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Christianisme

Affaire Williamson : le grand rabbin épargne Benoît XVI, Jean-Marie Guénois
02/02/2009

Installé hier à Paris dans ses fonctions, Gilles Bernheim a critiqué les propos «abjects» de l’évêque négationniste, mais a épargné Benoît XVI.

01/02/09


Texte repris du site du Figaro

 

Ne pas se tromper de cible. Hier, lors de sa cérémonie d’investiture officielle, le nouveau grand rabbin de France, Gilles Bernheim, a refusé tout amalgame entre l’Église catholique et « un évêque de la Fraternité Saint Pie X », dont il a qualifié les propos négationnistes d’« abjects ». Dans un discours très applaudi sous les voûtes de la grande synagogue de la Victoire à Paris, comble, il n’a pas hésité, malgré le contexte de cette polémique, à saluer la présence de « mon ami le cardinal Philippe Barbarin », archevêque de Lyon, effectivement assis derrière les autorités de la République, dont Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur et des Cultes.

« Personne ne peut mésestimer les conséquences de la Shoah, a rappelé le grand rabbin qui remplace désormais Joseph Sitruk. La destruction des Juifs d’Europe (…) continuera à hanter pour toujours, toute conscience. L’injonction du travail de mémoire nous incombe à tous, Français juifs et non juifs, tous, citoyens du monde. (…) Nous voyons combien est difficile la tâche et combien elle est d’une terrible actualité quand nous entendons qu’un évêque de la Fraternité Saint Pie X tient des propos abjects. Qu’un autre évêque de la Fraternité ramène le négationnisme à des propos personnels et que de nombreux membres de la dite Fraternité regrettent toujours Vatican II et la déclaration “Nostra Aetate” sur les relations avec les autres religions. »

Le Pape «  troublé  »

Exhortant surtout la communauté juive à tisser une unité nouvelle pour « porter haut » le judaïsme en France, il a conclu le court passage consacré à cette affaire, qui n’en finit pas de défrayer la chronique, par un appel à « toujours plus de vigilance ». Hier, le porte-parole du gouvernement français, Luc Chatel, a en effet déclaré sur Radio J :

« Le gouvernement ne peut condamner qu’avec la plus grande fermeté les propos qui ont été tenus par les membres de la Fraternité Saint Pie X. Ils sont inacceptables, abjects, intolérables. »

À l’heure où manifestait, devant la Nonciature apostolique, un groupe de 70 personnes de B’nai Brith France, une ONG juive humaniste. Elles entendaient faire part de leur « émoi » sous les fenêtres du représentant du Pape.

Benoît XVI, « troublé » par cet épisode « très douloureux », selon ses proches, n’est toutefois pas revenu sur cette crise lors de la prière dominicale de l’angelus, puisqu’il avait fermement condamné, mercredi, le négationnisme. Le cardinal Barbarin a, en revanche, estimé, samedi sur RTL, « tout à fait insuffisantes » les excuses présentées par Mgr Williamson, l’auteur des propos négationnistes, car elles ne comportent « aucune rétractation ».

Le rabbin David Rosen, conseiller du grand rabbinat d’Israël, a également observé que « le mal n’est pas encore complètement réparé » même après la mise au point de Benoît XVI et l’expression de sa « solidarité » avec les Juifs. Il attend des « excuses publiques » de la part de Mgr Williamson qui s’est contenté de faire part sur son site Internet des « regrets sincères » pour les « souffrances » que ses « remarques imprudentes » ont causées au Pape.

En dépit de la qualité des relations entre le cardinal Philippe Barbarin et le grand rabbin Gilles Bernheim, tangibles, hier à la synagogue de la Victoire à Paris, où se trouvaient également plusieurs personnalités catholiques, le choc reste très rude pour les relations entre les deux religions. En Allemagne, par exemple, le Consistoire central des juifs a formellement suspendu son dialogue avec l’Église catholique.

Sans oublier la déchirure, toujours vive, au sein de l’Église. Le cardinal Re qui, par fonction, a signé le décret levant l’excommunication, n’a pas caché, samedi, que « le parcours vers une réconciliation totale demandera du temps ». Car la Fraternité Saint Pie X « doit encore montrer qu’elle accepte le concile » Vatican II.


Jean-Marie Guénois

 

© La Croix

 

Mis en ligne le 2 février 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org