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Contentieux palestino-israélien

Obama, le Moyen-Orient et l’Islam - Une première évaluation, D. Pipes
06/02/2009

3 février 2009

Texte repris du site de Daniel Pipes

FrontPageMagazine.com

Version originale anglaise: Obama, the Middle East and Islam - An Initial Assessment

Adaptation française: Anne-Marie Delcambre

Pourquoi, sur juste deux semaines au terme de 209 semaines, évaluer le dossier d’un nouveau président américain sur un sujet aussi ésotérique que le Moyen-Orient et l’islam ?

Dans le cas de Barack Obama, les raisons en sont les suivantes :

(1) Un dossier contradictoire : son milieu d’origine abonde en radicaux antisionistes totalement fous « au regard égaré » , comme Ali Abunimah, Rashid Khalidi et Edward Saïd, avec les islamistes, la « Nation de l’Islam » et le régime de Saddam Hussein ; mais depuis qu’il a été élu il a fait des nominations de tendance prédominante centre-gauche et ses déclarations sont similaires à celles de ses prédécesseurs du « Bureau ovale ».

(2) Le rôle énorme du Moyen-Orient et de l’islam : sa première quinzaine au pouvoir a été témoin d’un discours inaugural qui les a mentionnés en bonne place, un premier appel téléphonique diplomatique à Mahmoud Abbas, [président] de l’Autorité palestinienne, la nomination de deux émissaires très en vue et la première interview accordée à la chaîne de télévision Al-Arabiya.

Barack Obama parle à la chaîne de télévision Al-Arabiya.

Que faire de ce tourbillon ?

Afghanistan et Irak : pas de surprises. L’accent est plus mis sur le premier et moins sur le deuxième « Vous allez me voir par la suite mettre à exécution l’opération de retrait des troupes en Irak ».

Iran : une volonté de parler au régime iranien à laquelle se mélange une réaffirmation molle que les actions de Téhéran sont inadmissibles : « L’Iran a agi de manière... qui ne favorise pas la paix et la prospérité ».

Conflit israélo-arabe : un mélange étrange - oui, des déclarations sur les impératifs de la sécurité d’Israël et aucune condamnation de sa guerre contre le Hamas. Mais aussi l’éloge enthousiaste pour le plan Abdallah, une initiative prise en 2002, qui fait accepter aux Arabes l’existence d’Israël en échange du retour pour Israël aux frontières de juin 1967, un plan distinct des autres initiatives diplomatiques pour ses nombreux détails laissés en suspens et sa totale confiance dans la bonne foi arabe.

Les élections israéliennes du 10 février ont de fortes chances de porter au pouvoir un gouvernement qui n’est pas trop enclin à accepter ce plan, ce qui rendra épineuses les relations israélo-arabes dans l’avenir.

Guerre contre le terrorisme : un analyste a annoncé qu’Obama allait en finir avec « la guerre contre le terrorisme », mais ceci est pure spéculation. Oui, le 22 janvier, en début de journée, Obama a parlé de la poursuite du combat contre la violence et le terrorisme, en évitant d’employer l’expression « guerre contre le terrorisme », mais plus tard, ce même jour, il a fait référence, de manière précise, à la « guerre contre le terrorisme ». Etant donné les nombreuses façons maladroites utilisées par Georges W. Bush pour faire référence à cette guerre, y compris « la grande lutte contre l’extrémisme, qui est maintenant en train de se dérouler dans le Moyen-Orient tentaculaire », l’incohérence d’Obama jusqu’à présent suggère la continuité avec Bush plus que le changement.

Tendre la main au monde musulman : la référence d’Obama souhaitant revenir au « même respect et partenariat que l’Amérique avait avec le monde musulman, pas plus tard qu’il y a vingt ou trente ans », modifie l’histoire, ignorant que 1989 fut une mauvaise année et 1979 la pire qui ait jamais eu lieu pour les relations américano-musulmanes (En novembre 1979, Khomeiny renversa le shah d’Iran, puis s’empara de l’ambassade américaine à Téhéran, tandis qu’une insurrection islamiste à la Mecque inspirait une vague d’attaques contre les missions des Etats-Unis dans huit pays à majorité musulmane.)

Démocratie : [l’affirmation selon laquelle il faut] revenir au bon vieux temps d’« il y a 20 ou 30 ans » contient un véritable message ; toutefois, comme le signale Fouad Ajami, cette formulation est le signe d’un retour à la « realpolitik » et du « business as usual » (les affaires continuent), l’état normal dans les relations avec le monde musulman. « Le programme de liberté » de Bush a reculé de plus de trois ans ; maintenant, avec Obama, les tyrans peuvent respirer encore plus facilement.

Enfin, il y a la question du lien personnel d’Obama avec l’islam. Durant la campagne il a dénoncé la discussion de ses rapports avec l’islam comme une tactique pour propager la peur, et ceux qui ont voulu explorer le sujet se sont trouvés diffamés. Il a si violemment découragé l’utilisation de son second prénom, Hussein, que John McCain s’est excusé quand un présentateur ouvrant un meeting électoral, lors d’une campagne, a osé parler de « Barack Hussein Obama ». Après l’élection, les règles ont changé de façon spectaculaire, avec la prestation de serment d’entrée en fonction par « Barack Hussein Obama » et le nouveau président se portant volontaire pour dire : « J’ai des musulmans dans ma famille, j’ai vécu en pays musulman ».

Il est assez fâcheux que les liens de famille avec l’islam, perçus comme un handicap lors de la campagne, soient soudainement exploités [par le président], quand il est en fonction, pour gagner la clientèle musulmane. Pire, comme Diana West le fait remarquer : « Depuis Napoléon, aucun dirigeant d’une super-puissance de l’Occident n’a fait une ouverture politique aussi éhontée vers les peuples du monde musulman ».

En résumé, même si Obama tourne le dos à la démocratisation et marque un changement important et malheureux dans la politique, son expression apologétique et l’apparent changement d’appui politique se présentent comme une direction pourtant plus fondamentale et préoccupante.

© Daniel Pipes

[Texte aimablement signalé par Matsada-Infos.]

Mis en ligne le 6 février 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org