienne, que de "beurre en branche".     

Sûr de mettre les rieurs de mon côté en relatant le trait impudent de ce plumitif, j’ai eu l’imprudence de prendre à témoin mon meilleur voisin qui m’avait invité à passer pour boire un pot à l’occasion de la nouvelle année. Je lui ai relaté ce que je venais de lire sur le site du Monde. N’est-ce pas une énormité ? me suis-je exclamé au terme de mon récit. Mal m’en a pris. Monsieur X – qui, pourtant, n’est pas antisémite (il ne faut pas confondre, dit-il volontiers, la critique des excès de vos congénères, là-bas, en Palestine, avec l’antisémitisme) – m’a dit mon fait :

- Moi je suis d’accord avec ce journaliste. Tout le monde sait (c’est fou ce que sait "tout le monde", ces temps-ci !) que les Israéliens cherchent le moindre prétexte pour se débarrasser des Palestiniens…

Outré, j’ai tenté de le détromper, mais c’est moi qui avais l’air coupable. Pour corser le tout, il a pris à témoins des amis à lui, qui venaient d’arriver alors que j’esquissais un mouvement de retraite aussi digne que possible. Ils étaient encore plus anti-israéliens que M. X. Des forcenés. J’ai cru qu’ils allaient me lyncher (verbalement, rassurez-vous !)…

En rentrant dans mes foyers, j’ai conté ma mésaventure à ma maisonnée.

- Faut-il que tu sois naïf ou inconscient, m’a dit ma femme, pour aller jouer les petits soldats sionistes chez ces béotiens !

Elle a mille fois raison, me suis-je dit.

Pour me changer les idées j’ai regardé un feuilleton stupide à la télé. Puis, honteux de m’adonner à ces "distractions", pendant que mes coreligionnaires civils israéliens vivent sous la menace des missiles du Hamas, au sud d’Israël, tandis que les soldats de Tsahal sont dans l’enfer de la bande de Gaza, j’ai zappé sur France 24, la chaîne française qui me paraît la plus équilibrée dans sa couverture de la situation dans cette partie du Moyen-Orient. Je suis tombé au beau milieu d’un "Débat de France 24". Je ne connaissais aucune des personnes qui entouraient Sylvain Attal, l’animateur. Il a fait ce qu’il a pu, le pauvre, pour contenir le débat dans les limites de l’objectivité la plus élémentaire. Mais comment prendre fait et cause pour un accusé condamné d’avance, en face de trois ou quatre interlocuteurs visiblement tout acquis à la cause du Hamas, et bien décidés à lyncher un coupable tout désigné.

Je croyais avoir entendu le pire, quand Attal a donné la parole à une jolie Palestinienne au regard enjôleur et à la voix suave, qui s’est mise à débiter, avec conviction, l’argumentaire pour droits-de-l’hommistes accablés de douleur devant la souffrance palestinienne et scandalisés par la cruauté des « occupants ».

Morceaux choisis :

  • Israël a évacué Gaza, oui, enfin, en apparence. En réalité il a toujours contrôlé son espace aérien et maritime, et a condamné un million et demi de Palestiniens à un confinement inhumain, dans des conditions de vie indignes. (Pas un mot, évidemment, sur le pourquoi de ce contrôle sévère : les attentats meurtriers, les tirs de missiles et autres gracieusetés).
  • Les missiles ? Un prétexte. Savez-vous qu’en 6 ans de tirs de Qassam artisanaux (témoignage involontaire de l’entêtement terroriste du Hamas), moins de 10 Israéliens ont été tués. (Pas un mot sur les dégâts matériels considérables causés par ces engins destructeurs, ni sur la situation insupportable de populations civiles qui ne survivent qu’en courant se réfugier dans des abris, au rythme de plusieurs alertes par jour – des dizaines, ces dernières semaines.)
  • Savez-vous combien de Palestiniens innocents ont été tués par ces assassins ? S’est encore exclamée la "passionaria" palestinienne. D’ailleurs, a-t-elle poursuivi sans attendre la réponse, "tout le monde sait" qu’Israël est brutal et impitoyable. Il a rasé le Liban (sic !). Il a perpétré un génocide à Jénine (re-sic). (Pas un mot sur le rapport officiel de la commission d’enquête de l’ONU qui affirme que 52 Palestiniens, dont plus de la moitié de civils, et 23 soldats israéliens ont été tués dans le camp de Jénine lors des dix jours de combats qui s’y sont déroulés.

Incapable d’en supporter davantage, j’ai éteint la télévision et je suis retourné à mon ordinateur. Là, je me suis un peu défoulé en rédigeant ce texte que je vous offre, encore tout fumant de ma colère devant tant d’injustice et de haine…

 

Menahem Macina


© upjf.org

 

---------------------

 

(1) Florilège : Effervessence [lire : effervescence] ; alors que l’armée aérienne [lire : israélienne] poursuivait ses frappes aériennes ; après s’être révelée [lire : révélée] incapable d’adopter un texte formel ; qui servira de point d’orgue à [lire : sera le point culminant de] ; afin d’éviter un véto [lire : veto] de Washington ; établir [lire : définir] les conditions ; manque de réactions [lire : absence de réaction]…

 

 

Mis en ligne le 6 janvier 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org