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Caroline B. Glick

Le temps est-il venu pour une solution à trois Etats ? par Caroline B. Glick
04/02/2009

Merci à M. Brzustowski pour sa traduction, qui représente un gros travail. Je profite de l’occasion pour remercier celles et ceux qui, au fil des années, spontanément et bénévolement, ont aidé ce site à fournir à ses internautes des traductions françaises qui, même si elles ne sont pas toujours parfaites, ont l’immense mérite de permettre à ceux et celles qui n’ont pas la chance de lire couramment l’anglais, d’accéder aux excellentes analyses que produisent, à longueur d’année, nombre d’auteurs anglo-saxons incontournables et dont ils seraient privés sans ces courageux artisans. (Menahem Macina).

03/02/09

Jewish World Review

Texte original anglais : "
Time for a three-state-solution?".

Traduction française : Marc Brzustowski


L’opération "Plomb Fondu" a fourni à beaucoup l’opportunité de réaffirmer la valeur sacro-sainte de la « solution à deux Etats ». Un nombre croissant d’observateurs ont pointé le fait que le régime djihadiste du Hamas, sponsorisé par l’Iran à Gaza, apporte la preuve qu’Israël n’a pas d’autre choix pour sécuriser le territoire transféré naguère au Fatah-OLP, sinon qu’il retourne sous le contrôle du même Fatah-OLP.

Cette réaffirmation a également provoqué une polémique au sujet des échecs propres au Fatah-OLP depuis qu’il a formé l’Autorité Palestinienne en 1994.

Malgré les milliards de dollars qu’il a reçus d’Israël et de l’Occident, malgré ses forces, armées et entraînées par l’Occident, qui comptent plus de 75 000 hommes, et le crédit sans limite du soutien politique international dont il jouit, le régime créé par le Fatah-OLP n’a pas construit d’Etat, mais plutôt une voyoucratie cleptomane, dans laquelle les règles de droit ont été remplacées par les comportements totalitaires.

Au lieu d’éduquer son peuple à désirer la paix, la liberté et la démocratie, l’OLP-Fatah, dirigée par l’AP, l’a endoctriné à propager le djihad contre Israël dans une guerre sans fin.

Ces constats ont conduit trois penseurs majeurs du courant conservateur – l’ancien ambassadeur américain à l’ONU, John Bolton, le Président du Forum pour le Moyen-Orient, Daniel Pipes, et le directeur du Centre d’Etudes Stratégiques Begin-Sadate de l’Université Bar-Ilan (BSBI), Efraïm Inbar - à publier, tous autant qu’ils sont, des articles concernant le rejet de la solution à deux Etats des mois précédents.

Bolton, Pipes et Inbar ne sont pas seulement d’accord sur le fait que le paradigme à deux Etats a bel et bien échoué, ils s’accordent aussi sur ce qu’il faut faire désormais pour « résoudre » le conflit palestinien. Selon leur vision, la « solution à deux Etats », déchue, devrait être remplacée, selon les termes de Bolton, par « la solution à trois Etats ». Tous trois ouvrent leur analyse par l’assertion selon laquelle Israël n’est pas intéressé à contrôler Gaza ni la Judée-Samarie. Depuis que les Palestiniens ont démontré qu’on ne pouvait faire confiance à leur souveraineté, les trois auteurs arguent que la meilleure chose à faire est de retourner à la situation qui prévalait entre 1949 et 1967 : l’Egypte devrait reprendre le contrôle de Gaza, et la Jordanie, celui de la Judée et de la Samarie.

Bolton, Pipes et Inbar savent pertinemment que l’Egypte et la Jordanie ont toutes les deux rejeté cette idée, mais ils arguent qu’on devrait faire pression sur elles pour qu’elles reconsidèrent la question. Ils expliquent que l’Egypte redoute que le Hamas – une organisation-sœur de ses propres frères musulmans – ne parvienne à la déstabiliser. La Jordanie, pour sa part, a deux bonnes raisons de refuser un tel projet. Le Royaume hachémite est le régime d’une minorité. Une large majorité de Jordaniens sont ethniquement des Palestiniens. Ajouter 1, 2 million d’habitants supplémentaires provenant de Judée et Samarie, pourrait déstabiliser le Royaume. Si bien que, l’un comme l’autre, OLP et Hamas, représentent eux-mêmes une menace pour le Régime. Les Hachémites se souviennent encore de quelle façon, avec le soutien syrien, l’OLP tenta de les renverser en 1970.

Il en va de même concernant le Hamas : sa popularité n’a cessé de grandir au fur et à mesure de son renforcement à Gaza et en Judée-Samarie. En intégrant les territoires de l’ouest et de l’est du Jourdain, les chances que le Hamas affronte le régime s’accroissent considérablement. Si l’on y ajoute le mélange de subversion et de soutien financier syrien, ainsi que la pénétration de Al Qaïda en Jordanie depuis l’Irak – particulièrement dans l’éventualité d’un retrait américain - le danger imminent que les populations des territoires de l’ouest et de l’est se soulèvent contre le régime hachémite devient probable.

