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Malcolm Balen, enquête sur la BBC, par Marc Kravetz
12/02/2009

J’ai mis en ligne, voici quelques heures, un article en anglais, consacré au rapport Balen, et ruineux pour la réputation d’objectivité de la BBC dans sa couverture des événements du Moyen-Orient. Or, je découvre que Desinfos a mis en ligne un texte en français sur le même sujet. Je le reproduis donc ci-après [*]. Mais je signale que, si la signature et le média d’origine (Keith Dovkants, Evening Standard (UK) du 26 janvier 2009) sont les mêmes que ceux de l’article anglais que j’ai mis en ligne, le texte français est assez différent de l’original. Jj’ignore s’il s’agit d’une traduction et quel en est le traducteur, mais force est de constater qu’il s’agit plutôt d’une adaptation, ce qui n’enlève rien à son utilité, surtout pour des lecteurs francophones. Toutefois, je crois utile de recommander aux internautes qui maîtrisent bien l’anglais de se référer également à l’original, qui est plus complet [**]. (Menahem Macina).

[*] http://www.desinfos.com/spip.php?page=article&id_article=12996 [**] Voir : Keith Dovkants, "The secret report at heart of BBC’s Gaza paranoia".

 

Le portrait du jour : Malcolm Balen, enquête sur la BBC


par Marc Kravetz | France Culture


jeudi 12 février 2009

 


Il s’agit du rapport Balen qui n’a été porté à la connaissance que de quelques personnes du sommet de la hiérarchie de la BBC. Ils avaient chargé Malcolm Balen, un [ancien] directeur de rédaction, d’enquêter sur des allégations selon lesquelles la couverture par la BBC du conflit israélo-palestinien était biaisée.


Balen a examiné des centaines d’heures d’émissions, télé ou radiodiffusées, et en a analysé le contenu minute par minute, s’intéressant souvent aux phrases et au choix du vocabulaire de tel ou tel journaliste. Il a ensuite rendu ses conclusions dans un rapport de 20 000 mots. Si les dirigeants de la BBC s’attendaient à un bilan de santé satisfaisant, ils ont été déçus. Les conclusions de Balen, diffusées de manière très restrictive fin 2004, étaient effrayantes.

En dépit du secret, il y a eu des fuites, notamment au sujet de la conclusion de Balen selon laquelle les reportages de la BBC sur le Moyen-Orient étaient biaisés [aux dépens] d’Israël.

L’importance de cette conclusion peut difficilement être surestimée. Indépendamment de son obligation légale d’impartialité, la BBC s’efforce, depuis des années, de [contrer] des allégations selon lesquelles ses reportages favoriseraient les Palestiniens. Assertions qui se sont combinées avec des critiques sur un penchant à gauche de la BBC, qui minerait sa légitimité en dissimulant une ligne libérale [de gauche, selon l’acception britannique du terme]. Les dirigeants de la BBC ont ordonné la mise au placard du rapport Balen. Quand une démarche fut entreprise pour rendre publiques ses conclusions aux termes des lois sur la liberté de l’information, la BBC a dépensé 200 000 livres [sterling] dans une action en justice pour le [garder] secret.

Le rapport Balen aurait difficilement pu être réalisé à un pire moment. Ses conclusions ont été rendues alors que la BBC essayait d’oublier l’agitation engendrée par l’enquête Hutton. Greg Dyke, le PDG de l’entreprise avait été poussé à la démission en raison de ce que Lord Hutton avait considéré comme un problème de reportage tendancieux, même si la plupart des journalistes pensaient que c’est Lord Hutton qui était dans l’erreur [voir affaire David Kelly].

Pendant ces jours mornes de 2004, le rapport fut perçu comme presque anecdotique par les grands patrons de la BBC. Ce qui posait vraiment problème, c’était que des positions pratiquement inexpugnables avaient été démolies par des allégations d’insuffisance journalistique. Les nouvelles têtes dirigeantes de l’entreprise, dont le PDG Mark Thompson, venaient de recevoir une dure leçon. Ils ne souffriraient pas le même sort que Greg Dyke.

En 2005, Thompson s’envola pour Jérusalem et rencontra Ariel Sharon, le premier ministre de l’époque, Mahmoud Abbas, le dirigeant palestinien. Il leur assura que les informations de la BBC seraient d’une impartialité absolue. A son retour à Londres, l’entreprise mit en place le régime d’information sur le Moyen-Orient actuellement en vigueur et qui, ils sont nombreux à le croire, a influencé la décision de refuser de diffuser l’appel aux dons en faveur de Gaza.

