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Christianisme

Le schisme lefebvriste en voie d’être résorbé? Indications des cardinaux Vingt-Trois et Ricard
28/01/2009

Un événement à ne pas surévaluer, même si les médias s’y emploient. (Patrice de Plunkett).

26/01/09


Texte repris du Blog de l’auteur.

  

L’archevêque de Paris et président des évêques de France au micro de Radio Notre-Dame, le 24 janvier.

 

Le cardinal Vingt-Trois, qui s’exprimait avant la publication officielle du décret, a expliqué d’abord que

« l’excommunication est une peine qui est prononcée par l’Eglise à la suite d’un acte grave. En l’occurrence il s’agissait de l’ordination de quatre évêques non seulement sans le consentement du pape mais en contradiction avec un avertissement préalable du pape Jean Paul II. Celui-ci s’était en effet adressé à Mgr Lefebvre pour lui demander de ne pas faire ces ordinations. Il s’agissait donc de la part de Mgr Lefebvre et des évêques qui avaient reçu cette ordination, d’un acte de désobéissance formel et particulièrement grave à l’égard du Pape. »

Si cette excommunication est levée, c’est d’abord parce que

« le pape a la possibilité, s’il le souhaite, de le faire. S’il a décidé de le faire aujourd’hui, c’est qu’il a des éléments suffisamment positifs qui le justifient. »

Quant à la manière dont cette nouvelle peut être accueillie, l’archevêque de Paris précise qu’en ce qui le concerne,

« chaque fois que l’Église peut suspendre une peine, je m’en réjouis. C’est une opportunité, une porte ouverte, pour permettre à des chrétiens de retrouver la plénitude de la communion avec l’Église. A condition qu’ils le souhaitent ou qu’ils l’acceptent. C’est un geste de miséricorde et un geste d’ouverture pour fortifier l’unité de l’Église. »

En revanche, la levée des excommunications ne signifie pas qu’il soit possible d’être catholique en faisant un tri dans l’enseignement de l’Église, dans la doctrine et la Tradition de l’Église.

« Des gens qui, pour la plupart, se présentent sincèrement comme des défenseurs de la Tradition, se donnent le pouvoir magistériel de distinguer la bonne Tradition de la mauvaise Tradition. Mais un tel acte de discernement ne peut être qu’un acte de l’Église et pas celui d’un groupe particulier dans l’Église. »

Pour Mgr Vingt-Trois, il est difficile de savoir comment les choses vont changer concrètement.

« La levée d’excommunication est un acte juridique - a-t-il dit. Je ne peux pas savoir d’avance comment les manières de réagir et de se comporter des personnes vont suivre l’acte juridique. Les difficultés qui traversent l’histoire de l’Église depuis 2000 ans se règlent par la conversion des cœurs et par le renouvellement de la vie de l’Esprit dans le cœur des chrétiens. »

Et l’archevêque de Paris a conclu :

« Le ministère de Benoît XVI ne se réduit pas à s’occuper de la Fraternité Saint-Pie-X. Certes, dans ce domaine particulier le Pape exerce son ministère de communion, comme il l’a fait, par exemple, par la lettre qu’il a envoyée aux catholiques chinois, l’année dernière, avec l’intention de les aider à retrouver une pleine unité. »

 

© Patrice de Plunkett

 

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Parmi les commentaires du texte ci-dessus, sur le site de La Croix, l’abbé M. Remaud me signale celui-ci.

 

Soyons précis


Pol Tava signale la tribune publiée par Matthieu Grimpret dans La Croix, qu’on peut lire ici.

Matthieu Grimpret fait état de sa « honte d’être catholique » devant la levée de l’excommunication s’appliquant à ce Mgr Williamson dont la presse a rapporté les propos négationnistes.

Nul doute que cette tribune enflammée suscitera le débat, l’incompréhension des uns, la satisfaction des autres. Il me semble important d’y répondre avec mesure et charité : la honte est un sentiment délicat, une émotion profondément morale, dont Aristote signale qu’elle est le propre des humains. En ces temps de « fierté » généralisée et quasiment obligatoire, la honte est chose précieuse. On n’y répond pas en lui opposant une autre émotion mais, si faire se peut, en travaillant sur son motif.

