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Israël (lynchage médiatique)

Gaza, un Ghetto ? Les aberrations des manifestants, Leopold Unger
02/02/2009

Article paru dans Gazeta Wyborcza (Pologne) du 20.01.2009

 

Traduction française (du polonais) : Irena Elster

 


Rien de nouveau. Bruxelles, et surtout la rue parisienne, en janvier 2009, m’ont rappelé, dans leur forme et leur contenu antisémites, mars 68, la Salle de Congrès, ou les Meetings Nationaux de 1968 (polonais à Varsovie, arabes à Bruxelles ou à Paris), pour une série de séances orwelliennes de la haine.

Ici et là, ces meetings ont été organisés par des extrémistes, des communistes alors, des islamistes maintenant, dans les deux cas, on a pu voir des banderoles dont le slogan principal était le couplage de l’équation : étoile de David - svastika.

Avec une différence : quoique ressemblants sur le fond, les slogans ont été inversés. A Varsovie on criait : « Les Sionistes à Sion ! », à Bruxelles et à Paris c’est l’inverse, on crie : « Les Sionistes hors de Sion ! ».

Goebbels affirmait que celui qui règne dans la rue, régnera un jour sur le pays, car chaque forme du pouvoir politique ou de la dictature prend ses racines dans la rue. La vie (ni partout, ni de façon définitive, heureusement), sa propre vie précisément, a confirmé cet énoncé de manière sanglante.

En tant que fervent des marches du 1er mai et en tant que témoin des meetings de mars [*], je suis, en grande partie, vacciné contre les manifestations de l’amour et de la haine dans la rue. Je n’y participe pas, mais il m’arrive d’observer, parfois effaré, d’autres fois étonné, sans grande émotion cependant, le degré de stupidité des foules.

Le répertoire des invectives […] est fortement limité, avec des variantes, mais toutes proviennent d’une même source.

L’antisionisme et l’antisémitisme – voilà le signe du politiquement correct, aujourd’hui.

Pour les ennemis de l’Occident, Israël est l’Occident ; pour les islamistes, il est le symbole de l’athéisme ; pour les pro-palestiniens, il est l’incarnation du racisme.

L’ensemble constitue la somme des stéréotypes négatifs. Je me suis dit : tant pis, la foule ne cède qu’à l’émotion, le cerveau n’y a pas sa place. Et puis Céline n’a-t-il pas remarqué que c’était là le sanctuaire contemporain ? Or, dans un sanctuaire il s’agit de louer Dieu, non pas de douter de son existence.

Le drame de Gaza a jeté les masses dans les rues. En marchant, ils scandaient, ce qui est aussi une paraphrase de 68, non plus de mars, mais de Mai 68 : « Nous sommes tous Palestiniens ». Allez-y, la France n’est-elle pas le pays de la liberté ? Chacun peut représenter ce qu’il veut. Ce n’est que quand apparurent les slogans : « Gaza – Holocauste » et « Gaza – ghetto de Varsovie », que j’ai été révolté. Stop. Là est ma ligne rouge.

Est-ce que quelqu’un dans le monde défendait les Juifs du Ghetto de Varsovie, est-ce que des gens sortirent dans la rue pour protester et les défendre ?

L’ONU n’existait pas encore, mais quelles sont les organisations qui organisèrent des conférences internationales pour s’occuper du sort des insurgés du ghetto ?

Et surtout – au Ghetto de Varsovie, personne ne se cachait derrière les enfants ni dans un hôpital [comme le font les militants armés de Gaza. N.d.T.], ou dans un lieu de culte (de synagogues, il n’y en avait plus). Au ghetto, on ne pouvait que mourir sans armes, ou, exceptionnellement, l’arme à la main.

A l’époque de l’agonie du ghetto, dans ce même Paris où se déroulent aujourd’hui les manifestations en signe de solidarité avec « la Palestine », les gendarmes français raflaient les Juifs et les livraient à Hitler.

Se référer au ghetto est scandaleux et stupide. Fanatiser les foules en leur montrant en boucle de terribles images à la télévision, les laisser se défouler de la sainte colère dans les rues paisibles de Paris, calme les mauvaises consciences mais n’aide en rien la paix ni la Palestine.


Leopold Unger

 

Article original. http://wyborcza.pl/1,75968,6177460,Gdzie_getto__gdzie_Gaza.html

 

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Note de la traductrice:

 

[*] Il s’agit de mars 1968. Voir "Les émigrés de mars réhabilités?" (10.12.06). 

 

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Mis en ligne le 1er février 2009, par
M. Macina, sur le site upjf.org