Selon des sources internes à l’entreprise, les tensions relatives à la couverture journalistique du conflit israélo-palestinien ont induit un état proche de la psychose chez les cadres et ceux qui définissent la politique de la BBC. Une source interne a déclaré à l’Evening Standard : « Ils sont morts de trouille. Les décrire comme des poulets décapités qui courent en long et en large donnerait encore une trop forte impression d’ordre et de cohésion. Ils se terrent dans les recoins. La peur est palpable. »

Comment en est-on arrivé là ? L’opinion d’un certain nombre de vieux routiers de la BBC est que les pressions d’Israël et de ses partisans ont engendré de la nervosité et conduit les dirigeants de l’exécutif et les chefs de rédaction à surcompenser devant les allégations de biais pro palestinien. Un ancien rédacteur en chef déclare : « Tout ce que nous faisions était sujet à controverse. Il y avait un formidable lobby soutenant Israël et les courriers affluaient. La pression était énorme. »

Le sentiment que les journalistes de la BBC favorisaient le côté palestinien a été conforté par plusieurs incidents bien connus dont l’entreprise a dû se saisir. En 2004, au moment même où Balen fixait l’orthodoxie chez les responsables éditoriaux, Barbara Plett, une journaliste expérimentée qui exerçait comme correspondante de la BBC à Jérusalem, participa à une émission "From Our Own Correspondent".

Plett, qui avait couvert le siège des bureaux de Yasser Arafat en Cisjordanie, témoignait sur le transfert en hélicoptère vers un hôpital d’Arafat qui était en fin de vie. Elle avait déclaré : « Quand l’hélicoptère transportant le vieil homme frêle s’est élevé au dessus de l’immeuble en ruines, je me suis mise à pleurer... »

Ses propos en avaient scandalisé certains, notamment parmi les israéliens et les Juifs qui se souvenaient d’Arafat comme d’un ennemi, indigne de sympathie. Les plaintes affluèrent, mais la BBC les rejeta – dans un premier temps. La pression s’accrut et près d’un an après l’émission, la commission des plaintes des gouverneurs de la BBC décidait que les paroles de Plett avaient outrepassé « les critères d’impartialité. »

Helen Boaden, directrice de l’information avait qualifié cet épisode « d’erreur éditoriale. » Mme Boaden est une des personnes qui a conseillé le PDG, Thompson, sur la décision relative à l’appel aux dons pour Gaza.

L’affaire Plett était intervenue juste après la plainte à la BBC du gouvernement israélien affirmant qu’Orla Guerin, sa correspondante au Moyen-Orient, était coupable « d’être à la limite de l’antisémitisme » dans un reportage sur un candidat à l’attentat suicide. Guérin irritait depuis longtemps les Israéliens. Cette correspondante Irlandaise s’était tournée vers le journalisme après avoir perdu une élection avec le parti travailliste à Dublin en 1994 et elle rejoignit la BBC après des débuts prometteurs à RTE, la radiotélévision irlandaise.

En 2002, Guerin avait affirmé avoir été visée par des soldats Israéliens qui, disait-elle, lui avaient délibérément tiré dessus pendant une manifestation à Bethléem. Un an plus tard, Israël boycottera la BBC en l’accusant de « profond parti pris » dans ses reportages. Puis, pendant la guerre au Liban en 2006, elle fut accusée de fausses informations pour avoir affirmé qu’une ville proche de la frontière israélienne avait été « anéantie » par les forces israélienne. « Je n’ai pas vu un seul bâtiment qui n’est pas endommagé d’une manière ou d’une autre, » avait-elle déclaré.

Mais Alex Thomson, qui rendait compte le même jour pour Channel 4 au sujet de la même ville, Bint Jbeil, présentait une approche différente. Il indiquait que les faubourgs de la ville « n’ont pratiquement pas été touchés par l’attaque israélienne. »

Si on est neutre, les différences entre les deux versions peuvent sembler mineures. Mais dans le contexte du conflit israélo-palestinien et des passions qu’il génère, une divergence mineure entraîne presque toujours l’accusation de parti pris en faveur d’une faction ou d’une autre.

Jeremy Bowen, le rédacteur en chef pour le Moyen-Orient de la BBC, est considéré comme un des joyaux de l’entreprise, un journaliste et présentateur de grand talent qui a traité des sujets dans 70 pays. Ses reportages sur l’incursion dans Gaza et les terribles pertes civiles ont été des modèles d’impartialité sans jamais perdre le sens de l’humanité qu’on lui connaît.

