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Millière Guy

Après Gaza, quelles sont les données pour Israël ? Guy Millière
27/01/2009

On notera qu’André Darmon, directeur d’"Israël Magazine" a pris la défense de Guy Millière [*], qui fait l’objet d’attaques, dont les motivations sont majoritairement idéologiques. (Menahem Macina).

[*] "Qui veut abattre Guy Millière ?"

 

26/01/09

 

L’opération menée par Israël à Gaza a été présentée par les dirigeants de l’Etat comme une victoire. S’il est incontestable que l’armée israélienne a fait preuve d’une écrasante supériorité stratégique et technologique, si les soldats israéliens ont fait preuve de bravoure, de détermination et d’héroïsme, il n’en reste pas moins que le résultat final laisse une impression d’inachevé et d’inabouti. Ce qui résultera sera, au mieux, une trêve, un moment de répit. Peut-être eût-il été impossible d’obtenir davantage, et j’écoute les arguments de ceux qui parlent en ce sens. Pour autant, je persiste à penser que des changements de discours et de présentation des choses seraient indispensables. Et je persiste à penser aussi que, sans ces changements, les pressions exercées sur Israël vont s’accentuer et faire peser sur le pays des risques accrus qui pourraient se révéler dangereux pour la survie même d’Israël.

 

Les paramètres de la situation sont présentement les suivants :

  • Le Hamas a été lourdement frappé, mais il n’est pas détruit. Il va non seulement continuer à régenter Gaza, mais, très vraisemblablement, accroître son influence au sein des instances « palestiniennes ». Quand bien même le monde arabe sunnite a montré fort peu d’empressement à soutenir le mouvement islamiste, il n’en reste pas moins que l’islamisme a sa logique, qui n’a que fort peu à voir avec la logique prévalant dans les sociétés ouvertes. Une prime va au plus violent, au plus barbare, au plus radical. Bien que victime des violences du Hamas, l’entourage de Mahmoud Abbas s’est bien gardé de les dénoncer, a tenu des discours qu’on peut, dans le meilleur des cas, juger très ambigus, et a proposé au Hamas de former un gouvernement de coalition. Même si aucun accord entre la faction Abbas et le Hamas ne devait être passé, l’islamisme et le radicalisme « palestinien » vont, sans doute, se renforcer.
  • Le trafic d’armes par le corridor Philadelphie se poursuit et, dans ce contexte, va très vraisemblablement se poursuivre. Il est tout à fait clair que les régimes arabes sunnites, tout en craignant la montée en puissance de l’Iran, ne feront rien qui risque de les faire apparaître davantage comme plus proches du monde occidental que des islamistes, car ils ont tout à perdre en s’éloignant trop des islamistes et peu à gagner en se rapprochant davantage des Occidentaux : les opinions arabes restent, toutes les études disponibles le montrent, bien plus imprégnées de ressentiment anti-occidental que de désir d’occidentalisation. Les régimes arabes, en particulier l’Egypte, n’exerceront dès lors qu’une surveillance qui n’en sera pas une.  Aucune autorité internationale, quelle qu’elle soit, ne pourra changer cet état de choses, car rien ne sera fait sans l’accord des régimes arabes. La mise en place très hypothétique d’un équivalent de la Finul du Sud-Liban, à Gaza, produirait les mêmes résultats qu’au Sud-Liban : un réarmement sous le regard (bienveillant) d’observateurs « impartiaux ». L’envoi de bateaux au large de Gaza est lui-même de l’ordre de l’acte vain.
  • L’Autorité Palestinienne continuera à se trouver présentée comme « modérée », et comme constituant l’ « interlocuteur de paix ». Elle disposera même d’appuis accrus sur la « scène internationale », où la nécessité de régler le conflit sera présentée comme plus urgente que jamais. Les négociations sous égide européenne et américaine vont reprendre à un rythme intense. Si Israël parle comme Olmert, Barak, ou Livni, l’ont fait depuis plusieurs années, si Israël persiste dans un discours entérinant la modération de l’Autorité palestinienne et l’existence d’un « interlocuteur de paix », il se verra demander des concessions avec une intensité redoublée. L’Autorité palestinienne dira que les concessions ne sont pas suffisantes : elle le fait déjà, et ses positions sont nettes sur ce sujet. Les dirigeants européens se rangeront plutôt à l’avis de l’Autorité palestinienne. La nouvelle administration américaine fera de même, comme le montrent, d’ores et déjà, les déclarations et les positions globales de George Mitchell, de Barak Obama et d’Hillary Clinton. Israël sera sur la défensive et devra reculer, en préservant ce qui peut l’être, mais sans réels appuis internationaux, désormais, pour préserver ce qui peut l’être.
  • Les dirigeants iraniens ont parfaitement vu ce qu’étaient les forces militaires et stratégiques et les faiblesses politiques d’Israël. On peut s’attendre à ce que, dans ces conditions, ils adoptent une position plus conciliante avec l’administration Obama, se fassent un peu plus rassurants vis-à-vis de l’Europe et des Etats-Unis, apaisent un peu le monde arabe de façon à isoler davantage encore Israël  et à garder leur objectif de moyen terme : la destruction de l’Etat d’Israël. On peut s’attendre, dans ce contexte, à ce que, tout en prétendant défendre Israël, dirigeants européens et américains soient prêts, en échange de quelques accords de papier, à fermer les yeux sur cet objectif, dès lors qu’il est situé dans le moyen terme. Cela n’arrangera pas la situation d’Israël, bien au contraire.


