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Christianisme

Interview de Mgr H. Simon à propos des évêques lefebvristes «Le pape ne cède rien sur le fond»
04/02/2009

03/02/09

 

Texte repris du site de La Croix.

 

Le pape Benoît XVI fait face à un vent de critiques depuis la levée de l’excommunication de quatre évêques lefebvristes, annoncée le 24 janvier.© GALAZKA/SIPA.

 

Propos recueillis par Ségolène de Larquier

 

La décision de Benoît XVI de lever l’excommunication de quatre évêques ordonnés par Mgr Marcel Lefebvre en 1988, ajoutée aux propos négationnistes de l’un d’eux , fait polémique. Lepoint.fr a recueilli la réaction de Mgr Hippolyte Simon, vice-président de la Conférence des évêques de France. Également évêque de Clermont-Ferrand, il dénonce le déchaînement médiatique contre Benoît XVI et les abus de langage. "La décision de Benoît XVI marque le début d’un processus de dialogue avec les lefebvristes mais le dialogue n’a pas encore commencé."

Lepoint.fr : Que signifie la levée des excommunications des quatre évêques ordonnées en 1988 par Mgr Marcel Lefebvre ?

Mgr Simon : C’est en acceptant d’être ordonnés évêques sans la permission du pape que ces derniers ont été frappés par l’excommunication latae sententiae, c’est-à-dire de façon automatique. La levée des excommunications décidée par Benoît XVI est une mesure juridique qui lève cette sanction prise en 1988. Cette décision de Benoît XVI est une invitation à reprendre le dialogue et ne signifie pas qu’il y a réintégration pleine et entière de ces évêques dans l’Église catholique. Elle marque le début d’un processus de dialogue mais il n’a pas encore commencé.

Lepoint.fr : Une fois cet acte posé, quelles sont les prochaines étapes ?

Mgr Simon : La levée de l’excommunication des orthodoxes en 1965 s’est faite de façon réciproque (après le schisme de 1054, NDLR). Ce n’est pas le cas pour cette fois. La levée de l’excommunication des évêques lefebvristes est une décision unilatérale de bonté de la part du pape Benoît XVI. Désormais, il faut que cela devienne réciproque. C’est à la Fraternité Saint Pie X de saisir la main tendue par le Saint-Siège. La balle est dans son camp. Les prochaines étapes pourraient être de reconnaître la forme ordinaire du rite romain, c’est-à-dire le missel de Paul VI de 1970 (1), mais aussi la liberté religieuse et l’oecuménisme. Ce sont notamment les points que contestent les lefebvristes et qui font partie intégrante du concile Vatican II de 1965. Les successeurs de Mgr Lefebvre doivent au moins accepter cela.

 

« Benoît XVI multiplie les gestes de dialogue »

Lepoint.fr : Pourtant, certains catholiques ne cachent pas leur incompréhension. La décision de Benoît XVI marque-t-elle la mort du concile Vatican II de 1965 ?

Mgr Simon : Non. Parler de la mort de Vatican II est une absurdité mentale. On ne peut pas répliquer à une absurdité mentale par une autre absurdité mentale. Et je pèse mes mots. On ne peut pas dire que Vatican II est mort alors que ce concile fait partie de la substance de l’Église depuis plus de quarante ans ! D’autant plus que le concile fait partie de la grande tradition catholique ! Prenons l’exemple de la liberté religieuse : même si elle a parfois, et trop longtemps, malheureusement été éclipsée au cours de l’histoire, elle est inscrite dans la Bible.

Lepoint.fr : Depuis le début de son pontificat en avril 2005, Benoît XVI multiplie les gestes d’ouverture envers les lefebvristes. Peut-on dire que le pape accorde beaucoup sans rien demander en contrepartie ?

Mgr Simon : Le souverain pontife accorde beaucoup sur la forme des rites mais il ne cède rien sur le fond. On peut notamment ici citer l’exemple de la publication du Motu proprio en juillet 2007 qui facilite la célébration de la messe selon le rite tridentin. Et le pape multiplie aussi les gestes de dialogue avec les orthodoxes mais aussi les protestants ou les juifs ! Il faut tenir compte de cet ensemble.

Lepoint.fr : On ne peut plus parler de la levée des excommunications des évêques lefebvristes sans mentionner les propos négationnistes tenus par l’un d’eux, Mgr Williamson...

Mgr Simon : Je dénonce l’amalgame qui est fait entre Benoît XVI et Mgr Williamson lorsqu’on parle de "réintégration d’un évêque négationniste". La levée de son excommunication ne signifie pas sa réintégration dans l’Église catholique. Encore une fois, la décision du pape est un préalable au dialogue. Cet évêque, d’origine britannique, n’a pas de statut canonique au sein de l’Église, et je ne vois pas comment on pourrait en donner un à un évêque tenant des propos si obscènes. D’autre part, lorsque Benoît XVI a donné son feu vert à la signature du décret levant l’excommunication, il ne pouvait pas connaître le discours de cet évêque. Ou alors, il faudrait tomber dans la mythologie et penser que le Vatican a les moyens de faire surveiller la programmation de toutes les télévisions du monde ! Ce n’est heureusement pas le cas. Dieu merci !

 

(1) La Fraternité Saint Pie X célèbre la messe selon le rite tridentin, dite de Saint Pie V, en latin et dos du célébrant tourné aux fidèles. Le Vatican parle de la forme extraordinaire du rite romain.

 

© La Croix

 

 

Mis en ligne le 4 février 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org