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Shoah

De jeunes Belges à Auschwitz-Birkenau: « Il n’y a pas assez de mots », Annick Hovine
03/02/2009

Le voyage à Auschwitz-Birkenau, pour le 64e anniversaire de la libération du camp, a permis à 135 jeunes Belges de se rendre compte, de leurs propres yeux, de l’horreur de l’Holocauste. (LB).

02/02/2009


Article repris du site de La Libre Belgique.

 

Reportage à Auschwitz et Birkenau

 

Auschwitz. On se trouve à l’entrée du plus grand complexe construit durant la guerre par le IIIe Reich, qui représente à lui seul le système concentrationnaire nazi. Lukasz hésite un peu quand on lui demande ce que le mot lui inspire. Polonais d’origine, il est né il y a 16 ans.

« Ma mère était contente que je vienne ici. Elle me raconte beaucoup d’histoires sur la Pologne. »

Dont celle de la petite ville d’Oswiecim (nommée Auschwitz par les Autrichiens).

« Il y a eu beaucoup de morts, surtout des juifs. »

Combien ?

« Je crois 5 000 au moins. Mais je ne sais pas. »

Lukasz fait partie du groupe de 135 jeunes qui se sont rendus, jeudi dernier, à Auschwitz à l’occasion du 64e anniversaire de la libération du camp. Les jeunes participants, venus d’une douzaine d’écoles de Bruxelles, de Flandre et de Wallonie, ont fait le voyage avec le ministre belge de la Défense, Pieter de Crem (CD&V), et avec Paul Sobol, survivant belge des camps. Objectif : permettre aux jeunes de se rendre compte, de leurs propres yeux, d’une des pages les plus noires de l’histoire de l’humanité.

Elève, comme Lukasz, à l’Institut Diderot, au centre de Bruxelles, Hanae, 17 ans, née à Tanger, appréhende la visite du symbole mondial de l’Holocauste. Il y a deux semaines, elle s’était rendue au Fort de Breendonck, près d’Anvers, un des camps nazis les mieux préservés d’Europe.

Elle avoue :

« Je sais déjà un peu à quoi m’attendre. A Breendonck déjà, j’ai pleuré. C’était surtout en voyant comment les nouveaux qui arrivaient étaient traités. La femme du commandant qui se promenait devant eux avec une tartine à la framboise. J’étais dégoûtée. »

Son amie, Sara, 18 ans, s’est portée volontaire pour venir à Auschwitz.

« J’ai envie de voir moi-même ce qui s’est passé, ce qui leur est arrivé. Aussi, pour essayer de comprendre pourquoi les juifs réagissent comme ça, aujourd’hui, à Gaza. La balance est inversée. »

Comme tous les visiteurs, on s’arrête un instant sous la célèbre devise en fer forgé ("Arbeit macht frei" [Le travail rend libre]) qui marque l’entrée du camp. Les bâtiments, les allées, les arbres : tout est resté comme à l’époque de la caserne polonaise, assure la guide, originaire d’Oswiecim. Dans un français impeccable, Annetta fait resurgir l’horreur nazie. On imagine la cruauté de l’appel : 700 prisonniers devaient attendre, en hiver dans un froid glacial, que les dirigeants du camp les comptent. Cela durait une heure ou toute la journée, selon le bon vouloir des nazis.

Commentaire d’Annetta

« Aujourd’hui, il fait -3, il fait chaud. Mais ça descend souvent à -20,-30. »

Au sein du petit groupe qui tape du pied sur la neige durcie pour se réchauffer, plus personne ne dit rien.

Arrêt au Blok 5, où sont rassemblées les « preuves matérielles des crimes ». Des millions de cheveux - les nazis rasaient les détenus -, des milliers de valises, des tas de casseroles, des monceaux de chaussures, des tas de prothèses (arrachées aux handicapés, tués d’office), des boîtes de cirage - maigres possessions des déportés. Les nazis confisquaient tout et envoyaient en Allemagne ce qui pouvait encore servir. Regard horrifié sur ces innombrables boîtes de Zyklon B, gaz utilisé pour l’extermination.

Dehors, on doit faire la file pour pénétrer dans le crématoire.

Annetta poursuit :

« En 20 minutes, on pouvait tuer 1 000 personnes, avec 5 à 7 kilos de granules de Zyklon B. C’était plus économique et plus facile que de les fusiller. »

Autour d’elle, un silence de mort. Dans la chambre à gaz - une pièce avec des cheminées, par lesquelles les nazis jetaient le Zyklon B, les douches n’étaient qu’un leurre, un prétexte après un long voyage, pour attirer les juifs vers la mort. Au moins 1,3 million de victimes sont tombées à Auschwitz-Birkenau. Dans le froid paralysant de la plaine de Birkenau, où finissaient les convois de déportés, Lukasz prend note, consciencieusement. Son regard erre, suit les rails.

Hanae a la gorge nouée.

« J’arrive pas à croire que des gens puissent traiter comme ça d’autres personnes. Les nazis obligeaient les juifs à se mettre nus soi-disant pour aller se laver. Et en fait, ils les faisaient mourir. C’est vraiment très mal. »

La visite d’Auschwitz-Birkenau a ébranlé certaines convictions de Sara :

« Je pensais que les trois quarts de ce qu’on disait sur Auschwitz, c’était de l’exagération, pour marquer les esprits, pour en mettre plein la vue. Mais là, c’est encore pire que ce qu’on peut imaginer. Je trouve même que ce qu’on en dit, ce n’est pas assez. Il n’y a pas de mots. »

La jeune fille revoit aussi ses certitudes sur le conflit israélo-palestinien :

« On vient d’avoir un petit débat entre nous. Ce qui s’est passé pendant la Seconde Guerre mondiale et ce qui se passe à Gaza, ce sont deux histoires tout à fait différentes. Ce ne sont pas les mêmes personnes, pas les mêmes acteurs, pas les mêmes générations. On ne peut pas tout mélanger. »


Annick Hovine

 

© La Libre Belgique

 

[Texte aimablement signalé par R. Lewin.]


Mis en ligne le 2 février 2009, par
M. Macina, sur le site upjf.org