Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Non attribué

Au "Monde", le tartre ne sévit pas seulement dans une expression ’tendance’, mais dans l’orthographe
01/02/2009

Ce qui suit s’adresse à Messieurs les journalistes, débraillés du style, qui se prennent pour des "Modernes", parce qu’ils croient pouvoir s’affranchir de toutes les règles. Ils se trompent lourdement en prétendant que «les lecteurs n’ont rien à f…» du traitement dégradant qu’ils infligent, aussi fréquemment qu’impunément, à notre belle langue française. Contrairement à ce qu’ils s’imaginent, beaucoup de lecteurs ne supportent plus ni leur inculture, ni leur désinvolture insultante. Malheureusement, ceux d’entre eux qui le voudraient ne peuvent même pas signaler les fautes les plus évidentes, que leur imposent ces journalistes, au moins sur le site du "Monde", parce que, pour la plupart, ils ne sont pas prêts à payer 72 euros par an ce droit, pourtant élémentaire. Honte à ce journal en ligne qui pratique une telle usure, attentatoire à la liberté d’expression ! (Menahem Macina).

31/01/09

 

 

Désireux de réagir, sur le site du Monde, à une impéritie de langage - malheureusement devenue endémique, tant dans ce quotidien que dans la presse en général - qui figure dans un article récent (1), je me suis heurté à l’avertissement mercantile suivant :

La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr.

 

N’ayant absolument pas l’intention d’enrichir, ne fût-ce que de 6 euros par mois, un quotidien dont certains journalistes ne peuvent s’empêcher, à chaque fois qu’ils en ont l’occasion, de donner un coup de pied en vache à l’Etat d’Israël, dont le Juif que je suis défend l’honneur que la plupart des journalistes du Monde se complaisent à ternir, je publie ma réaction sur le présent site, dont je suis responsable, ainsi que sur mon site personnel.   


Tartre relationnel

Tout d’abord, je réponds au commentaire suivant, posté par Alain R., le 30.01.09

« Cette question s’adresse au Monde : "coup de calcaire" est une expression péjorative. Ou bien il s’agit d’une citation, mais alors de qui, merci de nous l’indiquer. Ou bien il s’agit d’un titre racoleur et alors c’est indigne du Monde, insultant, sur un sujet aussi sensible que Gaza ou [sic] vous vous devez à [sic] n’introduire aucune subjectivité. Ceci n’est pas qu’un commentaire, c’est un appel à une réaction de la rédaction. »

Comme, sauf erreur, la Rédaction du Monde ne lui a pas répondu – ayant sans doute mieux à faire, car, à l’instar du pilote du beau conte philosophique de Saint-Exupéry, elle « s’occupe », elle, « de choses sérieuses » -, c’est volontiers que j’éclaire la lanterne de cet internaute. D’autant que l’expression "coup de calcaire", dont, je l’avoue, j’ignorais, jusqu’à ce jour, tant le sens que l’existence, m’avait laissé perplexe, moi aussi. Mais j’ai cherché et j’ai trouvé.

Voici tout d’abord, l’explication savante – et fiable ! - de deux sémiologues (2)

« …Faire un coup de calcaire : le sens publicitaire initial - encrassement de la résistance d’une machine à laver sous l’effet du calcaire (Calgon) -, est devenu faire une crise de déprime ou de colère soudaine et imprévisible, avec perte de la référence publicitaire. »

En d’autres termes, l’expression connote un problème qui se traduit, au sens propre, par une panne, voire un court-circuit, dans le cas d’une machine à laver dont la résistance est entartrée, tandis qu’au sens figuré, elle connote la détérioration, voire l’explosion des relations interpersonnelles.

C’est certainement dans ce dernier sens que l’emploie le leitmotiv d’une chanson populaire (3), qui n’a certainement pas peu contribué à populariser l’expression :

"Au bout d’un an elle m’a
Fait un coup de calcaire
Ça fait plus mal qu’un coup de revolver…"

Sans le génie d’un Baudelaire ou d’un Rimbaud - tant s’en faut - cette chansonnette illustre, au mode populaire, un cas de tartre des relations sentimentales.

