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Christianisme

«Je n’ai pas compris»: Le Gd Rabbin de Paris, choqué par la levée de l’excommunication de 4 évêque
12/02/2009

«Je n’ai pas compris»: Le Grand Rabbin de Paris, choqué par la levée de l’excommunication de 4 évêques

12/02/2009
 

Texte repris du site du Grand Rabbinat de Paris


Je suis extrêmement choqué et inquiet devant la décision du Pape Benoît XVI de lever l’excommunication décrétée à l’égard des quatre évêques schismatiques ordonnés par Mgr Lefebvre. Nous savons que la mouvance lefebvriste n’a jamais accepté le Concile Vatican II et ses directives concernant, entre autres, les nouvelles relations entre l’Eglise catholique et la Synagogue. Il y a quelques semaines, Mgr Richard Williamson déclarait à une télévision suédoise : "Je crois qu’il n’y a pas eu de chambres à gaz (...). Je pense que 200 000 à 300 000 juifs ont péri dans les camps de concentration, mais pas un seul dans les chambres à gaz". Comment interpréter que cet homme, dont l’antisémitisme et le négationnisme de la Shoah sont ouvertement connus, soit accueilli à bras ouverts par le Vatican.

Selon la loi juive, l’excommunication (il existe, dans la halakha, le hérem et le nidouy) possède une visée pédagogique. Ce n’est jamais de gaité de cœur qu’un Beth-Din procède de la sorte. Ainsi, prenons pour exemple le cas du Métsora qui, selon nos maîtres, est celui qui a médit. Celui-ci est touché par une affliction qui l’oblige à demeurer hors du camp. Le Lévitique décrète : « Il restera seul ; loin du camp sera sa demeure ».  Cette « excommunication » n’est pas définitive. Ici, l’homme ou la femme (à l’instar de Myriam la prophétesse) est appelé à réfléchir à la gravité de la médisance au sein de la société humaine. C’est la même intention pédagogique qui est soulignée par notre maître Rambam – Maïmonide – dans le septième chapitre des lois sur l’Etude de la Torah concernant l’excommunié : « On délie aussitôt l’excommunié dès l’instant où il décide de s’améliorer. En revanche, lorsqu’un tribunal considère qu’un excommunié ne s’est pas amendé, son excommunication demeure, même si elle doit perdurer de  nombreuses années ».  Ainsi, si le contrevenant ne réfléchit pas, s’il ne s’amende pas, pire, s’il réitère ses propos diffamatoires, l’introduire au cœur de la cité, serait faire entrer le loup dans la bergerie. Comment considérer que les propos de ce prélat soient anodins, quand, à l’heure de la mondialisation, on peut trouver son discours sur Internet ? Si la téchouva, la repentance, est absente, ce semblant de générosité envers celui que l’on considère comme une brebis égarée, risque d’inviter ce dernier à la récidive en lui signifiant que la faute n’était peut-être pas si grave.

L’un des arguments avancés par les défenseurs de cette démarche repose sur l’unité de l’Eglise catholique. Soit ! La démarche est noble, et nous-mêmes au sein de la communauté juive, nous essayons toujours d’opter pour les voies de la paix, à laquelle nous invite la Torah. Mais, au nom de la paix  devons-nous bafouer la vérité historique ? Sous prétexte que la concorde reste une valeur supérieure et qu’aujourd’hui les chrétiens ont besoin d’être soudés autour d’une Institution forte, doit-on permettre à un prêtre d’être officiellement reconnu, alors qu’il contrefait ce que tous les historiens honnêtes ont démontré. Le Père Patrick Desbois n’est-il pas la preuve vivante que le nazisme fut une véritable barbarie païenne, l’inhumanité la plus abjecte ?

De plus, comment le pape actuel peut-il annuler ce qu’a décrété son  prédécesseur le pape Jean-Paul II ? Ce dernier ne s’était-il pas rendu dans l’Etat d’Israël, dans les lieux les plus symboliques du peuple juif : Yad Vashem et le Mur Occidental ? N’a-t-il pas demandé pardon en glissant son papier dans les fentes des vestiges de l’antique Temple de Jérusalem ? Aujourd’hui les choses en seraient autrement ?

Et quid de ces moments de ferveur et de fraternité, lorsque, à Drancy, l’antichambre de l’enfer, l’Eglise de France, dans une démarche courageuse, a fait acte de repentance pour les souffrances occasionnées durant des siècles par l’Eglise au peuple juif ?

Dans le contexte actuel d’un regain alarmant d’actes antisémites, ce geste ne va pas dans le sens d’une pacification dans la cité.

Comprenons bien que notre souci est celui de la vérité et de la paix. J’ai récemment été invité au dixième anniversaire du travail réalisé dans le diocèse de l’Essonne entre la communauté catholique et la communauté juive, et je m’en suis félicité auprès de l’Evêque. J’ai rencontré, de part et d’autre, des hommes et des femmes sincères dans leur engagement au dialogue. Et je tiens à remercier tous les catholiques qui nous ont écrit pour exprimer leur amitié à l’égard de la communauté juive ainsi que leur colère et leur honte devant ce décret du Vatican.

Aujourd’hui, ce geste papal me paraît inconsidéré. Je suis fortement surpris et profondément inquiet, et me sens dans l’obligation de faire entendre ma voix. Quelques signes semblent, en effet, révéler un retour préconciliaire, une marche arrière qui ne peut que déstabiliser les bonnes relations établies entre l’Eglise et la Synagogue depuis plus de 40 ans. J’espère sincèrement me tromper, mais le judaïsme reste trop attaché aux actes pour se contenter de vagues paroles amicales. Ce seront donc les actes qui prouveront la sincérité des sentiments.

Rav David Messas

Grand Rabbin de Paris

 

[Texte aimablement signalé par Ajax.]

 

Mis en ligne le 12 février 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org