Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Éditorialistes
Pipes, Daniel

Expliquer les erreurs stratégiques d’Israël, par Daniel Pipes
30/01/2009

29 janvier 2009


Texte repris du site de Daniel Pipes

FrontPageMagazine.com

Version originale anglaise: Explaining Israel’s Strategic Mistakes

Adaptation française: Anne-Marie Delcambre

Dans un article [paru] au début de ce mois, "L’incompétence stratégique d’Israël dans la bande de Gaza", j’ai fait trois remarques : que les dirigeants israéliens avaient créé unilatéralement leurs problèmes actuels, que la guerre contre le Hamas signifiait ignorer la menace beaucoup plus grande des armes nucléaires iraniennes , et que le but de donner du pouvoir à Al-Fatah n’avait aucun sens.

Ces arguments ont suscité un tollé de la part des lecteurs qui ont fait des remarques intéressantes, qui méritent réponse. Reprenant, en les allégeant, les questions, pour plus de clarté, je réponds à quelques-unes d’entre elles, ici :

« Votre article était un véritable coup de poing. Avez-vous des stimulants ? »

Le Moyen-Orient est une source de nouvelles presque toujours mauvaises ces jours-ci. Deux rares développements positifs concernent l’économie : En Israël, grâce aux réformes menées par Binyamin Netanyahou, lui-même sevré du socialisme débilitant de ses premières années, le prix de l’énergie a diminué de plus de deux tiers.

« En admettant que vos opinions soient vraies, le titre et le ton de l’article ne peuvent qu’encourager les ennemis d’Israël. Plus de prudence dans le langage aurait été davantage dans l’intérêt d’Israël. »

J’essaie d’émettre des critiques constructives. Même si les ennemis d’Israël trouvent un encouragement dans mon analyse moins que stimulante, je m’attends à ce que cela soit plus que compensé par mon aide aux Israéliens pour réaliser leurs erreurs.

« L’ennemi d’Israël ce sont ses dirigeants traîtres qui intentionnellement sont en train d’œuvrer pour détruire l’Etat Juif et attirer sur la communauté juive un autre holocauste. Refuser de rendre ceci clair et continuer à indiquer l’incompétence est le problème , c’est permettre le leadership donc devenir soi-même un traître ».

Si l’on est traître à Israël en ne voyant pas son leadership comme « travaillant intentionnellement à détruire l’Etat juif, attirant sur la communauté juive mondiale une autre shoah », alors peignez-moi coupable. Je vois la direction incompétente mais pas méchante et encore moins suicidaire.

« Voici une stratégie de sortie de la bande de Gaza : Israël doit louer une bande de terre de l’Egypte pour être utilisée comme zone tampon ».

Idée géniale- excepté qu’il y a zéro chance pour que le Caire soit d’accord.

« Votre analyse porte tort à Israël comme un acteur indépendant lorsque le gouvernement des Etats-Unis a un rôle majeur en limitant les actions israéliennes ».

J’ai abordé et réfuté cette remarque en ce qui concerne le retrait de Gaza dans « le retrait de Gaza de Sharon fait à Washington ? » mais votre affirmation est plus large que la bande de Gaza et mérite une analyse à grande échelle.

Ma réponse succincte : l’idée que Washington impose de mauvaises idées à une Jérusalem réticente offre un réconfort, puisque cela implique que les dirigeants israéliens savent quoi faire mais ne peuvent pas le faire ; malheureusement , c’est périmé.

Oui, de 1973 à 1993, ce fut en effet le modèle. Depuis les accords d’Oslo, cependant, le leadership d’Israël n’a pas été seulement un complice volontaire de son homologue américain mais il a souvent pris l’initiative - par exemple, Oslo lui-même en 1993, le retrait du Liban en 2000, les rencontres de Camp David II en 2000, les négociations de Taba de 2001, et le retrait de Gaza de 2005.

