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Antisionisme chrétien

La tragédie de Gaza. Message du P. Manuel Musallam, curé de l’église latine de Gaza
09/02/2009

"Il ne s’agit pas seulement d’un crime de guerre mais d’un crime contre l’humanité" (P. Manuel Musallam). Ni la souffrance, ni la détresse, ni l’amour de son troupeau ne justifient les expressions et les mots, délibérément choisis pour inciter à la haine. Quand un homme d’église use de descriptions apocalyptiques, d’accusations extrêmes et de malédictions, en les enveloppant hypocritement d’onction religieuse et de citations bibliques, il est aussi coupable que les terroristes du Hamas qui se dissimulent dans la population afin de l’exposer à la mort. Le langage religieux peut être aussi dangereux qu’une ceinture explosive. La charge de haine que dissimule ce morceau d’antholoqie est indigne d’un ministre du culte, en général, et d’un prêtre catholique, en particulier. Pour finir, je reprends la formule de ce prédicateur : "le cas sera bientôt décidé par notre Dieu juste". Je fais mienne cette certitude, mais le P. Manuel Musallam sera très surpris, au jour de l’apparition du Seigneur, ou Parousie, selon la terminologie chrétienne, de découvrir que le jugement, qu’il appelle de ses voeux, ne tombera pas sur Israël, qui se défend contre un ennemi implacable, immoral et cruel, mais, comme l’ont annoncé les prophètes d’Israël, contre ceux qui cherchent à le détruire. (Menahem Macina).

09/02/09

Texte publié et traduit en français par la Custodie de Terre Sainte, repris du site de l’Agence de presse catholique Zenit (Rome).


ROME, Dimanche 18 janvier 2009 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le message que le P. Manuel Musallam, curé de l’église latine de Gaza, a adressé lors de la prière œcuménique pour la paix et la justice, organisée à Jérusalem.

* * *

Gaza 3 janvier [2009].

De l’Eglise de Dieu qui est à Gaza à tous les saints qui sont en Palestine et dans le reste du monde:

La grâce de notre Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit Saint soit avec vous tous.

De la vallée des larmes, depuis Gaza, trempée de sang, où un million et demi de personnes se sont vues priver de la joie qu’elles avaient naguère dans leurs cœurs, je vous envoie ces mots de foi et d’espoir. Le mot amour est une parole que, pas même nous chrétiens, n’osons prononcer, pas même pour nous-mêmes. Aujourd’hui, les prêtres de l’Eglise hissent le drapeau de l’espoir. Puisse Dieu avoir miséricorde et pitié de nous et conserver un reste à Gaza. Puisse-t-il ne pas éteindre la lumière du Christ qui a été allumée par le diacre Philippe au temps de l’Eglise primitive. Puisse la compassion du Christ être ce qui réveille notre amour pour Dieu qui se trouve pour l’instant comme un patient dans l’unité de soins intensifs d’un hôpital.

En tant que prêtre et que père, je vous porte l’effroyable nouvelle de la mort d’une fille bien-aimée, qui fréquentait la classe de dixième à l’Ecole de la Sainte Famille, et qui est la première victime chrétienne de cette guerre : Christine Wadi’ Al-Turk.

Christine est morte dans la matinée du samedi 2 janvier 2009, de peur et de froid. Les fenêtres de sa maison étaient ouvertes pour protéger les enfants des éventuels éclats de verres pouvant voler, et lorsque les missiles passaient au-dessus de sa maison et que ses voisins sont tombés, victimes des attaques israéliennes, son corps entier tremblait de peur. Lorsqu’elle n’a plus pu le supporter, elle a pleuré sur l’épaule de son Créateur et Lui a demandé une maison et un abri sans cris, sans pleurs ou hurlements, mais rempli de joie et de bonheur.

Mes frères et sœurs dans le Christ Jésus, ce que vous voyez et entendez sur vos écrans de télévision n’est pas la complète et pénible vérité de ce qui arrive à nos populations à Gaza. Leurs souffrances sont si grandes de par le pays qu’aucune télévision et aucune radio ne peut rendre compte de leur complète réalité. Le siège brutal de Gaza est une tempête qui s’accroît d’heure en heure ; il ne s’agit pas seulement d’un crime de guerre mais d’un crime contre l’humanité. Aujourd’hui, la population souffrante de Gaza lance un appel à la conscience de tout être humain de bonne volonté mais le cas sera bientôt décidé par notre Dieu juste.

Les enfants de Gaza dorment avec leurs familles dans les entrées de leurs maisons (s’ils en ont une) ou dans les toilettes, afin de se protéger. Ils tremblent de peur à chaque bruit, à chaque mouvement et à chaque violente attaque des F-16. S’il est vrai que, pour l’heure, les F-16 ont visé, la plupart du temps les quartiers généraux du gouvernement et du Hamas, ceux-ci se trouvent dans une zone résidentielle à six mètres d’habitations communes, la distance minimale requise par la loi en matière de construction. C’est pourquoi les résidences de la population commune sont affectées de manière importante par la violence et que cela conduit à la mort de nombreux enfants. Nos enfants souffrent de traumatismes, d’anxiété, de sous-alimentation, de malnutrition, de pauvreté et du manque de chauffage.