Une fois de plus, nous constatons un douloureux décalage entre la logique du Saint-Siège, ses priorités, sa conscience face à l’histoire, et la logique de l’opinion publique, ses émotions, ses réactions immédiates. Matthieu Grimpret exprime ce choc des deux logiques avec une réelle pertinence : la levée de l’excommunication est perçue comme une absolution générale, qui contraste malencontreusement avec la discipline de l’Eglise concernant les divorcés remariés. L’intransigeance du Saint-Siège à l’égard de la défense « non négociable » de la vie paraît bien rude face à l’indulgence manifestée à l’égard du négationnisme — comme si, dit Grimpret, la Shoah était « négociable », mais non le soutien à un candidat qui ne serait pas « pro-vie ».

La tribune de Grimpret se livre malheureusement à des amalgames discutables et contient trop d’imprécisions. C’est pourquoi j’ai bon espoir que sa honte sera passagère, et fera place bientôt à une acceptation reconnaissante d’une décision courageuse.

Il faudrait d’abord rappeler que les divorcés-remariés ne sont aucunement l’objet d’une excommunication. Il n’a jamais été question de soutenir, en effet, qu’ils étaient exclus de la communion de l’Eglise. Leur situation est absolument sans commune mesure avec la grave faute commise par un évêque qui consacre d’autres évêques contre l’avis formel du pape. Il y a manifestement une équivoque sur le mot même de « communion », propice à tous les raccourcis.

La levée de l’excommunication est un acte juridique concernant une peine appliquée pour une raison précise. Elle n’est pas une absolution générale, ni un blanc-seing apposé à toutes les positions, extravagantes ou non, scandaleuses ou non, qui seraient tenues par la personne excommuniée. Je demande à Matthieu Grimpret : si, par hypothèse, un M. Faurisson avait été traduit devant les tribunaux français pour vol ou pour homicide, et qu’il avait été reconnu innocent de ces crimes, cela aurait-il signifié que la justice française reconnaissait ou tolérait le négationnisme qui fut, par ailleurs, le cheval de bataille du triste Faurisson?

Grimpret commet une autre erreur lorsqu’il évoque les positions « non négociables » mises en avant par le Magistère récent. Il est tout simplement faux d’écrire, comme il le fait, que « voter pour un candidat compétent mais qui refuse de s’engager contre la loi Veil, c’est non-négociable ». C’est, au contraire, « négociable », pour ce que l’Eglise appelle habituellement des « raisons proportionnées ». D’abord, Grimpret exagère : un « refus de s’engager » n’est pas la même chose qu’un soutien actif. La Note doctrinale de 2002 sur l’engagement des chrétiens en politique signale, à cet égard, que la prudence politique peut amener légitimement un candidat à soutenir des mesures qui, sans aller jusqu’à l’abolition d’une loi injuste, viseraient à en atténuer les effets.

D’autre part, je n’ai jamais lu un texte magistériel qui formulerait une position comme celle que Grimpret prête à l’Eglise. En termes de théologie morale classique, il faut distinguer entre une « coopération formelle » au mal, qui serait de voter pour un candidat, au motif qu’il soutient activement la loi Veil, et une « coopération éloignée », qui serait de voter pour lui pour d’autres raisons, qui peuvent être bonnes et suffisantes pour compenser le dommage encouru. Cette seconde hypothèse est licite: un catholique peut voter pour M. Sarkozy, ou pour M. Obama, ou pour Mme Royal, s’il estime en conscience que leur absence d’opposition formelle à l’avortement est compensée par d’autres biens qu’ils entendent promouvoir.

Ce ne sont que quelques éléments de réflexion, « à chaud ». Je n’entre pas dans la discussion des motifs de la décision du pape. Mais si ceux de la honte éprouvée par M. Grimpret sont ceux qu’il évoque, je crois sincèrement qu’ils sont erronés. Face à un acte pontifical qui heurte l’opinion publique, le devoir est de s’informer soigneusement avant de publier son opposition, et l’urgence est d’attendre que retombe l’émotion, si légitime soit-elle au regard des motifs qui la provoquent.

Matthieu Grimpret a, d’après moi, cédé à une émotion compréhensible. Mais le temps de la réflexion viendra. Nos pasteurs y aident grandement par leurs déclarations mesurées et pleines de pédagogie.

Quant à savoir s’il était opportun, pour un catholique déclaré et qui, naguère encore, se disait publiquement « fier de l’être », de publier dans La Croix une tribune outragée mais malheureusement trop mal informée, je laisse à l’intéressé le soin d’en décider, et d’envisager, le cas échéant, les moyens de réparer le scandale qu’il a peut-être pris le risque de provoquer.


Philarete

 

[Textes aimablement signalés par l’abbé Michel Remaud.]

 

Mis en ligne le 28 janvier 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org