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Christianisme

[Affaire Williamson]: "L’amour crucifié", par Mgr di Falco, évêque de Gap et d’Embrun
18/02/2009

Difalco2

 

A GAP, le 30 janvier 2009

L’annonce de la fin d’un schisme devrait nous réjouir mais l’écho de nouveaux coups de marteaux sur les clous qui transpercent les mains du juif Jésus ont à nouveau retenti et sont venus briser notre espérance.

Mgr Williamson, de la Fraternité Saint Pie X, l’un des évêques pour lesquels le Pape Benoît XVI a levé l’excommunication, nie l’existence des chambres à gaz et remet en cause le nombre de juifs morts en camp d’extermination.

En entendant ces propos je me suis demandé ce qu’aurait éprouvé le Cardinal Jean-Marie Lustiger. Sa mère, femme juive, à qui il devait lui-même d’être juif est morte à Auswitch après avoir été dénoncée par un Français, sans doute de la même famille de pensée que Mgr Williamson.

En septembre dernier, lors du voyage du Pape Benoît XVI à Lourdes j’ai été interviewé par un journaliste de Radio France. Parmi ses questions, une sur la messe en latin. J’ai toujours accordé les autorisations qui m’étaient demandées dans mon diocèse, lui dis-je, et je fais le nécessaire pour mettre en application le Motu proprio. Mais le Motu proprio dérange certains de vos confrères, me dit-il alors. J’ai répondu que ce n’était pas la messe en latin qui troublait plusieurs d’entre nous, les évêques, mais l’usage idéologique que l’on en faisait dans certains cas. Et j’ajoutai que la messe ne pouvait être instrumentalisée comme l’étendard d’une idéologie, souvent d’extrême droite, et dont le discours raciste, antisémite et xénophobe est en contradiction avec l’Evangile. La messe n’a pas sa place dans un meeting politique comme ce fut le cas dans le passé.

Je ne sais ce que le journaliste a gardé de cette interview et ce qui a été diffusé ensuite sur l’ensemble des antennes de Radio France. Je connais en revanche la violence des insultes qui ont circulé sur Internet à mon propos ou celles que j’ai reçues par mail et par la poste. Je ne parlerai pas des lettres de menaces. Tout cela bien sûr au nom de Jésus-Christ et de la fidélité à son Eglise.

Merci donc à Mgr Williamson d’avoir, par ses propos, illustré de manière on ne peut plus explicite ce que je disais alors !

Mgr Williamson est un évêque membre de la fraternité Saint Pie X. « Fra ter nité », vous avez bien entendu : « fraternité ». En niant le calvaire et la souffrance de ses frères juifs, Mgr Williamson a sans doute voulu leur donner une preuve de sa pseudo-fraternité ! Le paravent de la « Fraternité » cache parfois des nœuds de vipères. « Ils ont un venin pareil au venin d’un serpent, d’un aspic qui ferme son oreille » (Psaume 58)

« Le loup habitera avec l’agneau, et la panthère se couchera avec le chevreau ; le veau, le lionceau, et le bétail qu’on engraisse, seront ensemble, et un petit enfant les conduira. La vache et l’ourse auront un même pâturage, leurs petits un même gîte ; et le lion, comme le bœuf, mangera de la paille. Le nourrisson s’ébattra sur l’antre de la vipère » (Isaïe 11-6/8)

Le pape Benoît XVI, avec la foi inébranlable qui est la sienne et dans sa grande bonté, a peut-être médité ces paroles du prophète Isaïe avant de tendre la main. Le faisant, il plonge courageusement sa main, faite pour bénir, dans un nœud de vipères. Puisse-t-il, fort de l’Esprit Saint qui l’assiste, tel Moise devant pharaon pour libérer son peuple, faire que les serpents se changent en bâtons de pasteurs. Le Pape avance, fort de cette parole du Christ : « Je vous ai donné le pouvoir de marcher sur les serpents et les scorpions... Rien ne pourra vous nuire » (Luc 10/19).

L’Eglise n’est pas une assemblée de parfaits, mais une assemblée de pécheurs appelés à la sainteté. Si je pousse ici ce cri de honte et de colère, c’est en pensant à celles et ceux que la souffrance de se sentir exclus consume. Celles et ceux qui n’ont pas été excommuniés, mais qui vivent leur marginalisation de fait comme s’ils l’avaient été. Celles et ceux qui, les bras tendus vers l’Eglise leur mère, attendent les mots d’Amour qui leur diront qu’ils en sont toujours les filles et fils bien-aimés.

J’ai été le témoin privilégié de la souffrance du cardinal Decourtray, alors archevêque de Lyon et président de la Conférence des évêques de France, lorsqu’il recevait des dizaines de lettres dans lesquelles se trouvaient des crachats et d’autres matières nauséabondes pour avoir tendu la main à nos frères juifs. J’ai vu le visage blême du cardinal Lustiger, interrompu pendant une homélie par un hurlement bestial : « Sale Juif ».

Après cette chronique, des tombereaux d’immondices ne tarderont pas à être déversés sur moi. Merci, ils feront la démonstration que mes propos ne sont pas dans l’erreur. De plus, les cris d’orfraie de ceux qui se seront reconnus ne parviendront pas à couvrir la sourde clameur de milliers d’enfants juifs torturés et assassinés dans les camps de la mort.

Enfin, je sais, je sais, inutile de m’en faire la remarque. Je sais que des centaines d’hommes et de femmes familiers de la messe en latin ne se reconnaissent pas dans les propos de Mgr Williamson ni dans l’attitude gonflée d’orgueil et d’arrogance de certains responsables. Ceux-là, qu’ils soient accueillis les bras ouverts, l’Eglise, vivifiée par l’Esprit du Concile Vatican II, est leur maison comme elle est la nôtre.

Quant à ceux qui trouveront mes propos véhéments, qu’ils s’interrogent, jugent-ils ces paroles du Christ véhémentes : « Races de vipères, comment pourriez-vous dire de bonnes choses, méchants comme vous l’êtes ? Car c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle ». (Matthieu 12/34)

 

+ Jean-Michel di FALCO LEANDRI
Evêque de GAP et d’EMBRUN

 

[Le texte de cette lettre nous a aimablement été signalé par Sr Marie-Thérèse, France.]

 

Mis en ligne le 17 février 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org