La situation dans les hôpitaux est déplorable à un point indescriptible. Nos hôpitaux n’étaient pas équipés de manière correcte avant la guerre et désormais ils sont remplis de centaines de blessés et de malades, au point que les opérations sont réalisées dans les halls des hôpitaux et que de nombreux patients sont envoyés en Egypte par le poste frontière de Rafah. Certains d’entre eux ne reviennent pas, parce qu’ils décèdent en chemin. Les conditions dans les hôpitaux sont horribles, déchirantes et conduisent à l’hystérie.

Je voudrais vous raconter une petite histoire à propos de quelque chose qui est arrivé, dans un hôpital, à la famille Abdul-Latif. L’un de ses enfants disparut au cours de la première attaque et ses parents passèrent les deux premiers jours de la guerre à le chercher mais ils ne le trouvèrent pas. Le troisième jour, alors la famille se trouvait à pied aux alentours d’un hôpital, elle rencontra quelques personnes de la famille Jarada, rassemblées autour d’un jeune garçon défiguré et blessé qui avait été amputé d’une jambe. Son visage était déformé non pas du fait des attaques de F-16 qu’il avait enduré, mais parce que des morceaux de verre étaient tombés sur lui lorsqu’une partie de l’hôpital avait été attaqué. La famille Abdul-Latif s’approcha des Jarada pour les consoler. Quand elle atteignit le jeune blessé, M. Abdul-Latif réalisa qu’il s’agissait de son fils et non pas de celui de la famille Jarada. Les familles discutèrent l’une l’autre à propos de la question et attendirent que le garçon se réveille et leur dise qui il était afin qu’il puisse être pris en charge par la famille Abdul-Latif.

Je ferai en sorte que ma lettre reste brève. J’élève nos souffrances vers Dieu comme je vous les ai présentées. Nos populations à Gaza sont traitées comme des animaux dans un zoo ; elles n’ont pas assez à manger et elles pleurent mais personne ne sèche leurs larmes. Au lieu de l’eau, de l’électricité et de la nourriture, elles n’ont que la peur, la terreur et les restrictions. Hier, le boulanger a refusé de me donner du pain parce qu’il ne voulait pas me laisser manger quelque chose qui a été fait avec de la farine ne convenant pas à la consommation humaine - qu’il a commencé à utiliser quand est venue à manquer la bonne farine - afin de ne pas insulter mon sacerdoce. J’ai fait le vœu de ne pas manger de pain pour [lire : durant] le reste de la guerre.

Nous désirons que vous priiez Dieu avec ferveur et de manière continue et que vous mentionniez les souffrances de Gaza devant Dieu lors de chaque Messe ou à l’occasion de chaque service. J’envoie de courtes lettres avec l’Ecriture à la communauté chrétienne ici afin de porter l’espoir dans leurs cœurs. Nous avons tous été d’accord pour dire la prière suivante au début de chaque heure : « O Dieu de Paix, comble-nous de paix. O Dieu de Paix, porte la paix dans notre pays. Ait pitié de notre peuple, O Seigneur, et ne sois pas irrité contre nous pour toujours ». Je vous demande de vous mettre debout maintenant et de dire cette même prière.

Vos prières unies aux nôtres agiteront le monde, lui montrant que tout type d’amour qui ne comprend pas nos frères et sœurs de Gaza n’est pas l’amour du Christ et de Son Eglise qui ne laisse par des obstacles religieux et sociaux ni même des guerres se dresser sur son chemin. Quand votre amour se sera étendu à nous tous, ici, à Gaza, cela nous permettra de nous rendre compte que nous sommes une part indispensable de l’unique Eglise universelle du Christ. Les musulmans parmi nous sont nos frères et nos sœurs. Nous partageons avec eux leurs joies et leurs souffrances. Nous sommes un seul peuple, le peuple de Palestine.

Malgré tout ce qui se passe, nos populations de Gaza rejettent la guerre comme moyen pour parvenir à la paix et insistent sur le fait que le chemin de la paix est la paix elle-même. Nous, à Gaza, nous sommes patients et nous avons décidé que nous n’avons pas d’autre choix que l’esclavage ou la mort pour notre pays. Nous voulons vivre afin de pouvoir louer Dieu en Palestine et de témoigner le [lire: porter témoignage du] Christ - nous voulons vivre pour la Palestine et non mourir pour elle - mais si nous devons mourir, alors nous mourrons de manière honorable et courageuse.

Prions tous ensemble pour la vraie paix que seul le Christ donne. Puissent les loups et les agneaux un jour vivre ensemble et les taureaux et les louveteaux brouter ensemble, et les enfants être capables de mettre leurs mains dans la gueule des serpents sans en être blessés.

Et que la paix du Christ « dans lequel vous êtes appelés à être un seul corps » soit avec vous et vous protège. Amen.

Votre frère,

Père Manuel Musallam *

* Prêtre de la Sainte Famille

[Texte aimablement signalé par l’abbé R. Arbez.]

Mis en ligne le 9 février 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org