Aaron Lerner a résumé cette remarque dans « la pression américaine n’est pas le problème » en faisant valoir que « les initiatives diplomatiques israéliennes ont été presque sans exception, réalisées uniquement avec l’approbation américaine ex-post » puis en donnant des exemples.

« Et si les éléments les plus efficaces de la société israélienne, les militaires, étaient aux commandes d’Israël ? »

Mais l’armée israélienne a été en grande partie aux commandes depuis la réorientation fondamentale de la dissuasion à l’apaisement qui a eu lieu en 1993 - Rabin, Barak et Sharon ont dominé les 16 dernières années, avec de nombreux autres ex-généraux, dans la vie publique du pays. En Israël, comme partout dans le monde, les militaires ont tendance à absorber les gauchismes les plus chauds produits par la société civile.

« Ce n’est pas le moment de regarder en arrière et ce n’est pas le lieu de blâmer ; mais il est temps plutôt d’aller de l’avant et de régler le problème. »

L’attribution de la responsabilité pour les erreurs, ce n’est pas seulement une question de pointer du doigt mais il est essentiel de ne pas les répéter.

« Que doit faire Israël maintenant ? »

Dans un autre article de ce mois, « Résoudre le problème palestinien » j’ai souscrit à l’option Jordanie-Egypte, par laquelle le premier prend sur la Cisjordanie et le second sur Gaza.

« Vous demandez "Pourquoi Olmert gaspille cette opportunité de faire face au danger relativement insignifiant du Hamas plutôt qu’à la menace existentielle du programme nucléaire d’Iran ?" La réponse se trouve dans l’article du New York Times du 11 janvier "Les Etats-Unis ont rejeté l’aide pour un raid israélien sur le site nucléaire iranien" , ce qui explique que le gouvernement américain ait empêché les efforts israéliens pour détruire les installations de Natanz »

L’analyse de « jets d’Israël contre bombes iraniennes donne à penser que les Forces de Défense d’Israël ne demandent pas l’approbation des Etats-Unis pour traverser l’Irak, ou des munitions des Etats-Unis pour frapper des cibles iraniennes.

« Il est tellement facile de critiquer ; ne pensez-vous pas vraiment que vous pourriez faire mieux ? Si oui, pourquoi ne pas aller en Israël et entrer dans la vie politique là-bas ? »

Un journaliste sportif n’a pas besoin d’être étoile sur le terrain avant de critiquer les joueurs ni un analyste du Moyen-Orient d’escalader la pente glissante de la politique israélienne avant d’offrir l’analyse stratégique. Quant à la légitimité de présenter mes vues tout en vivant aux Etats-Unis, voir « Un américain peut-il commenter Israël ? »

« Que pensez-vous d’autres plans alternatifs? Deux appellent à ce qu’il n’y ait pas un Etat palestinien établi et que les Arabes partent et se réinstallent dans le pays de leur choix, autre qu’Israël. L’initiative israélienne est d’un membre de la Knesset par Benny Elon et l’autre est du Sommet de Jérusalem, écrit par Martin Sherman, professeur à l’université de Tel Aviv. »

J’applaudis à ces efforts de la pensée créatrice. Le plan Elon ressemble à mon idée de la Jordanie-Egypte, sauf qu’il se concentre exclusivement sur la Jordanie « en tant que seul représentant légitime des Palestiniens » et il implique la souveraineté israélienne sur la Cisjordanie, quelque chose que je ne souhaite pas. Les plans du sommet de Jérusalem appellent à un « généreux déménagement et une réinstallation comprise » pour que les Palestiniens quittent les zones contrôlées. Je m’attends à ce que cela trouve peu de preneurs.

« Il y a de véritables leaders en Israël. Pour n’en mentionner qu’un: Moshe Feiglin. Qu’est-ce que vous en pensez ? »

Il apporte des idées importantes au débat israélien mais il n’est pas au plus haut niveau de la vie politique d’Israël, comme je l’ai dit dans mon article, aussi je ne l’ai pas inclus dans ma généralisation.

