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MRAP : La fédération des Landes reproche au mouvement sa "version corporatiste de l’antiracisme"
27/01/2009

On comprend mieux pourquoi le Mrap défile sous la bannière du Hamas. (V. Perez).

mercredi 9 janvier 2008

Texte repris du site de la Fédération des Landes du MRAP.

A PROPOS DU CONGRES 2008 DU MRAP

La fédération des Landes a décidé de ne pas participer au congrès qui se tient à Saint-Denis compte-tenu de l’orientation d’une direction qui laisse la structure nationale en déliquescence, confisque les moyens d’expression interne, commet des entorses graves au principe de laicité, et développe une version corporatiste de l’antiracisme.

Déclaration de la fédération des Landes

TEXTE DE LA FEDERATION. De nombreux sympathisants de la cause défendue par le MRAP40 se sont émus des prises de position du MRAP national sur certains sujets, notamment celui de la laïcité. A l’occasion du congrès national du MRAP, les militants landais tiennent à exprimer les positions de la fédération concernant l’évolution de la structure nationale.

LA FEDERATION ET LES VALEURS UNIVERSELLES DES DROITS DE L’HOMME. La fédération des Landes du MRAP a toujours considéré que la lutte antiraciste ne saurait se soumettre à d’autres considérations que les principes universels qui fondent l’action pour les droits de l’homme. La fédération des Landes est héritière d’une histoire, celle de ces hommes et de ces femmes qui ont fondé l’association au lendemain de la dernière guerre mondiale, afin de lutter contre tous les racismes, sans se soumettre à des considérations tactiques ou à de l’opportunisme politique.

C’est dans cet esprit que le docteur Jean Blum a fondé la fédération des Landes en 1983. Le MRAP était alors un mouvement unifié autour des principes universels, et la fédération participait pleinement à ses congrès et à sa direction nationale.

LA SOUMISSION AU COMMUNAUTARISME

Progressivement, durant ces dernières années, la direction nationale MRAP a rompu avec les valeurs universelles.

Elle s’est soumise à la pression de certains secteurs communautaires musulmans. Elle a développé une conception corporatiste de l’antiracisme en le réduisant quasi exclusivement à la seule défense des populations arabos-musulmanes, alors que le racisme est multiforme.

La non prise en compte des nouvelles formes d’antisémitisme

Elle a refusé quasi systématiquement de prendre en considération l’antisémitisme, dès lors qu’il n’émanait pas de l’extrême droite traditionnelle mais qu’il pouvait aussi concerner des publics eux-mêmes touchés par le racisme.

Elle a refusé de dénoncer la charte antisémite du Hamas tel que le proposaient des élus du conseil d’administration du MRAP. Précisons le contenu de cette charte dont le CA du MRAP s’est refusé à demander le retrait : Charte du Hamas « Le Prophète, qu’Allah le bénisse, a dit : " Le Jour du Jugement dernier ne viendra pas avant que les musulmans ne combattent les juifs, quand les juifs se cacheront derrière les rochers et les arbres. Les rochers et les arbres diront, O Musulmans, O Abdallah, il y a un juif derrière moi, vient le tuer. Seul l’arbre du Gharkad ne le dira pas, parce que c’est un arbre des juifs."»

La Fédération des Landes du MRAP est très présente dans le soutien au peuple palestinien par l’organisation de manifestations, de conférences, de pétitions contre l’occupation des territoires palestiniens ou encore la construction du mur de la honte. Elle a participé à une délégation reçue par le président Arafat, elle s’indigne aujourd’hui du drame subi par le peuple de Gaza martyrisé par un blocus criminel.

Mais ce soutien ne s’est jamais encombré de silences complices concernant l’antisémitisme de certaines composantes palestiniennes (Hamas) ou encore Hezbollah. La direction nationale du MRAP a pratiqué ces silences coupables !.

L’INSUPPORTABLE NOTION DE "DEUX POIDS, DEUX MESURES"

La direction nationale du MRAP a développé une conception du "deux poids deux mesures" concernant le traitement du racisme. Elle a, de fait, introduit un « mètre-étalon juif » du racisme a partir duquel elle jaugeait le traitement du racisme anti-arabo-musulman (communiqués sur l’assassinat de Chaïb Zehaf et Ilan Halimi). C’était là, sous la formule « deux-poids deux mesures », une étude comparative indigne d’une association antiraciste qui ne doit pas lutter pour qu’un racisme soit sanctionné comme l’autre, mais qui se bat pour la sanction ferme de tous les racismes sans les mettre en situation de concurrence.

