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Israël (Société - mentalités)
Israël Politique extérieure

Tsipi l’emporte, Bibi gagne, Jean-Marie Allafort
12/02/2009

mercredi 11 février 2009

Texte repris du site Un écho d’Israël.

En Israël on aime les surprises et les rebondissements. Aucun sondage depuis deux mois n’avait prévu que la première dame de Kadima serait en tête, même de peu, de ce scrutin. On prédisait la fin du parti centriste, sa décomposition prochaine et certaine, il n’en est rien. Kadima reste l’une des grandes formations politiques de ce pays. Pour Tsipi Livni c’est une victoire personnelle même si elle ne devenait pas chef du gouvernement dans les prochains jours ; pour Binyamin Netanyahu c’est un échec personnel même s’il devient le Premier ministre du prochain gouvernement. Ne nous y trompons pas : la victoire est bien celle de Livni qui crée la surprise, mais la clef de la prochaine coalition est dans la main du leader du Likoud et dans une grande mesure dans celle d’ Avigdor Liberman. La campagne électorale menée par Kadima fut de loin la meilleure. Livni a vu juste en se tournant vers les femmes et les jeunes. La soirée électorale organisée dans la célèbre discothèque Oman 17 de Tel Aviv a été un tournant. Elle a soulevé l’enthousiasme des jeunes.

Les résultats publiés aujourd’hui ne sont pas définitifs. Il manque encore les voix des soldats et des diplomates qui peuvent changer quelque peu la donne. Dans l’absolu, le Likoud peut encore gagner ces élections. La prudence est requise. Notons aussi que l’alliance entre le Likoud et Israël Beiténou n’est peut-être pas aussi naturelle qu’on pourrait le penser au premier regard. Des thèmes comme le mariage civil ou encore une certaine séparation entre la Synagogue et l’Etat sont chers au Kadima comme à Liberman. Un gouvernement avec le parti religieux Shass rend impossibles ces réformes désirées.

Dès l’annonce des estimations des différentes chaînes de télévision, le Likoud a immédiatement crié victoire. Que Livni l’emporte sur Bibi d’un ou deux mandats est finalement secondaire. La prochaine Knesset est majoritairement à droite (avec 65 députés sur 120) et le candidat naturel au poste de Premier ministre est bien entendu Binyamin Netanyahu. Au Likoud, on est persuadé qu’Avigdor Liberman conclura une alliance politique avec leur leader. Rappelons ici que le Premier ministre est nommé par le président de l’Etat après consultation de tous les partis politiques élus à la Knesset. Si la majorité des formations politiques propose Netanyahu, Pérès se verrait obligé de demander au leader du Likoud de former la prochaine coalition. Nous serions dans un cas de figure inédit puisque, jamais encore en Israël, un ’perdant’ n’a été nommé chef du gouvernement. Mais Israël est le pays des paradoxes. Dans le domaine politique, tout est possible.

Notons aussi que l’alliance entre le Likoud et Israël Beiténou n’est peut-être pas aussi naturelle qu’on pourrait le penser au premier regard. Des thèmes comme le mariage civil ou encore une certaine séparation entre la Synagogue et l’Etat sont chers au Kadima comme à Liberman. Un gouvernement avec le parti religieux Shass rend impossible ces réformes désirées.

Livni entend se battre. Sur le papier, ses chances d’être Premier ministre sont moindres. Elle a proposé hier soir à Netanyahu de se joindre à sa coalition et de former ensemble un gouvernement d’union nationale. La solution d’une rotation adoptée en 1984 par Itzhak Shamir et Shimon Pérès est-elle envisageable ? A l’époque, le Likoud et le parti travailliste obtinrent à peu près le même nombre de sièges. Il fut décidé alors d’une rotation entre Pérès et Shamir au poste de Premier ministre. Chacun fut chef du gouvernement pendant une période de deux ans. Ce gouvernement national sortit Israël d’une inflation galopante, entreprit le retrait de Tsahal du Liban et ébaucha une solution politique (l’accord de Londres) qui échoua de justesse. Un gouvernement d’union nationale n’est pas obligatoirement synonyme de paralysie.

Netanyahu ne veut pas former un gouvernement de droite avec une courte majorité. Il serait prisonnier des petits partis aux idéologies peu compatibles à la poursuite d’un processus de paix et très vite la confrontation avec la nouvelle administration américaine serait inévitable. Il a besoin de Kadima et des travaillistes. Mais il veut être Premier ministre.

Ces élections sonnent-elles le glas de la gauche ? Le parti travailliste a entamé une chute vertigineuse. Passé de 34 mandats en 1996, il n’en obtient que 26 en 1999 (et malgré tout gagne les élections) puis en 2003 et 2006, 19 sièges et, pour la première fois dans l’histoire d’Israël, le parti fondateur de l’Etat devient la quatrième formation politique après Israël Beiténou. Ehud Barak n’a pas l’intention de quitter la tête du parti. Après tout, Netanyahu aux dernières élections n’avait obtenu que 12 mandats. Il est aujourd’hui le meilleur candidat au poste de Premier ministre. Le parti travailliste ne pourra se remettre de cet échec qu’en restant dans l’opposition. Si les Israéliens ont pardonné à Netanyahu ses erreurs de gestion, ils ne pardonnent pas à Barak les siennes.

Méretz, qui était crédité par les sondages de 6 à 7 sièges, n’en obtient que 3. La gauche est aujourd’hui un épiphénomène de l’échiquier politique israélien. Nous assistons à une recomposition politique avec deux blocs : celui de droite, aujourd’hui majoritaire, et celui du centre-gauche.

Jean-Marie Allafort


© Un écho d’Israël

 


Mis en ligne le 11 février 2009, par
M. Macina, sur le site upjf.org