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Au-delà de Williamson, une « fraternité » anti-juive ? Jean-Yves Camus
05/03/2009

05/03/09

Repris du site de Regards (CCLJ) du 3/3/2009


Sommé par le Pape de revenir sur ses propos négationnistes pour être pleinement réintégré au sein de l’Eglise catholique, Richard Williamson, l’évêque intégriste excommunié en 1988, maintient ses déclarations. Un scandale qui souligne la nature intrinsèquement antisémite de cet ordre intégriste dissident.

La récente levée des excommunications touchant les évêques consacrés en 1988 par Mgr Lefebvre ne vaut pas réintégration dans l’Eglise catholique de la Fraternité Saint-Pie-X dont ils sont les figures de proue, mais elle la prépare. C’est pourquoi, au-delà des propos négationnistes tenus par l’évêque anglais Richard Williamson, il faut savoir si l’institution qu’il représente est antisémite. En effet, si tel était le cas, l’ensemble du processus de négociation entre Rome et la Fraternité Saint-Pie-X, enclenché par Jean-Paul II au début des années 2000, serait en fait une offense faite aux Juifs. Or, l’examen de l’histoire de cette Fraternité, comme de sa raison d’être même, semble bien confirmer que c’est le cas : le souci compréhensible de l’unité catholique amène le Vatican à tout faire pour réintégrer les schismatiques d’hier, même au prix qui consiste à fermer les yeux sur leur idéologie peu ragoûtante.
Sur la porte de l’église Saint Nicolas du Chardonnet, leur fief parisien, les lefebvristes ont affiché une lettre de Mgr Bernard Fellay, le supérieur général suisse de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, expliquant aux fidèles sa réaction à la décision de Benoît XVI. Elle est claire puisqu’il écrit : « Nous acceptons et faisons nôtres tous les conciles jusqu’à Vatican I, mais nous ne pouvons qu’émettre des réserves au sujet du concile Vatican II ». Or ces réserves sont connues depuis que Mgr Lefebvre a fondé sa Fraternité en 1970 : elles portent notamment sur la liberté religieuse; l’œcuménisme et le dialogue interreligieux et bien sûr, l’encyclique [lire : "la Déclaration conciliaire" (Note d’upjf.org)] Nostra Aetate [§ 4], qui mit fin à « l’enseignement du mépris » à l’égard des Juifs.

Ce qui signifie que la Fraternité reste fidèle à l’antijudaïsme théologique préconciliaire.

Un antisémitisme assumé

Par le passé, des prêtres et des laïcs de la Fraternité Saint-Pie-X sont toutefois allés plus loin que le préjugé religieux anti-juif, vers un antisémitisme plus assumé et plus racial. Réintégré dans l’Eglise romaine en 2006, l’abbé Philippe Laguérie avait déclaré à la télévision en 1987 : « Tout le flot de haine qui est dirigé contre Jean-Marie Le Pen est suscité, organisé, par la grande banque juive qui tient la France en dictature depuis 45 ans (...) D’ailleurs, les thèses des professeurs Roques et Faurisson sont parfaitement scientifiques ». Plus tard, le philosophe Claude Rousseau, écrivant en mai 2002 dans Pacte, la revue lefébvriste, qualifiait les Juifs de « financiers transnationaux », liés aux musulmans par « une solidarité foncière » et une « collusion d’intérêts » pour affaiblir la France. Plus près de nous, le bulletin Pour qu’Il règne, organe de la branche belge de la Fraternité Saint-Pie-X, explique encore en février 2009 que pendant les Croisades, ce ne sont pas les croisés mais des « chevaliers-brigands qui ne pensaient qu’à la rapine, tel Emich von Leisingen, qui massacrait tous les Juifs sur son passage et s’adjugeait leurs biens ».

Les prêtres que Rome va réintégrer n’ont rien changé à leur vision des Juifs comme non-citoyens de leurs pays respectifs. Ainsi, dans le bulletin Le Chardonnet de février 2009, l’abbé Régis de Cacqueray, supérieur du district de France de la Fraternité Saint-Pie-X, protestait contre le fait « qu’aucun prêtre n’a été seulement capable de protester contre (…) l’admission de Simone Veil à l’Académie française ». Preuves en mains, on peut donc l’affirmer : l’unité retrouvée de l’Eglise catholique se fait avec des intégristes pour qui le préjugé anti-juif est naturel et central.

Jean-Yves Camus

© Regards (CCLJ)

 


[Texte aimablement signalé par P. Lachaus.]

 

 

Mis en ligne le 5 mars 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org