On fait souvent la remarque que la popularité du Hamas parmi les Palestiniens est proportionnelle au niveau de corruption de l’AP contrôlée par l’OLP-Fatah. On note aussi que, du fait de l’endoctrinement djihadiste de la société palestinienne par l’AP contrôlée par le Fatah, le transfert de loyauté politique de la population, de l’OLP-Fatah vers le Hamas fait peu de différence sur le plan idéologique.

En revanche, ce qu’on a peu voulu mettre en évidence, c’est la signification stratégique de la nature des relations entre le Hamas et l’OLP-Fatah, depuis l’instauration de l’Autorité Palestinienne en 1994, jusqu’à ce que le Hamas l’expulse de Gaza en 2007. Dès l’établissement de l’AP, en Israël, en 1994, le premier ministre d’alors, Yitzhak Rabin, soutient que l’OLP-Fatah a un intérêt commun avec Israël, à combattre le Hamas, parce que le Hamas constitue une menace pour son autorité.

Ce que Rabin n’est pas parvenu à reconnaître, c’est la nature de la menace que représentait le Hamas pour l’OLP-Fatah, qui était et demeure qualitativement différente de la menace qu’il pose à Israël. L’OLP-Fatah n’a jamais eu de problème avec les attaques du Hamas contre Israël, ni avec son idéologie d’anéantissement, tant qu’elles concernent Israël. Cette idéologie est partagée par l’OLP-Fatah et est très largement populaire parmi les Palestiniens. Par conséquent, non seulement l’OLP-Fatah n’a jamais empêché le Hamas d’attaquer Israël, mais elle a collaboré avec ce dernier pour qu’il attaque Israël, et elle l’a fait tout en disséminant l’idéologie génocidaire du Hamas par le truchement de l’Autorité Palestinienne. L’OLP-Fatah ne s’en est prise effectivement au Hamas que lorsqu’elle a commencé à sentir qu’il risquait de se saisir des leviers du pouvoir ; mais sur tous les autres points, elle soutient le Hamas et continue de le faire.

Malheureusement,  la même situation prévaut aussi bien en Egypte qu’en Jordanie. La haine des Juifs, calquée sur le modèle nazi, et propagée par le Hamas, est partagée par la vaste majorité des Jordaniens et des Egyptiens. Les appels islamistes à l’extermination du peuple juif et à la destruction d’Israël sont le thème dominant dans les mosquées, les séminaires, les universités et les publications de presse dans les deux pays. L’opposition populaire aux traités de paix, que l’Egypte et la Jordanie ont signés avec Israël, demeure virulente dans plus de 90% de la population des deux pays.

En dépit des demandes israéliennes répétées de la voir agir, l’OLP-Fatah n’a jamais mis fin à son incitation à l’antisémitisme djihadiste. L’OLP-Fatah n’a jamais cru – comme l’aurait souhaité Israël – que sa meilleure chance de se maintenir au pouvoir était d’inculquer aux Palestiniens le rejet de la haine, le désir de la liberté, la démocratie et les bénédictions que la paix pouvait leur offrir. De même, jamais les Hachémites en Jordanie, ni le régime du Président Hosni Moubarak en Egypte, n’ont cru que la voie royale pour stabiliser ou renforcer leur régime consistait à prôner l’ouverture et la paix, et à rejeter l’antisémitisme djihadiste. Tout au contraire, durant les dernières années, l’Egypte est devenue le centre de l’antisémitisme djihadiste dans le monde arabe, et la Jordanie a l’un des taux de haine des Juifs, les plus élevés au monde.

La situation sur le terrain en Jordanie, en Egypte, à Gaza et en Judée-Samarie, rend claires deux choses. Premièrement, une déclaration de reprise du contrôle jordanien sur la Judée-Samarie et d’un contrôle égyptien sur Gaza accroîtrait très probablement les chances que les régimes modérés dans les deux pays s’affaiblissent, voire s’effondrent. Deuxièmement, pas plus que l’OLP-Fatah, ni l’Egypte ni la Jordanie n’auraient le moindre intérêt à protéger Israël des terroristes palestiniens.

Bolton, Inbar et Pipes tiennent pour assuré qu’Israël n’a aucun intérêt à revendiquer ni à reprendre le contrôle de Gaza ou de la Judée et de la Samarie. C’est logique, compte tenu des positions des gouvernements récents sur ce sujet. Cependant, la question n’est pas tant qu’Israël soit ou ne soit pas intéressé à conserver le contrôle sur ces territoires, mais le fait que la majorité des Israéliens ne sont pas non plus intéressés à renoncer au contrôle de la Judée et de la Samarie, à la lumière de ce qui s’est produit après le retrait de Gaza des forces militaires et des civils d’Israël.

 

La principale question, maintenant qu’il est clair que la solution à deux Etats a échoué, est donc : quelle est la meilleure option pour gérer le conflit ? Non seulement Israël serait bien incapable de croire que sa situation sécuritaire s’améliorerait si ces zones devaient repasser sous contrôle jordanien et égyptien, mais il pourrait être certain que sa situation sécuritaire se détériorerait rapidement, à mesure que grandirait la perspective d’une guerre régionale. En cas de rétrocession à l’Egypte et à la Jordanie de l’autorité sur Gaza, la Judée et la Samarie, Israël se retrouverait pris entre des frontières indéfendables et confronté à la perspective probable d’une déstabilisation des régimes égyptien et jordanien.

