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Le récit de l’attaque contre une école de l’UNRWA à Gaza ne résiste pas à l’examen, Patrick Martin
03/02/2009

Cette enquête ne semble pas partisane puisqu’elle n’exonère pas Israël de la responsabilité des tirs, ne formule aucune accusation de manipulation et ne tire aucune conclusion politique ou stratégique sur les contrevérités journalistiques qui nourrissent notre quotidien de leur poison. Elle remet néanmoins les pendules à l’heure concernant la complicité de l’ONU (ou du moins de l’UNRWA), en matière sinon de faux témoignages, du moins de formulations byzantines permettant d’incriminer Israël. On remarque, au passage, comment les journalistes occidentaux se font le relais de mensonges sans disposer du moindre élément matériel permettant d’accréditer leur propre récit. Cela signifie que les faits repris par les journalistes consensuels peuvent de manière générale s’être déroulés autrement, concerner d’autres acteurs, posséder une causalité différente, porter sur des chiffres exagérés… voire, dans certains cas, ne pas s’être produits du tout. Les rectifications sont en général infimes, quand elles existent et ne servent que de paravents à la manipulation des opinions par l’affectif. On sait bien qu’on ne rectifie pas l’émotion. Concernant ces faits précis, il reste à établir la raison des tirs israéliens et si les civils étaient effectivement tous des civils. On aimerait que les journalistes unanimistes posent les mêmes questions et exigent des enquêtes aussi précises dans le cas des actions du Hamas. Cette seule asymétrie est révélatrice du parti pris de la plupart des récits médiatiques. (J.S.) A noter que les services de l’ONU qui avaient durement critiqué Israël, reconnaissent s’être trompés. [*] (Menahem Macina].

[*] Voir : Maayana Miskin, "UN Admits: IDF Didn’t Hit School".

January 29, 2009

 JABALYA, Bande de Gaza— La plupart des gens se souviennent de ces gros titres : « massacres d’innocents lors du bombardement d’une école », « les frappes israéliennes tuent des dizaines de personnes dans une école de l’ONU. »

Il s’agissait des tristes nouvelles du 6 janvier : des obus de mortier tirés par les forces israéliennes lors de leur progression tuèrent 43 civils du camp de réfugiés de Jabalya, dans la bande de Gaza. Selon les récits, les victimes avaient trouvé refuge dans l’enceinte de l’école pour garçons, Ibn Rushd, établissement géré par l’UNRWA.

Cette information n’a pas manqué de choquer le monde entier et d’être comparée à l’attaque par Israël d’un complexe de l’ONU, en 1996, à Qana, au Liban, où 100 personnes qui y cherchaient refuge avaient trouvé la mort. On ne doutait pas que cette nouvelle allait mettre fin à l’attaque israélienne de Gaza et se retrouverait en tête de la liste des crimes de guerre commis par Israël.

Le seul problème, c’est que l’histoire que l’on a gravée dans l’esprit du public n’est pas tout à fait exacte.

Les preuves matérielles et les entretiens avec plusieurs témoins oculaires, dont un enseignant qui se trouvait dans la cour de l’école au moment des tirs d’obus, sont sans ambiguïté : si quelques personnes ont été blessées par des éclats d’obus qui ont atterri dans le complexe bleu et blanc de l’ONU, personne n’a été tué dans son enceinte. Les 43 personnes qui ont été tuées dans l’incident étaient toutes dehors, dans la rue où les trois obus sont tombés. Les récits parlant d’un ou plusieurs obus ayant atteint la cour de récréation étaient faux.

Même si la mort de 43 civils dans la rue suffit peut-être à mener une enquête, nous sommes loin du bombardement d’une école remplie de gens censés s’y être réfugiés.