 

Tartre culturel


A la lumière de ce qui précède, on conviendra que l’expression "coup de calcaire" - si agaçante qu’elle puisse apparaître à de nombreux lecteurs (d’autant que le journaliste n’a pas cru bon d’en expliciter le sens) – ne peut être considérée comme erronée, ni même impropre.

Par contre, on ne peut en dire autant d’une faute grossière, qui figure dans le même article et qui, elle, est impardonnable, surtout pour un "quotidien de référence", comme est généralement considéré le Monde, au moins à l’étranger. Le journaliste de service écrivait donc, ce jour-là:  

« Passant outre le refus de l’animateur… »

Comme beaucoup de ses confrères, hélas ! – ce rédacteur confond "passer outre" (à une interdiction, p. ex.), et "outrepasser" (ses droits, p. ex.). La première expression connote le fait d’aller au-delà, ou de ne pas tenir compte, et s’emploie avec un complément indirect, alors que le second verbe connote l’abus, et s’emploie avec un complément direct. (4)

Et qu’on ne croie surtout pas qu’il n’y a que les analphabètes du Web qui fassent la faute. Un journal aussi sérieux que La Croix, ne fait pas mieux, qui écrit (5) :

« Avec le risque de passer outre des valeurs désormais « non négociables » pour l’Église catholique… »

Et mieux vaut passer pieusement sur cette perle, relevée sur le site du Syndicat de la Magistrature (6) :

« Leur fragilisation renforcée sans cesse par la pratique du passer-outre des avis négatifs du Conseil supérieur de la magistrature… »


Si je parle, à propos de cette impéritie syntactique, de "tartre culturel", ce n’est pas seulement par association d’idées, mais parce que les fautes de ce type, loin d’être accidentelles, sont désormais monnaie courante et sont devenues, en quelques années, des mauvaises habitudes permanentes. A ce titre, elles contribuent à l’aggravation du délitement – qui semble inendiguable – de la langue française. Comme le tartre qui se dépose sur la "résistance électrique" de la machine à laver au point de l’empêcher de fonctionner, la répétition de ces expressions fautives entartre la "résistance culturelle" des Français et inhibe leurs sains réflexes de correction.

En outre, l’absence de "sanction", au sens générique du terme (démarquer, voire dénoncer), confère aux auteurs un sentiment d’impunité, qui se double parfois d’une arrogance grossière, dans le style : «  Pas de temps à perdre avec ces c…… d’obsédés de l’académisme… », ou : « Les lecteurs n’en ont rien à f… », etc.

Eh bien, Messieurs les journalistes, débraillés du style - qui vous prenez pour des "Modernes", parce que vous vous affranchissez superbement de toutes les règles -, vous vous trompez. Nombreux sont les lecteurs qui ne supportent plus ni votre inculture, ni votre désinvolture insultante, et dont on ne lira jamais les remises en cause, parce qu’ils ne sont pas prêts à payer 72 euros par an leur droit, pourtant élémentaire, de critiquer. 

Profitez du peu de temps qui vous reste à sévir, car, je puis vous le prédire: tôt ou tard, vous passerez à la trappe et ce sera mérité.


Menahem Macina
 

----------------------

(1) "Le « coup de calcaire » de Recep Tayyip Erdogan à Davos" (30/01/09).  

(2) Karine Berthelot-Guiet et Caroline Ollivier-Yaniv, « Tu t’es vu quand t’écoutes l’Etat ? ». Réception des campagnes de communication gouvernementale. Appropriation et détournement, in Revue du CAIRN, 2001/4 - n° 108, pages 155 à 178; consultable en ligne.

(3) Auteur : Gianni Messiaen, « Coup de calcaire » (1988) ; pour les paroles, voir ici.

(4) J’ai fait des recherches, par Google, sur les formes suivantes "passer outre le" ; "passer outre la" ;  "passer outre l’" ; "passer outre les" ;  "passer outre un" ; "passer outre une" ; "passer outre des" ; etc.

(5) "Benoît XVI s’explique sur la levée des excommunications" (28/01/09).

(6) "Lettre au Garde des Sceaux au sujet de l’affaire de Nancy" (30/08/07). 

----------------------


© upjf.org


Mis en ligne le 31 janvier 2009, par
M. Macina, sur le site upjf.org