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Belgique: Exposition architecturale suspendue - Boycott d’Israël ? Guy Duplat
04/02/2009

Mis en ligne le 04/02/2009 sur le site de La Libre Belgique.

Une expo à Bruxelles par le Civa et La Cambre, sur l’architecture moderniste à Tel Aviv, annulée pour des raisons politiques. Le débat est lancé.

Le conflit israélo-palestinien s’invite dans la politique culturelle belge. Le 20 février prochain, le Civa et la Cambre architecture devaient inaugurer une expo patronnée par l’Unesco aidée par le ministère israélien des affaires étrangères, et présentée déjà aux Etats-Unis, au Havre et à Vienne, consacrée à l’architecture moderniste construite pendant les années 30 à Tel Aviv, sous mandat britannique, et classée comme patrimoine de l’humanité. Le Civa avait déjà publié un ouvrage sur ce sujet. La première femme architecte belge, Xenia Averbouch, participa à ces travaux à Tel Aviv.

Mais [les autorités de] la Cambre architecture, qui devait co-organiser l’expo dans l’espace qui jouxte l’école à la place Flagey, retirait ses billes. Patrick Burniat, au nom de l’ISACF-La Cambre, écrivait : "Etant donné les circonstances actuelles du conflit israélo-palestinien, La Cambre Architecture ne souhaite pas s’associer à cette manifestation de quelque manière que ce soit." La Cambre demandait au Civa de réfléchir "au maintien de cette manifestation et de la différer dans le temps, dans la mesure où il ne nous semble pas acceptable éthiquement de mettre en valeur l’architecture d’un pays qui, dans le même temps, s’emploie à détruire systématiquement l’infrastructure matérielle d’un voisin, sans parler évidemment des victimes civiles. Il y aurait beaucoup de cynisme à maintenir cette exposition, d’autant que cette manifestation se fait avec l’appui des autorités qui mènent cette politique, laquelle rencontre l’opprobre de la communauté internationale".

Jean-Louis Genard, le directeur de la Cambre architecture, nous a précisé hier : "Il fallait décider début janvier, quelques jours à peine après le début de l’invasion de Gaza, et cette exposition était portée par l’ambassade israélienne. Si cela avait été plutôt une initiative d’une université israélienne ou d’un centre d’architecture israélien, nous n’aurions pas eu d’objection."

Une carte blanche

Suite à ce courrier de La Cambre, la présidente du Civa, Marie Vahamme, convoquait un CA extraordinaire avec ce seul point à l’ordre du jour. Les deux administrateurs présents, avec des procurations, décidaient la suspension sine die de l’expo. "Non pas, précise Marie Vanhamme, parce que nous pensons que cette exposition a perdu de son intérêt, non pas parce que la dramatisation récente du conflit israélo-palestinien la rendrait politiquement incorrecte, non pas parce que nous pensons qu’organiser une telle exposition serait considéré comme une provocation au regard des pertes humaines et matérielles engendrées par la guerre, mais parce que nous pensons que les conditions d’appréciation sereine d’un fait de culture que constitue toute exposition ne sont, dans le cas qui nous intéresse, plus réunies."

A coté de "la sérénité qui manquait", certains parlent aussi de la sécurité qui n’était pas garantie dans un lieu avec une façade totalement vitrée.

"Nous avons reçu des protestations basées pour l’essentiel, de [sur] la nécessité d’appliquer à la culture une politique de boycott supposée contribuer à modifier la politique du gouvernement israélien. A l’inverse, des voix se sont élevées pour exiger que nous maintenions cette exposition comme manifeste du droit à l’histoire, du droit à l’image d’un Etat, continue la présidente du Civa. La virulence des réactions montre qu’un débat doit être mené. Il concerne les rapports entre la diffusion de l’architecture, de la culture en général et la politique, à l’heure où l’attitude politiquement correcte se développe insidieusement, rendant sujette à caution chaque manifestation relative à l’architecture d’un Etat dont la politique est contestée. Dès lors, un colloque se tiendra au Civa fin avril sur ces questions."

Cette décision a suscité une "carte blanche" signée pas seulement par des membres de la communauté juive. "Comment ces responsables institutionnels peuvent-ils céder à la confusion entre une œuvre, celle des bâtisseurs de la Ville Blanche au siècle passé, et une politique, celle de l’actuel gouvernement de l’Etat d’Israël ? Une telle attitude est en fait symptomatique d’une manière parfaitement déraisonnable de disqualifier, y compris dans le domaine de la culture, tout ce qui a trait, en particulier, à Israël. Une réaction aussi incohérente et brutale est inédite. S’agit-il de motifs politiques ? Nous ne nous souvenons pas, et nous nous en réjouissons, que des expositions consacrées à des artistes russes aient jamais été annulées pour protester contre la violence en Tchétchénie, comme d’ailleurs en cas d’expos sur des artistes du Congo, Soudan, Sri Lanka, Myanmar, Haïti, ou Cuba malgré la répression des dissidents, sans parler de la Chine. Y a-t-il un traitement d’exception pour Israël et les artistes israéliens ?"

Le débat culture et politique est posé. Les responsables d’institutions peuvent-ils/doivent-ils rester "neutres" devant les événements à Gaza (La Cambre est très impliquée dans des accords de collaboration avec l’université Bir Zeit palestinienne) ? Mais s’ils réagissent, alors quid de l’expo qui a eu lieu au Civa sur les architectes de Shanghai, montrée en pleine répression au Tibet ? Quid du prochain Europalia Chine ? Peut-on séparer culture et politique ? Et si non, jusqu’où aller ? Jusqu’au boycott ?

© La Libre Belgique

 

[Texte aimablement signalé par P. Lachaus.]

 

Mis en ligne le 4 février 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org