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Christianisme

Honte d’être catholique, Matthieu Grimpret
27/01/2009

Je n’aurais pu mieux faire. Matthieu Grimpret m’a précédé de peu. Je suis précisément en train d’écrire une analyse de l’ouverture de Benoît XVI à l’intégrisme – que je propose à "L’Arche". Le texte qui suit a l’avantage d’émaner d’un catholique qui n’est pas en rupture de ban avec son Eglise. Il n’en est que plus frappant. Quand je vous dis que nous ne sommes pas complètement seuls, et que, de par le monde, des centaines de milliers de consciences chrétiennes ressentent ce que l’on fait à notre peuple et à son émanation israélienne, comme une tache sur l’humble tunique de leur Maître, que le Vatican a transformée en pourpre, sans comprendre que cette couleur est le symbole de la Rome antique qui a fait couler tant de sang juif et chrétien. Il y a encore des témoins dans cette Eglise. Ils sont les précurseurs des prophètes de l’époque où se manifestera l’Antichrist, vers laquelle le monde marche à grands pas. (Menahem Macina).

26/01/09


Il y a dix ans, j’étais en train d’écrire un livre qui connut un certain retentissement et que certains ont même qualifié de « manifeste de la génération Jean Paul II ». Dans la fougue de mes vingt ans, je lui avais donné un titre un peu grandiloquent : La Révolution de Dieu, et un sous-titre sans ambiguïté : Jeune, catholique et heureux de l’être. Dans ce livre, je dévoilais la joie qu’un jeune du XXIe siècle peut éprouver à découvrir que le Christ Jésus est proche de lui, partout et tout le temps. S’il fallait le ré-écrire, je le ferais sans problème – quoique avec moins d’ardeur, le temps ayant fait son œuvre et douché maintes illusions…

Et pourtant, aujourd’hui, pour la première fois de ma vie de croyant, j’ai honte d’être catholique.

Le pape Benoît XVI vient de mettre fin à l’excommunication qui touchait les quatre évêques schismatiques ordonnés par Mgr Lefèvre. A la rigueur, le principe de cette mesure où, d’après le Cardinal Re, signataire du décret, le pape se montre « sensible, comme le serait un père, au malaise spirituel manifesté par les intéressés à cause de la sanction d’excommunication », peut se comprendre. Il ne m’appartient pas d’en juger.

En revanche, je ne comprends pas – et c’est la raison même de ma honte – qu’on ouvre les bras à un homme, Mgr Richard Williamson, dont l’antisémitisme et le négationnisme sont désormais de notoriété publique, puisqu’il a déclaré, il y a peu, à une télévision suédoise :

« Je crois qu’il n’y a pas eu de chambres à gaz (...) Je pense que 200 000 à 300 000 Juifs ont péri dans les camps de concentration, mais pas un seul dans les chambres à gaz. »

C’est en effet extrêmement troublant. Peut-on croire que les services de la Curie romaine n’aient jamais eu vent des pensées et des propos douteux de ce prélat ? Si c’est le cas, on regrettera l’extraordinaire légèreté avec laquelle cette administration a agi, négligeant de se pencher sur les positions de Mgr Williamson concernant le judaïsme, domaine pourtant crucial puisque le judaïsme n’est rien de moins, selon le pape lui-même, que « la matrice éternellement vivante et valable » de la foi catholique. Et si la Curie romaine savait et a malgré tout œuvré pour que soit levée l’excommunication de cet homme, il ne nous reste plus que nos yeux pour pleurer et nos prières pour implorer le pardon de Dieu.

Car, dans ces conditions, cela signifie que les analyses un peu faciles selon lesquelles le pape et son entourage ont décidé, au nom de la lutte contre le relativisme, de fermer les écoutilles et de ne plus prêter attention au monde qui les entoure – ces analyses ne relèveraient pas que du fantasme. Le pape est-il vraiment en train de faire reculer l’Eglise ?

Je suis un esprit libéral, certes, mais dans un corps conservateur ; l’obéissance à l’autorité légitime est pour moi une question de principe ; je crois avoir toujours fait preuve, en tant que baptisé, de la plus grande fidélité possible au Saint Père ; je répugne même à critiquer en public les enseignements du Magistère avec lesquels je suis en désaccord total – non parce que je n’en aurais pas le droit, mais parce que, dans mon esprit, le chef est le chef…

Mais là, désolé, non. Non possum [Je ne peux pas].

Il me serait facile, et ce sans démagogie aucune, de mettre en balance le sort réservé à Mgr Williamson, négationniste affiché, qu’on vient de rétablir dans la communion de l’Eglise, et celui des paroissiens de base, comme j’en connais beaucoup, qui sont divorcés-remariés et ne peuvent pas, eux, communier au Corps et au Sang du Christ. Le personnel de l’Eglise donne au monde la détestable impression que, pour les catholiques, il vaut mieux être antisémite que divorcé…

Depuis qu’il est arrivé sur le trône de Saint Pierre, Benoît XVI a placé au cœur de son action pastorale la notion de non négociable, c’est-à-dire l’idée selon laquelle certains enseignements de l’Eglise, qui ne relèvent pourtant pas de la Révélation ni du dépôt de la Foi, n’en constituent pas moins des pierres d’achoppement sur lesquelles il n’est pas possible de transiger. Il s’agit notamment de toutes les questions d’anthropologie, de morale sexuelle, de défense de la vie. A titre personnel, j’estime qu’il s’agit d’une fuite en avant de nature idéologique, au rebours de l’Evangile. Mais, après tout, qui suis-je pour juger les idées du pape…

En revanche, je crois être en droit de réclamer, comme beaucoup de catholiques, et pas uniquement les officines progressistes, une explication sur le point suivant : voter pour un candidat compétent mais qui refuse de s’engager contre la loi Veil, c’est non négociable ; par contre, rendre toute sa place à un évêque qui nie la Shoah et tient des propos inhumains, c’est tout à fait négociable – et ce au nom d’une unité qui, du reste, constitue un véritable leurre.

Eh bien, pour moi, la Shoah, c’est non négociable. Et, dans les jours qui viennent, quand je serai amené, à travers mon engagement au service de l’amitié judéo-chrétienne, à rencontrer mes « frères aînés dans la foi » de l’Alliance Israélite Universelle, ou de l’Union des Patrons Juifs de France, « je ne rougirai certainement pas du Christ », comme le dit saint Paul – mais, oui, j’aurai honte d’être catholique.

 

© Matthieu Grimpret *

Essayiste, professeur d’histoire, chercheur en théologie politique


Auteur de La Révolution de Dieu – Jeune, catholique et heureux de l’être (Anne Carrière, 2000) ; J’ai vu une porte ouverte dans le Ciel (Anne Carrière, 2000) ; Dieu est dans l’isoloir (Presses de la Renaissance, 2007) ; Liquider Mai 68 ? (Presses de la Renaissance, 2008) ; Traité sur la France de Diam’s (Anne Carrière, 2008).

 

 

Mis en ligne le 26 janvier 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org