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Christianisme

Benoît XVI et les intégristes : réconcilier en divisant ? J. L. Vannier
28/01/2009

Dans un contexte marqué par une augmentation des actes antisémites, la décision du Pape Benoît XVI de réintégrer dans l’Eglise catholique romaine un prélat excommunié et qui tient un discours négationniste, provoque de vives réactions. Analyse et commentaires de notre éditorialiste. (Nice Premium).

25/01/09

Texte repris du site de Nice Premium

 

La décision du Pape Benoît XVI de « lever l’excommunication » dont quatre évêques intégristes faisaient l’objet depuis 1988 - ils avaient été ordonnés contre l’avis du Vatican par Mgr Lefèbvre- suscite d’autant plus l’incompréhension que l’un d’entre eux, Richard Williamson, un prélat britannique de 68 ans, nie dans un récent entretien à la télévision suédoise, l’existence des chambres à gaz et conteste le principe et le nombre de juifs exterminés pendant la IIe guerre mondiale.

On peut certes tenter d’éclairer la stratégie de Rome qui vise, sous couvert d’une approche oecuménique de « repentance » et de « pardon », à résoudre l’un des schismes importants de son Eglise après celui intervenu avec l’Eglise d’Orient -le « razkol » de 1054- et celui, cinq siècles plus tard, dû à la Réforme protestante. Mais cette décision traduit surtout de la part du Vatican un « manque à être », une religion en quête de « relation d’objet » non seulement par rapport aux deux autres monothéismes, le judaïsme et l’islam, mais également vis-à-vis des autres croyances et pratiques religieuses dans le monde. Elle risque surtout d’être perçue comme une démarche purement comptable : encore conviendrait-il de s’entendre sur l’importance des fidèles de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X dont le nombre varie, en fonction des interlocuteurs, de 40 000 à 600 000 !

On veut croire que cette logique ne saurait être purement « quantitative » et inspirée par un contexte particulier peu favorable à l’Eglise romaine : alors qu’en France, le taux de pratique religieuse chez les catholiques est passé de 37% à 8% entre 1945 et 2004, phénomène accompagné d’une chute des vocations sacerdotales de 50% entre ces deux périodes, on sait également, depuis la publication en 2008 de l’annuaire statistique de l’Etat pontifical, que « pour la première fois dans l’histoire, les musulmans ont dépassé les catholiques ». Les premiers représentent désormais 19,2% de la population mondiale contre 17,4% pour les seconds, selon des précisions apportées par son auteur Mgr Vittorio Formenti. Par surcroît, l’essor impressionant des religions sur d’autres continents, essor qu’illustrent le réveil hindouiste et bouddhique en Asie, et la ferveur évangéliste en Amérique du sud -au point de choisir un évêque comme président du Paraguay-, doit également mentionner la dynamique initiée par l’Eglise orthodoxe russe : réunie ces jours-ci en Concile, elle devrait élire un nouveau Patriarche dont la tâche consistera, après être parvenue en 2007 à ramener dans son giron « l’Eglise russe hors des frontières », à rapprocher le Patriarcat de Moscou avec celui de Constantinople, en désunion depuis le XVIIe siècle. Un environnement international, si l’on ose dire, pour le moins concurrentiel et dynamique.

Expliquer ne saurait toutefois justifier. Quoi qu’en dise, visiblement embarrassé, l’Archevêque de Paris Mgr Vingt-Trois, cette « levée » vaut réhabilitation. Elle semble anéantir d’un trait les effets positifs de la visite papale en France, et en particulier, ceux de son discours au Collège des Bernardins où il avait dénoncé le « fanatisme fondamentaliste ». Un thème pourtant repris dans les travaux du Synode d’octobre 2008 qui avait réuni plus de 300 théologiens et pasteurs de terrain. « Il est indispensable que l’Eglise connaisse et vive ce qu’elle annonce », avait notamment expliqué le Souverain pontife dans son homélie d’ouverture en stigmatisant « une société plus divisée et plus confuse » que jamais. Si elle est de nature à susciter la colère légitime des responsables du judaïsme, déjà irrités par la perspective d’une béatification de Pie XII accusé de silence sur la Shoah, la décision de Benoît XVI n’aidera probablement pas au rassemblement de chrétiens dont la foi déjà éparpillée et vacillante risque de subir les contrecoups de ce qui pourrait être ressenti comme un repli, voire un enkystement doctrinal de l’Eglise de Rome.


J.L. Vannier

 

© Nice Premium

 

Mis en ligne le 28 janvier 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org