L’enseignant qui était dans le complexe au moment des tirs a dit avoir entendu trois détonations successives puis des hurlements multiples :

« J’ai couru dans la direction des cris [à l’intérieur du complexe]. J’ai vu que des gens avaient été blessés, qu’ils avaient des coupures. J’ai ramassé une fille qui saignait de l’œil et je suis sorti dans la rue pour chercher de l’aide. Mais quand je suis arrivé dans la rue, c’était l’enfer. Il y avait des corps partout, des cadavres, des bouts de corps partout. »

L’enseignant, qui a refusé de s’identifier parce que l’UNRWA a demandé au personnel de ne pas parler aux médias, est resté catégorique :

« A l’intérieur [de l’établissement], il y a eu 12 blessés mais pas de morts. Trois de mes élèves ont été tués ; mais ils étaient tous dehors. »

 

Hazem Balousha, gérant d’un magasin de pièces détachées automobiles juste en face de l’école de l’UNRWA, était dans la rue, hors de portée des éclats quand les obus se sont abattus. Il a montré à un journaliste où ils avaient atterri, l’un à gauche de son magasin, l’un à droite et l’autre juste devant :

« Il n’y en avait que trois et ils étaient tous dans la rue. »

Les nouvelles de la tragédie n’ont pas tardé à faire le tour du monde, les secouristes et les médecins affirmant que l’incident était survenu dans l’école, l’établissement de l’UNRWA où les gens avaient trouvé refuge. On a dit que les gens qui étaient dans l’école avaient été tués. Le scandale fut international.

Pressentant un cauchemar en termes de communication, les porte-parole israéliens ont rapidement affirmé que les forces armées avaient répliqué à des tirs provenant de l’école, donnant même le nom de deux militants. Ils ne devaient pas maintenir cette version, affirmant ensuite que les tireurs étaient à proximité de l’école.

Aucun témoin n’a affirmé avoir vu des tireurs (et on peut penser que s’ils avaient vu quelqu’un tirer au mortier depuis le milieu de la rue devant l’école, ils ne seraient pas restés là).

John Ging, chargé des opérations de l’UNRWA à Gaza, a reconnu, dans une interview parue cette semaine, que les trois obus israéliens sont tombés en dehors de l’école et que « personne n’a été tué dans l’école ». Il ajoute:

« J’ai bien dit aux Israéliens qu’aucun obus n’était tombé dans l’école. »

Et pourquoi une telle déclaration ?

« Parce qu’ils avaient dit à tout le monde qu’ils répliquaient à des tirs provenant de l’école. Cela n’était pas vrai. »

M. Ging rend les Israéliens responsables de la confusion concernant le lieu où les victimes avaient trouvé la mort :

« Ils ont même sorti une vidéo qui voulait montrer des tireurs postés dans l’école. Mais nous l’avions déjà vue : en 2007. »

Selon lui, ce sont les Israéliens qui ont laissé penser à tout le monde que les gens étaient morts dans l’école.

Il se défend :

« Vous n’avez qu’à reprendre mes déclarations. Je n’ai jamais dit que qui que ce soit avait été tué dans l’école. Nos responsables n’ont jamais fait cette allégation. »

Emu devant les cadavres que l’on amenait, le soir même, à l’hôpital Shifa Hospital dans la ville de Gaza, M. Ging avait pourtant bien déclaré :

« Ceux qui étaient dans l’école étaient tous des familles cherchant refuge… Il n’y a plus d’endroit sans risque à Gaza. »

Dans son bulletin quotidien, l’Organisation Mondiale de la Santé a rapporté :

« le 6 janvier, 42 personnes ont été tuées, suite à une attaque contre une école de l’UNRWA ».

Le bureau pour la coordination des affaires humanitaires de l’ONU ne s’est pas trompé de lieu… pendant une courte période du moins. Son bulletin quotidien a cité les « premiers compte-rendus » selon lesquels

« trois obus d’artillerie sont tombés devant l’école pour filles de l’UNWRA de Jabalia ».

Dans son rapport hebdomadaire, plus détaillé, publié trois jours plus tard, on lisait :

« les tirs israéliens ont touché directement deux écoles de l’UNRWA »,

ce qui incluait celle dont il est effectivement question.

Ces formulations officielles expliquent que les récits journalistiques qui ont été largement diffusés parlent de morts dans l’école. Cela n’explique pas pourquoi les agences de l’ONU ont laissé cette contre-vérité perdurer.

M. Ging déclare à ce sujet :

« je sais bien que personne n’a été tué dans l’école. Mais 41 personnes ont été tuées dans la rue, devant l’école. Parmi eux, beaucoup s’étaient réfugiés dans l’école avant de sortir dans la rue. L’Etat d’Israël doit répondre de cet incident. Que savait-il et quelles précautions ont-ils prises ? »

 

Patrick Martin

 

© The Globe and Mail

 

Mis en ligne le 1er février 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org