Les tendances dessinées par ces paramètres permettent, pour résumer, de s’attendre, dans les quatre années à venir:

  • à un gouvernement « palestinien » dominé, quel qu’il soit, par l’islamisme ;
  • à une volonté forcenée des Occidentaux de négocier, malgré tout, avec ce gouvernement, sur le mode de l’aveuglement volontaire, afin de parvenir à une « paix » dont ne veulent pas les dirigeants palestiniens, mais dont la perspective est payante pour eux, financièrement et stratégiquement ;
  • à un accroissement des stocks d’armes et d’explosifs à Gaza ;
  • à un front uni du monde occidental pour exiger toujours davantage d’Israël et pressurer toujours plus le gouvernement israélien ;
  • au maintien d’une attitude trouble des pays arabes sunnites ;
  • à une diminution des tensions entre l’Iran et le monde occidental, voire à des tensions entre Iran et monde arabe : situation dont Israël fera, d’une manière ou d’une autre, les frais, relégué qu’il est au rôle de carte à jouer qu’Iraniens et Occidentaux seront prêts à écarter du jeu provisoirement, comme on écarte ce qui est importun ou inopportun.

Face à ces tendances, soit Israël persévérera dans les positions aujourd’hui prédominantes, soit il rompra avec elles.

Si Israël persévère, j’aurai les plus grandes craintes et j’ai dit pourquoi. Etre dans la position d’une carte à jouer, ou dans celle du citron que l’on presse, face à de multiples mains désireuses de le faire afin qu’on n’en parle plus, ce n’est pas être dans une position confortable. 

Si Israël rompt, cela impliquera qu’il se trouve des dirigeants israéliens à même de rompre, en fait, avec plus de quinze années d’un engrenage pervers et délétère, et qu’ils disent, haut et fort, pourquoi ils rompent, s’en expliquent et soient prêts à une épreuve de force assez dure, car elle sera inévitable.


Ce qui devra être expliqué est assez simple :

  • Il n’y a de paix possible qu’avec un interlocuteur désireux de vivre en paix, autrement dit, un adversaire qui reconnaît pleinement et sans circonlocutions le droit de celui avec qui il signe un accord de paix, de vivre effectivement en paix dans des frontières sûres et reconnues. Cet interlocuteur aujourd’hui n’existe pas. Pour qu’il existe, il faudrait non seulement que l’Autorité Palestinienne reconnaisse Israël sans maintenir une version falsifiée de l’histoire qui l’a conduit à réclamer incessamment le « droit au retour des réfugiés ». Mais il faudrait que l’Autorité palestinienne cesse d’éduquer ses enfants à la guerre et à la haine en changeant totalement le système d’enseignement, et cesse d’inculquer le même esprit de guerre et de haine à ses administrés par le biais d’une propagande incessante.  Il faudrait que ce changement prenne effet maintenant, de manière à ce qu’il porte ses fruits dans une génération.
  • Il n’y a de paix possible qu’avec un interlocuteur qui assume les responsabilités d’un Etat, autrement dit, un adversaire qui maîtrise ce qui se passe sur son territoire par le biais de forces de police réellement efficaces luttant contre toutes formes d’atteintes aux droits de propriété des autres sur leurs personnes et sur leurs biens, un adversaire qui n’accueille nulle part sur son sol des mouvements de type terroriste, un adversaire qui se préoccupe d’être économiquement viable plutôt qu[’orienté] vers la violence. Aujourd’hui, cet interlocuteur n’existe pas non plus. Pour qu’il existe, l’Autorité palestinienne devrait remodeler sa propre police, cesser de tenir un double discours et d’avoir des pratiques de duplicité concernant le terrorisme, et mettre simultanément en œuvre les moyens d’une viabilité économique qui ne pourra voir le jour que si, préalablement, les conditions de la sécurité pour tous sont réunies. Avoir des voisins israéliens dynamiques devrait, dans une perspective économique saine, être vu comme une opportunité : la coexistence de villages juifs et de villages arabes pourrait permettre un dynamisme économique effectif. Traiter les villages juifs de « colonies » et souhaiter l’épuration ethnique n’est pas du tout aller dans ce sens.
  • On peut  douter, jusqu’à preuve très explicite du contraire, qu’un mouvement né pour détruire Israël et pas pour créer un Etat, le « mouvement palestinien », puisse se transformer en autre chose. On peut rappeler que, jusqu’à une date récente, personne ne parlait de peuple palestinien ou de territoires palestiniens. Si on veut absolument parler de peuple palestinien et de territoire à accorder à ce peuple, il faut reconnaître, au préalable, qu’il y a un agresseur, le monde arabe et musulman, et un agressé : Israël. Il faut reconnaître à l’agressé le droit plein et entier de se doter de garanties de sécurité avant d’envisager de signer un traité avec l’agresseur. Il faut aussi reconnaître à l’agressé le droit de s’inquiéter des déclarations racistes et bellicistes et des désirs d’épuration ethnique de l’agresseur, d’être sceptique, tant que ces déclarations existent, concernant le désir de paix de l’agresseur, et de retenir sa signature jusqu’au moment où les raisons du scepticisme auront disparu.


