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Un scandale Madoff à l’égyptienne - Qui en parle dans la presse?
15/02/2009

Détournement de Fonds. L’arrestation de l’homme d’affaires égyptien Nabil Al-Bouchi à Dubaï, pour émission de chèques sans provision, a mis au jour une affaire de fraude de plus de 250 millions de dollars impliquant des responsables publics. (Al-Ahram)

15/02/09

Texte repris du site de Al-Ahram en ligne

Plus d’une centaine de personnalités égyptiennes comptant ministres, députés, acteurs et joueurs de football ont été victimes d’une fraude de millions de dollars, menée par l’homme d’affaires égyptien Nabil Al-Bouchi, directeur général, membre du Conseil d’administration et détenteur de 20 % du capital de la société de courtage Optima Egypt Securities Brokerage. Plus d’une centaine de Saoudiens, Koweïtiens et Emiratis ont aussi été floués. Certaines victimes ont déposé plainte en Egypte contre Al-Bouchi. Quatre autres se sont rendus à Dubaï pour réclamer leurs droits. Mais la majorité a préféré de ne pas agir, craignant pour leur image. L’homme d’affaires égyptien, arrêté il y a quelques jours à Dubaï, aurait détourné à ce jour plus de 250 millions de dollars, soit plus d’un milliard de L.E.

Cette affaire a été dévoilée le 4 février dernier, lorsque Nachwa Mégahed, femme d’affaires égyptienne vivant à Dubaï, ainsi que deux hommes d’affaires égyptiens, Wagdi et Emad Cararah, se sont présentés à la police de Dubaï pour dénoncer des chèques sans provision émis par Nabil Al-Bouchi. Les frères Cararah étaient porteurs d’un chèque de 12 millions.

De quoi déclencher des inquiétudes chez d’autres personnes ayant confié d’importantes sommes en dollars au financier, dans l’espoir de réaliser d’importants profits en un minimum de temps. « Ces investisseurs ont été trompés par l’intelligence et la réputation d’Al-Bouchi qui disait occuper des postes sensibles. Cette crise nous en rappelle des similaires dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, comme avec Achraf Al-Saad et Al-Rayan », commente Samir Sabri, qui assure qu’Al-Bouchi n’a pas supprimé le nom du ministre Abaza du registre du commerce, même après son départ du poste de PDG de la société, cela afin d’attirer le plus grand nombre de clients. L’affaire s’est compliquée quand il a cité le nom du ministre actuel de l’Agriculture, Amin Abaza, PDG de Optima Egypt Securities Brokerage jusqu’en juillet 2004, avant d’être désigné ministre dans le gouvernement Nazif, mais gardant une part de 38 % dans la société.

L’affaire a aussi pris de l’ampleur quand Al-Bouchi a créé une autre société à Londres, du même nom de la première, mais en ajoutant le mot « Global », accusant l’actuel PDG, Fekri Badreddine, de détenir 20 % de cette nouvelle entité. « Les documents des clients portent l’en-tête de cette dernière », dit Sabri, ajoutant que cela a causé la confusion chez les clients.

S’en tirer à moindre dégât

L’avocat d’Al-Bouchi, Maher Milad Eskander, a déclaré sur la chaîne de télévision égyptienne Dream qu’il remboursera ses victimes émiraties avant de régler ses dettes en Egypte. Mais de son côté, Samir, l’avocat des victimes, assure qu’Al-Bouchi « ne remboursera pas les droits des plaignants émiratis afin de rester en prison à Dubaï et ne plus revenir en Egypte ». Sabri prévoit qu’Al-Bouchi tentera d’impliquer davantage le ministre Abaza dans l’affaire pour s’en tirer à moindre dégât. Le journal égyptien Al-Fagr a cependant publié des informations sur la démission d’Abaza, bien que démentie par ce dernier. Quant au conseiller juridique d’Optima Egypt, Ahmad Mokhtar, il accuse Al-Bouchi de fraude bien qu’il ait défendu Fekri Badreddine. « Al-Bouchi accordait à ses clients des profits atteignant parfois 115 %. Il est impliqué, puisqu’il a dû fermer ou suspendre le site de sa société pour interdire aux clients l’accès à leurs comptes », a-t-il déclaré sur la chaîne satellite Orbit.

De sa part, Moustapha Badra, analyste financier chez Trust Securities, souligne que l’investissement boursier égyptien ne rapporte que des profits variant entre 20 et 30 %. « Et avec la crise financière internationale qui a fait chuter les actions égyptiennes de plus de 50 %, l’investissement boursier actuel ne peut réaliser plus de 5 % », note Badra. Il ajoute qu’Al-Bouchi devait investir ces sommes à l’étranger, puisqu’en 2006 et 2007, il a versé à ses clients des profits atteignant 115 %. « Il investissait sans doute via sa société Optima Global, située à Londres. Et cela car la société Optima Egypt ne travaille que dans le domaine des actions et obligations échangées en Bourse égyptienne. Et cette dernière opère sur le marché sous le contrôle de l’Organisme égyptien du marché financier », remarque-t-il.

Un haut responsable de l’Organisme égyptien du marché financier, qui préfère conserver l’anonymat, a souligné que le fonds de garantie des risques non commerciaux dépendant de l’Organisme n’a pas reçu de plaintes contre Optima Egypt concernant cette affaire. « Ce qui explique que le fonds ne compensera pas les perdants, puisque les contrats des transactions sont au nom des deux sociétés Optima Global Londres et Global Dubaï », déclare-t-il. Après avoir examiné les documents concernant la société Optima Egypt par l’Organisme du marché financier, la Cour d’assises du Caire a accepté la décision du procureur général, Abdel-Méguid Mahmoud, d’examiner les comptes bancaires des deux criminels Al-Bouchi et Fekri, créant un comité ad hoc.

Reste que le nombre de plaignants n’est pas définitif. Leur nombre va en fait grandissant en Egypte, ce qui pourrait contraindre les autorités émiraties à renvoyer Al-Bouchi au Caire dans de brefs délais.

Avec des effets qui seront limités pour les victimes, puisque le service égyptien des enquêtes des fonds publics a découvert que tous les comptes bancaires d’Al-Bouchi étaient vides.

© Al Ahram

 

[Texte aimablement signalé par R. Lewin.]

 

Mis en ligne le 15 février 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org