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Christianisme

les catholiques de France restent divisés sur la levée de l’excommunication des évêques intégristes
03/02/2009

De l’approbation à la colère, les catholiques de France restent divisés sur la levée de l’excommunication des évêques intégristes.

03/02/09

Texte repris du site de La Croix.

Dimanche 1er février, à la sortie des messes dominicales, les catholiques s’interrogeaient sur la décision de Benoît XVI de lever l’excommunication des quatre évêques intégristes

Sortie de messe à l’abbaye de Sylvanes (Rigoulet/Ciric).

Perplexes, inquiets, ouverts à la réconciliation, ou au contraire très en colère, les catholiques de France interrogés dimanche 1er février réagissent fort différemment à la décision prise par Benoît XVI de lever l’excommunication touchant quatre évêques intégristes. Avec un point commun, pourtant : la reconnaissance pleine et entière du concile Vatican II, qu’ils attendent désormais de la part des membres de la Fraternité Saint-Pie-X.

À Vertou, bourg rural au cœur du vignoble nantais, les fidèles sont perplexes. Pierre, 73 ans, se dit « personnellement en désaccord » avec la décision du pape : « Les intégristes se sont exclus eux-mêmes de l’Église. » Ancien enfant de chœur en Vendée, il ne voudrait pour rien au monde d’un retour en arrière. « J’ai connu la période d’avant Vatican II. Je servais la messe à 7 heures du matin. Le prêtre nous tournait le dos, parlait en latin et la majorité des fidèles ne comprenait rien. Aujourd’hui, c’est bien que l’Église soit au diapason de la société. »

Les propos négationnistes tenus par l’évêque Williamson sont venus ajouter à la confusion. « Cela donne du grain à moudre à ceux qui critiquent l’Église, déplorent Claude et Annick, jeunes retraités. On n’avait pas besoin de ça. » Pourtant, au-delà leurs réticences, certains fidèles sont prêts à imaginer une réconciliation.

"Pourquoi refuse-t-il toujours les divorcés au sein de l’Église ?"

À Lille, dans le quartier populaire de Wazemmes, les échos sont similaires. Thérèse, 75 ans, paroissienne à Saint-Pierre-Saint-Paul, se dit très choquée. « Cette décision refroidit les relations avec les juifs, alors qu’elles commençaient à s’améliorer, regrette-t-elle. Que l’on renoue avec des intégristes, je suis d’accord. Car l’excommunication était une blessure pour eux. Mais réintégrer un évêque qui tient des propos négationnistes, je ne peux pas l’accepter. »

Isabelle, la cinquantaine, n’est pas trop surprise par la décision du pape : « Benoît XVI est un traditionaliste, juge-t-elle. On devait s’y attendre. » Elle dit n’être « pas dérangée » par cette ouverture vers les intégristes, mais elle met Benoît XVI au défi : « Si le pape veut accueillir tout le monde, pourquoi refuse-t-il toujours les divorcés au sein de l’Église ? »

À Toulouse, à Notre-Dame-de-la-Dalbade, paroisse récemment confiée à un prêtre de l’Opus Dei, Benoît, 42 ans, se déclare « ravi » de cette décision : « Le retour des intégristes ne doit pas être vécu comme un reniement de Vatican II, mais comme une ouverture à une richesse complémentaire. »

« Autour de moi, je vois les jeunes plutôt intéressés par la redécouverte de cette tradition », souligne-t-il. Colette, 52 ans, s’interroge, mais sans excès. « Je suivrai les choses avec vigilance, mais la profondeur de ma foi ne dépend pas de certains choix des autorités religieuses », souligne-t-elle.

Prudente satisfaction

À Saint-Nizier, dynamique paroisse de la presqu’île lyonnaise confiée à la communauté de l’Emmanuel, tout est question de génération. Rares sont les jeunes à se sentir concernés par une décision perçue comme « éloignée » de leurs préoccupations. Pour Philippe, consultant de 38 ans, « le message du Christ est de pardonner », même si « tout cela est ennuyeux pour nos rapports avec le peuple juif ».

D’autres manifestent une prudente satisfaction. Charles, 58 ans, chef d’entreprise, aurait souhaité que le Vatican se fasse « plus pédagogue ». « Nous ne sommes qu’au début d’un long processus. Le pape ne donne pas raison au schisme. Ils devront accepter l’autorité du pape et le concile Vatican II », assure-t-il.

Pour Cyril, il ne s’agit là que de « petites divergences ». « Combien parmi nous sont capables d’expliquer ce qu’est Vatican II ? » demande ce cadre commercial, pour qui il est « plus important de montrer au monde extérieur que l’Église est unie et ouverte, et accepter les différences ».

Claire et Jean-Nicolas, septuagénaires « de la génération 68 », ne le suivent pas. « C’est une régression insensée, se désole Claire, car cela donne aux intégristes une valeur et une vérité. » « C’est un contre-témoignage, alors que l’on est déjà incapable d’adapter le message évangélique au monde d’aujourd’hui », renchérit son mari, pour qui l’affaire « sape l’autorité du pape ».

"C’est à eux désormais de reconnaître Vatican II"

À Bordeaux, à la sortie de l’église Saint-Pierre d’Ambarès confiée à la communauté de l’Emmanuel, l’heure est à l’apaisement, mais aussi à la vigilance. « Nous avons besoin de tout le monde, réagit Philippe, 43 ans. C’est un message fort d’unité d’une Église universelle qui se veut ouverte à tous. »

Le P. Pierre Protot, le curé de la paroisse, approuve : « On ne peut que se réjouir de ce premier pas vers l’unité de tous les chrétiens. » « Ce n’est pas parce que l’excommunication est levée que tout est permis. C’est à eux désormais d’accepter le dialogue et de reconnaître Vatican II », prévient Édith, 60 ans.

En l’église Saint-Germain de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), Grégory, venu en famille, veut maintenant lire le texte de la Conférence des évêques pour se faire une opinion après « le choc » qu’il a ressenti de prime abord : « C’est une décision qui a une portée symbolique, je veux savoir exactement de quoi il s’agit. »

Pour Laurent, la décision reste insupportable. Entouré de sa famille qui l’approuve, il estime être suffisamment informé pour camper sur une position ferme : « Je n’ai pas envie qu’ils reviennent, Benoît XVI fait une grosse erreur. Je trouve cela inadmissible. »

Nicolas CÉSAR (à Bordeaux), Jean-Luc FERRÉ (à Toulouse), Florence PAGNEUX (à Vertou), Florence QUILLE (à Lille), Pascale TEISSIER (à Saint-Germain-en-Laye), Bénévent TOSSÉRI (à Saint-Nizier).

© La Croix

 

[Texte aimablement signalé par l’Abbé René Arbez, Genève.]


Mis en ligne le 3 février 2009, par
M. Macina, sur le site upjf.org