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Droits humains, racisme, antisémitisme, etc.
Négationnisme

À propos d’une décision romaine, Michel Remaud
29/01/2009

26 janvier 2009

Sur le site de Un écho d’Israël.


L’émotion soulevée par la récente levée d’excommunication de quatre évêques schismatiques invite à proposer sur ce sujet quelques brèves réflexions, qui ne prétendent évidemment pas épuiser le sujet.

Première remarque : une fois de plus, l’opinion a réagi au quart de tour à des dépêches d’agences. Dans notre société où le virtuel tend à remplacer le réel, l’événement n’est pas ce qui se passe, mais ce qu’on en dit. Il suffit d’aller se promener sur les forums des différents journaux pour constater que beaucoup ont compris ainsi la décision romaine : le pape ouvre les bras aux négationnistes. Il faut donc rappeler que la décision de levée d’excommunication ne se réduit pas au cas Williamson, et que la décision romaine n’est pas une absolution donnée à l’un des quatre évêques schismatiques pour son antisémitisme. Il n’est pas non plus question de « réhabilitation », comme on a pu le lire ici ou là. Réhabiliter signifie : « Rendre (à un condamné) ses droits perdus et l’estime publique, en reconnaissant son innocence. » (Petit Robert). Pour que l’usage du mot de réhabilitation soit ici approprié, il faudrait admettre que l’excommunication aurait été en quelque sorte une erreur judiciaire et que le pape actuel désavouerait son prédécesseur, ce qui est d’autant moins le cas que le Cardinal Ratzinger avait été étroitement associé à la décision de Jean-Paul II. Par ailleurs, l’évêque en question n’était pas évêque avant d’être excommunié. Il n’est donc pas question de lui rendre des droits qu’il n’a jamais eus. Cette levée d’excommunication n’est qu’une première étape d’un processus dont l’issue n’est pas certaine. Sur chacun de ces points, les précisions données par le journal La Croix peuvent apporter d’utiles compléments aux dépêches de l’AFP, ainsi que sur la question de savoir pourquoi il était important, pour Rome, de ne pas dissocier les quatre évêques (Michel Kubler : "C’est un pas spectaculaire, mais le dialogue doit maintenant s’ouvrir" et Comment le pape ouvre la porte aux intégristes).

À mon avis, la question de fond soulevée par toute cette polémique est : la relation à Israël fait-elle partie des éléments non négociables de la vie de l’Église ? Il est évident qu’on n’aurait pas levé l’excommunication si les intégristes avaient nié un dogme, comme, par exemple, celui de la nature divine du Christ. Si la relation à Israël est une question secondaire, cela signifie-t-il que, quarante ans après le dernier concile, on ferait peu de cas de Nostra Ætate ? Mais si elle ne l’est pas, faut-il excommunier tous les bons catholiques qui n’ont pas lu cette déclaration conciliaire, et tous ceux qui n’aiment pas les Juifs ? Comme le faisait remarquer un lecteur ici même, la greffe Nostra Ætate n’a pas pris. Pour la plupart des catholiques, la question de la relation théologique au peuple juif est complètement recouverte par la question politique, généralement présentée comme humanitaire. Le « bon chrétien » est celui qui est solidaire, au moins en paroles, des pauvres et des opprimés. Il est piquant de constater que, même sur des sites ou des blogs de tendance catholique traditionnelle, le bon juif ne peut être qu’un israélien d’extrême gauche, sauvant l’honneur parce qu’anti-israélien. Bien entendu, on ne manque pas de préciser qu’on n’est pas antisémite lorsqu’on stigmatise les monstres israéliens qui exterminent les enfants de Gaza, mais combien de chrétiens seraient capables de donner un contenu concret aux formules énoncées par le concile et répétées inlassablement par Jean-Paul II, selon lesquelles le chrétien est lié au peuple juif par un lien qu’il n’a avec aucune autre religion ? On ne voit pas pourquoi il faudrait aimer les juifs pour être bon chrétien, sinon en les aimant de cette charité universelle qui embrasse généreusement toute l’humanité.

Que les disciples de Mgr Lefebvre soient antisémites n’a rien de surprenant, même si le cas de l’évêque Williamson est un extrême. Ils sont les héritiers d’un enseignement multiséculaire qui a contaminé peu ou prou l’ensemble du peuple chrétien, et les conséquences de cet enseignement sont encore sensibles bien au-delà du petit monde des intégristes. Le dernier concile, relayé infatigablement par Jean-Paul II, a voulu donner une impulsion officielle au mouvement inverse ; et ici, il convient de rendre justice à Benoît XVI, qui est certainement l’un de ceux qui, dans l’Église, sont le plus conscients de l’importance de cette question. Mais il reste à faire un immense travail d’éducation qui ne fait que commencer — une décision romaine ne suffit pas à changer les mentalités — et qui, même sans faire la part des inévitables oppositions, prendra des décennies plutôt que des années.

 

Michel Remaud


Mis en ligne le 29 janvier 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org