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Hamas

Comment France 2 découvre que le Hamas a pris Gaza en otage, J.-P. Bensimon
09/02/2009

Et c’est cela, l’information made in France… (J.-P. B.).

08/02/09


Texte repris du site Objectif-information


Voir la vidéo de France 2 

 

Le 4 février, le journal de 20 h de France 2 a surpris beaucoup de monde. Il ouvrait sur une vive accusation du Hamas, coupable d’avoir utilisé des civils comme boucliers humains, suivie d’un film tourné sur place de près de 4 minutes, ce qui est considérable dans un journal télévisé. Exemples à l’appui, la séquence reprochait au Hamas de faire la chasse aux opposants, de sanctionner quiconque divulgue une information non autorisée, de gonfler le nombre de victimes de la famille Samouni frappée par les Israéliens, d’empêcher les gens de parler, et enfin, d’avoir partout des yeux et des oreilles.

Quelques bienheureux virent dans ce journal comme un retour de la vérité. Le Hamas était enfin présenté pour ce qu’il est, un groupe de terreur qui a pris les Gazaouis en otage, et par un jeu de bascule, il faisait justice à Israël, à qui toute la violence et toute l’horreur de la guerre étaient grossièrement imputées depuis des semaines.

 

Les accusations contre Israël réitérées

Pourtant, ni la présentation de David Pujadas, ni le film, tourné sur place, n’atténuaient le moins du monde la charge contre l’État juif.

D’emblée, le présentateur posait clairement le cadre : « Il ne s’agit pas de minimiser le rôle d’Israël dans la mort de nombreux civils … ». Que le téléspectateur ne se méprenne pas. Comme la chaîne l’a répété sur tous les tons pendant trois semaines, profitant de sa supériorité - la fameuse « disproportion » -, l’opération israélienne a bien frappé les civils palestiniens et Israël doit continuer de porter cette honte.

Ensuite, le clip va s’intéresser au destin de la famille Samouni.

Voix d’un journaliste de France 2 : « Le Hamas veut tout contrôler, même quand un drame se suffit à lui-même. Comme ici. Avant c’était une ferme, avec un verger d’orangers et de palmiers-dattiers. [La caméra montre un paysage chaotique, pas le moindre arbre debout.] Le 6 janvier, l’armée israélienne a décimé toute une famille, 29 tués. »

Voix d’un Gazaoui :
« Là c’est la photo de mon cousin, et là c’est mon oncle. L’armée israélienne nous a rassemblés dans cette maison et au bout de deux jours les hélicoptères Apache nous ont bombardés. Nous étions encore dedans. »

Voix d’un journaliste de France 2
: Les Samouni sont formels, ici, il n’y avait que des civils… »

France 2 fait donc sienne la version d’un crime de guerre israélien : 29 tués dans une seule famille, des biens totalement rasés, alors qu’il n’y avait pas le moindre homme en armes dans la zone.

Il est bien clair qu’à aucun moment la séquence de France 2 n’a pour objet de présenter un mea culpa pour son traitement antérieur de l’information. Bien au contraire, elle prend soin de rappeler, en une poignée de secondes, tous les griefs assenés durant l’opération et à l’issue de celle-ci.

Ce qui est nouveau, c’est que le Hamas est très sérieusement mis à mal, les experts de France 2 parvenant, en trois ou quatre minutes, à illustrer bien des aspects de son abominable dictature et de sa férocité.

 

Une étrange démarche

Dans la séquence, les journalistes, loin de s’en tenir aux vérités officielles se font enquêteurs. Ils font parler les visages floutés des deux frères traqués, Mahmoud et Ramad, dont le père et le frère ont été exécutés par le Hamas pour avoir « refusé la présence des combattants dans leur quartier ». Ils enquêteront aussi pour savoir si l’hôpital abritait ou pas des hommes en armes, puis sur le nombre de morts de la famille Samouni, 29 ou 60 comme le dit le ministre Hamas.

Par contre, nos Sherlock Holmes perdent toute curiosité devant le récit des Samouni, qui accuse Israël. Tsahal rassemble la famille dans une maison, puis tire dessus depuis des hélicoptères Apache. Une famille décimée gratuitement par les soldats israéliens, cela n’a rien d’étrange. Il n’y avait pas un seul homme armé, mais ce qui était un verger d’orangers et de palmiers-dattiers est devenu un terrain vague. C’est ordinaire ? Les oranges et les dattes sont-elles des cibles militaires ?