Doit-on l’ajouter ? A moins d’être sourd et aveugle, de ne pas lire ou écouter ce qui se dit en arabe, il est impossible de ne pas voir que, strictement aucun dirigeant « palestinien » ne veut, jusqu’à ce jour, de - selon la formule consacrée - « la création d’un Etat palestinien vivant en paix à côté d’Israël ». Le Hamas veut le djihad et la destruction d’Israël comme une première étape vers l’islamisation de la planète ; les gens de la tendance Mahmoud Abbas veulent la destruction d’Israël, n’ont rien contre le djihad et ne parlent pas de l’islamisation de la planète ; ils disent vouloir un Etat palestinien, provisoirement à côté d’Israël, ensuite, très vite, à la place d’Israël.

A moins de  faire volontairement l’idiot, on ne peut pas ne pas discerner que le monde arabe et musulman a, lui aussi, avec des nuances diverses, pour objectif ultime la destruction d’Israël. 

A moins d’être totalement ignorant en économie, on ne peut pas ne pas comprendre que subventionner des gens qui se placent en position d’assistés, qui vivent des subventions, et qui n’hésitent pas à invoquer leurs frustrations pour en demander davantage, multiplie les assistés et incite ceux-ci à renforcer leurs discours de frustration. L’Europe, les Etats-Unis, le monde arabe, l’Onu récompensent les diatribes stériles, les gabegies, et donc les violences qui règnent à Gaza et dans l’Autorité palestinienne. La seule attitude généreuse vis-à-vis des Arabes de Gaza et de Cisjordanie serait de supprimer toute aide internationale. Lorsqu’on n’est pas subventionné, il reste une solution pour vivre : travailler, devenir productif, échanger. Ce qui est plus fécond que de hurler des slogans haineux en brandissant des fusils-mitrailleurs.

A moins d’être ignorant en histoire, on ne peut pas ne ignorer qu’accepter une falsification de l’histoire, c’est faire une concession majeure à l’esprit totalitaire, et on ne peut pas ignorer non plus que le totalitarisme ne se contente jamais de demi-mesures et ne peut coexister durablement avec des sociétés libres.

 

Des dirigeants du Likoud ont dit, ces derniers mois, que la première phase, sans laquelle aucune autre n’est envisageable, devrait être une éducation générique à la démocratie, à la paix et à l’économie de marché pour les Arabes palestiniens. C’est la voix même de la raison et de la lucidité.

Il restera des sourds, des aveugles, des idiots, des ignorants dans le monde occidental, et même, hélas, en Israël, mais le nombre de sourds, d’aveugles, d’idiots et d’ignorants, je veux en être certain, pourrait se trouver diminué fortement si on se contentait de rappeler certaines vérités élémentaires.

Oublier la réalité, c’est prendre le risque de se heurter violemment contre elle, car, quoi qu’on fasse, la réalité ne cesse d’exister.

 

Guy Millière *

 

* Chroniqueur à Israël Magazine

 

Mis en ligne le 26 janvier 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org