« Où est le leader du Likoud Binyamin Netanyahu dans tout ceci ? N’est-il pas un faucon qui rejette l’idée de céder des terres d’Israël, quelle que soit la raison? »

Si je votais dans les élections israéliennes je voterais pour lui, le mois prochain. Cela dit, nous l’avons vu en action en tant que premier ministre entre 1996 et 1999 et je juge son mandat comme un échec (contrairement à son dernier passage au ministère des Finances qui a été un succès.) En particulier, je me souviens de sa piètre performance vis-à-vis de la Syrie, ce que j’ai découvert dans un article en 1999 « Le chemin de Damas ; ce que Netanyahu a presque donné. »

Peut-être que Natanyahu a mûri en tant que leader, mais le vieil adage : « Dupe-moi une fois, honte sur vous ; dupe-moi deux fois, honte sur moi » implique que le likoud pourrait avoir recruté un nouveau visage.

« Maintenant que le général à la retraite Moshe « Bogie » Ya’alon est entré en politique, je crois qu’il y a de l’espoir pour l’avenir d’Israël. »

IDF Ancien chef d’état major, le lieutenant-général Moshe Ya’alon rejoint le likoud en novembre 2008.

J’admire Ya’alon et j’espère qu’il aura un poste important dans le prochain gouvernement. Il est aussi proche que n’importe quel dirigeant israélien pour comprendre les impératifs stratégiques du pays. Par exemple, lorsqu’on lui a demandé sa définition de la victoire, Ya’alon a répondu que cela consistait dans « la profonde intériorisation par les Palestiniens que le terrorisme et la violence ne nous vaincront pas, ne nous feront pas plier. »

Mais quand on examine de près sa principale analyse « Israël et les Palestiniens : une nouvelle stratégie », Ya’alon ne fonctionne pas pour obtenir une telle victoire sur les Palestiniens. Au contraire il veut réformer l’Autorité palestinienne afin qu’elle puisse mieux contrôler le territoire, effectuer la mise en vigueur de la loi, renforcer son autorité judiciaire, acquérir un esprit démocratique et améliorer la qualité de vie de sa population; « convalescence économique, état de droit et démocratisation sont des conditions essentielles », écrit-il, « pour la réhabilitation de la société palestinienne ». Il conclut que la réorganisation de la société palestinienne, conformément à ses idées, « pourrait facilement servir de fondement à un futur règlement qui permettrait de réaliser certains de ses espoirs qui ont été fixés au processus d’Oslo ». Je conclus donc que le but de Ya’alon n’est pas la victoire mais une autre tentative de compromis et résolution du style d’Oslo.

« Qu’est-il arrivé aux Israéliens qui ne combattent plus intelligemment ? »

Bonne question. J’ai proposé une réponse il y a une demi-année. Le stratégiquement brillant mais économiquement déficient des débuts a été remplacé par l’inverse. Les cerveaux de génies militaires et des poids lourds politiques des années passées ont apparemment disparu dans la haute technologie, laissant l’Etat entre les mains de nains corrompus, à l’esprit limité.

Mais cela n’explique pas toute la situation, qui résulte d’un profond mélange de fatigue et d’arrogance. Les meilleures analyses sont faites par Yoram Hazony, « L’Etat juif : le combat pour l’âme d’Israël » et Kenneth Levin, « Le syndrome d’Oslo : illusion d’un peuple assiégé ».

«Daniel Pipes devrait tenter de désamorcer les tensions entre Israël et les pays arabes voisins. »

Les tentatives visant à désamorcer les tensions ont été un thème central depuis le kilomètre 101 de 1973. Elles ont échoué parce qu’elles ne cessaient de contourner une conclusion au conflit israélo-arabe. Je préfère une conclusion décisive qui seule mettra fin au conflit.

 

© Daniel Pipes

 

Mis en ligne le 30 janvier 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org