Ajourd’hui, Israël a la possibilité d’entrer à Gaza, sans se préoccuper du fait que cela pourrait bien provoquer une guerre avec l’Egypte. Il a diminué la menace terroriste en provenance de Judée et de Samarie par le contrôle des zones, et grâce à l’aide massive de la forte présence civile israélienne dans ces secteurs, qui assure le contrôle sur les routes et les collines. Les forces israéliennes de défense peuvent opérer librement à l’intérieur de ces territoires sans risquer une guerre avec la Jordanie. Tsahal contrôle la longue frontière avec la Jordanie, et il est en mesure d’empêcher les infiltrations terroristes depuis la rive orientale du Jourdain.

Si la situation actuelle est préférable à la “solution à trois Etats”, et si la situation présente elle-même est intenable, la même question surgit à nouveau : que doit-on faire ? Quel nouveau paradigme politique doit remplacer la solution à deux Etats, mise en échec ?

La meilleure façon de progresser consiste à rejeter les appels à trouver une solution, et à se concentrer exclusivement sur la stabilisation. Tant que des missiles et des obus de mortier lancés depuis Gaza, en dépit de l’opération « Plomb Fondu », continueront à frapper le sud d’Israël, et tant que la Communauté Internationale refusera d’appliquer les résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU interdisant à l’Iran d’exporter des armes, il est clair que Gaza restera une zone sponsorisée par l’Iran et contrôlée par le Hamas, aussi longtemps que ce dernier gardera le contrôle de la frontière internationale avec l’Egypte.

Aussi Israël doit-il reprendre le contrôle de la frontière.

Il est clair aussi que le Hamas et ses associés terroristes au sein du Fatah et du Jihad Islamique, continueront à prendre pour cible le sud d’Israël aussi longtemps qu’ils le pourront. Aussi Israël a-t-il besoin d’établir, à l’intérieur de Gaza, une zone de sécurité assez large pour mettre le sud d’Israël hors de portée des missiles et des obus de mortier.

D’un point de vue économique, il est évident qu’à long terme, la seule perspective de développement pour Gaza réside dans une sorte d’union économique avec le nord du Sinaï, largement dépeuplé. Depuis des années, l’Egypte a rejeté les appels à une intégration économique de Gaza. Des pressions devraient être exercées sur le Caire pour qu’il revoie sa position, à mesure qu’Israël stabilise la situation sécuritaire dans Gaza-même.

 

Comme en Judée et Samarie, Israël devrait continuer à exercer son contrôle militaire sur les territoires dans le but de consolider sa sécurité nationale. Il devrait aussi imposer ses lois aux territoires qui appartiennent au cadre du consensus interne. Ces zones comprennent les concentrations d’implantations d’Etzion, de Maalé Adumim, d’Adam, Ofra et Ariel, ainsi que de la vallée du Jourdain.

Israël devrait mettre un terme à son soutien à l’AP dirigée par l’OLP-Fatah, et soutenir le renforcement d’éléments non-djihadistes au sein de la société palestinienne, afin qu’ils prennent la tête d’une nouvelle autorité autonome dans les territoires. Ces nouveaux dirigeants, qui peuvent être les leaders traditionnels des clans locaux, devraient même être encouragés à intégrer Israël ou à chercher une confédération civile avec la Jordanie. La Jordanie pourrait jouer un rôle accru dans les affaires civiles des Palestiniens en Judée et Samarie, par exemple, en leur restituant la citoyenneté jordanienne qu’elle leur a illégalement révoquée en 1988. En même temps, Israël pourrait mettre fin à son gel des constructions pour les communautés israéliennes dans les territoires.

Il est aujourd’hui manifeste que, pour se développer au sein d’une société qui, à long terme, serait capable de se constituer en Etat, les Palestiniens ont besoin d’une période d’une à deux générations pour reconstruire leur société de manière pacifique. Ils ne le feront pas dans des environnements où les terroristes sont idéologiquement alignés sur des régimes impopulaires et répressifs.

L’option consistant à poursuivre et renforcer le contrôle israélien ne sourit guère à beaucoup. Mais c’est la seule option susceptible de procurer un environnement propice à une telle réorganisation, à long terme, de la société palestinienne, qui assurera  aussi la sécurité et le bien-être national d’Israël.

A l’heure où il est devenu vital de reconnaître que la solution à deux Etats, mise en échec, doit être abandonnée, il est tout aussi important de ne pas la remplacer par une autre qui sera vouée à l’échec. La meilleure façon de progresser consiste à adopter une politique de stabilisation permettant à Israël d’assurer sa propre sécurité, tout en fournissant aux Palestiniens une opportunité d’intégrer, graduellement et pacifiquement, l’environnement de leurs voisins israéliens, égyptiens et jordaniens.


Caroline B. Glick

 

© Jewish World Review


Mis en ligne le 4 février 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org