Pourtant, Bowen a lui aussi ressenti la pression des partisans d’Israël. En 2000, il avait couvert le retrait israélien du Liban. Comme d’habitude, il avait beaucoup d’avance sur ceux d’entre nous qui suivaient cette affaire et, le 23 mai, alors que les Israéliens évacuaient sous le couvert de blindés et de chasseurs-bombardiers, Bowen et son équipe s’étaient arrêtés pour filmer près de la frontière israélienne. Il était avec son chauffeur et mécanicien Abed Takkoush, un personnage très connu et très populaire chez les journalistes à Beyrouth. Abed travaillait pour la BBC depuis le début de la guerre civile libanaise en 1975 et Bowen et lui se connaissaient bien.

Près de la frontière, Bowen et son cameraman sortirent de la Mercedes d’Abed pour filmer. Quand ils furent à environ une cinquantaine de mètres de la voiture, un tank israélien fit feu sur le véhicule, le transformant en boule de feu. Abed parvint à s’en extraire par la fenêtre mais il décéda quelques minutes après.

Bowen a mené une longue et difficile campagne pour que justice soit rendue à cet homme et à sa famille. Il pense que les Israéliens avaient délibérément visé des civils, un crime de guerre selon les conventions internationales.

Les Israéliens ont dit que c’était une erreur tragique. A ce jour personne n’a été sanctionné pour ce fait. Sauf, peut-être, Bowen. Malgré sont perfectionnisme reconnu en matière d’objectivité, Andrew Balcombe, président de la Fédération Sioniste, avait écrit à la BBC en exigeant la nomination d’un nouveau rédacteur en chef pour le Moyen-Orient. Bowen ne pouvait pas être impartial, disait-il, parce que l’incident avec Abed Takkoush « pouvait avoir contaminé (ses) opinions au sujet d’Israël... »

On [mettra au crédit de la] BBC d’avoir résisté aux pressions et Bowen est resté une de ses valeurs sûres de la rédaction [en charge du] Moyen-Orient. Mais à quelles pressions a-t-elle cédé ?

Leon Barkho, un universitaire [résidant en Suède], est sur le point de publier en Grande-Bretagne un livre intitulé « La BBC et le Moyen-Orient ». Ce livre est le fruit d’années de recherches sur la manière dont les grandes organisations médiatiques conduisent leurs politiques éditoriales. Barkho est convaincu que les informations de la BBC ont été orientées de sorte à éviter de déranger Israël.

« J’ai enquêté là-dessus et je suis convaincu que cette politique est dictée au sommet à cause de son énorme caractère sensible, » affirme-t-il. « La BBC traite du conflit Israël-Palestine comme elle ne le fait pour aucun autre sujet. Le message est : ne pas se mettre les Israéliens à dos. » Il veut prouver son point de vue par des révélations sur le module de formation interne de la BBC à l’intention des journalistes qui couvrent le Moyen-Orient. Les journalistes [ont pour consigne] de respecter une série de règles basées sur ce que Barkho appelle un « glossaire, » un ensemble de mots et de phrases que les journalistes doivent utiliser – ou éviter d’utiliser.

« [Seuls] 24 de ces mots ont été rendus publics, » dit-il. « Le reste est confidentiel». Il indique avoir vu le glossaire dans son intégralité et affirme qu’il conforte sa perception de la politique de la BBC comme visant à ne pas provoquer Israël. « Les instructions données aux journalistes sont claires, » dit-il. « C’est : ne dites pas les choses telles qu’elles sont. Ce n’est pas une politique qui encourage l’impartialité, elle est biaisée dès le tout début. »

Les 24 mots et phrases des règles du reportage que la BBC a accepté de rendre publics semblent assez inoffensifs, mais même là, certains discernent un sentiment de paranoïa. Les journalistes [ont pour consigne] d’éviter d’utiliser « assassinat » mais plutôt « killing » [qui se traduit aussi par assassinat] et, s’agissant de Gaza, d’éviter le mot « occupation » au profit de « présence militaire permanente. »

Mark Thompson et ses collègues peuvent être soulagés par le fait que la présence des protestataires qui ont organisé un sit-in devant les locaux de la BBC la nuit passée était seulement provisoire et pourrait difficilement [être] qualifiée « d’occupation ».

Pourtant, la suppression de ces mots ne fait rien pour dissiper le sentiment d’une entreprise en état de siège.


Keith Dovkants


© Evening Standard (UK)

Télécharger la chronique [de Marc Kravetz] en MP3

 

Mis en ligne le 12 février 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org