Les journalistes de France 2 sont schizophrènes : ils traquent la vérité à charge contre le Hamas, mais ne se posent aucune question qui disculperait Israël malgré l’invraisemblance de ce qui leur est rapporté. Ou alors, ils ont reçu une mission. Assommer le Hamas, mais surtout sans absoudre Israël.

Les bizarreries ne s’arrêtent pas là. Pourquoi France 2 ouvre-t-elle longuement un journal de 20 heures sur Gaza, qui n’est plus du tout d’actualité ? Pourquoi France 2 découvre-t-elle brutalement, séquence filmée à l’appui, que le Hamas utilise des boucliers humains, mêle des civils à tous ses combats, traque et assassine ses opposants, alors qu’il existe une quantité de films, de reportages, d’interviews, d’études documentées sur ce sujet, dans toutes les langues.

 

Un peu de chronologie

La diffusion de France 2 date du 4 février. Deux jours auparavant Mahmoud Abbas avait rendu visite à Nicolas Sarkozy à l’Élysée vers 19 heures. Le matin, il avait rencontré Hosni Moubarak au Caire. C’est là que de drôles de négociations allaient se tenir entre l’Égypte et le Hamas, portant sur deux points : l’organisation du cessez-le-feu et un éventuel processus de « réconciliation nationale » des Palestiniens. Sur ces deux points, l’Égypte qui désire encadrer l’organisation manipulée par l’Iran, et Ramallah qui veut retrouver son rôle de représentant de tous les Palestiniens, ont besoin de signifier au Hamas son affaiblissement suite à l’opération israélienne et son isolement international.

Or il y a un pays qui pose aux deux leaders, l’Égyptien et le Palestinien, un singulier problème.  Ce pays, c’est la France.

En effet la France de Nicolas Sarkozy a pris dès le début de l’opération israélienne des positions qui font parfaitement l’affaire du Hamas. A toutes les phases de l’offensive, Paris proteste avec une très grande véhémence, dénonçant la « disproportion », criant à l’aventure militaire, à la crise humanitaire, à la famine des populations, à la destruction des infrastructures sanitaires. Paris exige une cessation immédiate des hostilités, puis un cessez-le-feu humanitaire qui devra durer, puis la réouverture totale et permanente des points de passage. Paris déploie une activité diplomatique fébrile pour obtenir une injonction de cessez-le-feu du Conseil de Sécurité de l’ONU, et il l’obtient.

Et une fois le retrait israélien achevé, Paris multiplie les démarches auprès des Européens et en direction des États-Unis pour donner au Hamas un rôle d’interlocuteur reconnu, même s’il ne renonce pas à la violence, et ne reconnaît ni Israël, ni les traités signés par les Palestiniens. Le Monde titre en première page le 27 janvier « Proche-Orient : Paris pousse l’Europe à avoir une attitude plus souple avec le Hamas ». Le même jour, dans le même journal, Natalie Nougayrède développe sur le thème : « Les inflexions françaises suscitent un certain agacement côté israélien ». Dame ! Et les incidents suivent, couronnés par la convocation humiliante, le 30 janvier, de l’ambassadeur d’Israël à Paris.

Aveuglé par ses tropismes, ce que Paris n’a pas vu, c’est que l’agacement était partagé par Le Caire et Ramallah. L’un et l’autre veulent tirer parti de l’affaiblissement du Hamas, l’un et l’autre déplorent le soutien ostensible de Paris qui conforte l’intransigeance de l’organisation terroriste à un moment où, au contraire, il faut peser sur elle de tout son poids.

C’est ce que Mahmoud Abbas va dire, peut-être sans ménagement, à Nicolas Sarkozy, le 2 février au soir. Message reçu cinq sur cinq. Il faudra moins de 48 heures pour que le service public fasse savoir au Hamas, par un message violemment hostile, que Paris – et l’Europe - ne lui sont pas acquis.

L’Élysée commande, un claquement de doigts, et les Français apprennent que le Hamas utilise les Gazaouis comme boucliers humains. Sinon, ils n’en sauraient rien.


Cette version n’est pas la bonne ? - Qui en a une meilleure ?

 

Jean-Pierre Bensimon

 

© Objectif-Information

 

 

[Information aimablement transmise par A. Dzialowski.]



Mis en ligne le 8 février 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org