LA LAICITE ECORNEE

Elle a porté atteinte au principe de laïcité en mettant le MRAP à la remorque de groupes communautaires musulmans (affaire du voile, caricatures du prophète). Le plus déplorable ayant été la prestation télévisée du président du MRAP aux côtés des religieux contre les laïques, dans l’émission L’arène de France.

Elle a, ce faisant, entretenu le stéréotype de l’enfermement des populations arabes ou issues de l’immigration arabe dans la problématique religieuse, alors que les populations concernées sont riches de leur diversité et vivent, dans leur écrasante majorité, leur foi dans la sphère personnelle. Elle a donc contribué indirectement à présenter les populations musulmanes comme exerçant des pressions sur la société.

La direction nationale du MRAP, dans l’affaire du voile, est apparue comme supplétive des secteurs confessionnels communautaires rétrogrades et misogynes voulant imposer le voile à l’école.

UN TIERS-MONDISME SOMMAIRE

Elle a inscrit le MRAP dans une théorie de l’axe du mal inversé faisant rentrer dans le camp de l’axe du bien, de façon à-critique, tous les pays ou mouvements de résistance à l’impérialisme, fussent-ils les plus réactionnaires.

LE MRAP AU SERVICE D’UNE AMBITION PERSONNELLE

Elle a cautionné, car elle ne l’a jamais dénoncée, l’instrumentalisation du MRAP par son président qui, depuis plusieurs années, joue de l’ambiguïté permanente entre ses ambitions politiques, régionales, législatives ou municipales, et sa fonction de président du MRAP, allant même jusqu’à régler, devant caméra, ses comptes politiques avec le parti socialiste, dans les locaux nationaux de l’association, au mépris de la diversité politique ou confessionnelle des adhérents.

DES INDIGNATIONS A GEOMETRIE VARIABLE

Ceci a conduit la direction nationale à de graves manquements. Prompt, à juste titre, à dénoncer les expulsions de sans-logis quand la responsabilité en incombe à des maires de droite ou socialistes, la direction nationale s’est refusée à dénoncer les expulsions à Aubervilliers, ville où Mouloud Aounit manifestait des ambitions électorales.

UN APPAREIL TOURNANT SUR LUI-MEME ET POUR LUI-MEME

La direction nationale est apparue incapable d’impulser ou [de] coordonner des projets nationaux, alors qu’elle capte l’essentiel des cotisations des comités locaux (84%) et qu’elle en appelle aux subventions publiques pour un mouvement qui devrait être national.

Les moyens matériels et humains sont mis essentiellement à la reproduction d’un appareil central. La plupart des comités évoluant avec des moyens très faibles, sans autre apport national que la production d’une multitude de communiqués souvent très éloignés des fondamentaux de la lutte antiraciste et des actions de terrain.

Elle ne produit aucun outil militant permettant de développer l‘antiracisme de proximité. Ce qui conduit aujourd’hui des comités, dont ceux des Landes, à développer leurs propres projets dans les domaines de l’éducation, des discriminations, de la mémoire, du racisme dans le sport, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, avec le seul souci d’œuvrer au recul du racisme.

La fédération se refuse à cautionner les demandes de subventions nationales du MRAP, dès lors qu’elles n’ont aucune traduction dans l’antiracisme de proximité des comités.

LA NON-PARTICIPATION AU CONGRES NATIONAL

Pour toutes ces raisons, la fédération des Landes ne participe pas au congrès national du mouvement. Ce congrès dans un mouvement qui connaît un effondrement des effectifs, ne vise qu’à reproduire une direction qui a failli, sans remettre en cause les erreurs qui ont conduit à la crise interne.

Mais la fédération, fidèle à l’esprit des fondateurs du MRAP, qui ont créé un instrument militant unique, reste dans ce mouvement pour contribuer, avec d’autres comités, à en faire à nouveau l’instrument de la lutte contre tous les racismes et pour que les thèmes qui divisent soient abandonnés, et que tous, dans le futur, se retrouvent autour des combats fondamentaux.


© MRAP - Fédération des Landes

 

[Texte aimablement signalé par Victor Perez.]

 

Mis en ligne le 27 janvier 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org