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Christianisme

Malaise dans l’Eglise de France suite à l’excommunication de la mère d’une fillette violée
12/03/2009

"L’affaire Williamson avait suscité l’incompréhension, celle liée au viol d’une jeune Brésilienne provoque des réactions de colère." ("La Croix"). Bien qu’il soit extrêmement délicat de comparer les législations religieuses, je m’efforce de répondre ici brièvement à quelques internautes chrétiens qui m’ont demandé quelle était la position du judaïsme dans un cas tel que celui-ci. La loi juive privilégie la vie de la mère par rapport à celle de l’enfant à naître. Si l’embryon met en danger la vie de sa mère, il faut sauver la mère et procéder à l’avortement de l’enfant. Le cas de figure brésilien est donc impensable pour le monde juif. Personnellement, la décision de l’archevêque, confirmée par le Vatican, excommuniant la mère et l’équipe médicale, m’apparaît comme cruellement légaliste et en contradiction totale avec l’attitude miséricordieuse du Christ (cf., entre autres, Mt 12, 1-8, qui en appelle à Os 6, 6: "C’est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice"). (Menahem Macina).

12/03/09

Jean-Marie Guénois

Texte repris du site de La Croix

Cette lettre, ils l’attendaient sans savoir qu’elle arriverait un jour. Ils, les évêques, les prêtres, les religieuses et les laïcs engagés à tous les niveaux d’une Église de France profondément troublée par «l’affaire» Williamson et, plus récemment, par l’excommunication de la mère d’une fillette brésilienne ayant avorté après avoir été violée.

Pierre de Charentenay, jésuite et directeur de la prestigieuse revue Études, commente : «À la différence des grandes crises qui ont secoué le catholicisme français, comme celle de l’Action française en 1927, où l’on savait pour ou contre quoi on était, cette crise, très diffuse, se caractérise par un trouble général : les gens ne savent pas vraiment de quoi il est question. Williamson ? Vatican II ? Cette imprécision du débat ajoute au malaise. Les gens se demandent s’il s’agit d’un changement d’orientation et d’option de l’Église catho­lique, ou s’il s’agit d’une affaire liée à un défaut de communication. D’où un grand découragement. Sans parler de l’affaire brésilienne, qui vient comme une accumulation. Les gens sont donc en attente de clarification.»

Soucieux de respecter un embargo fixé jusqu’à jeudi midi, les évêques interrogés ne peuvent pas en dire plus sur la lettre du Pape, qu’ils ont déjà reçue. Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry-Corbeil-Essonnes, note toutefois : «Il est inhabituel qu’un malaise s’exprime aussi clairement dans l’Église et inhabituel que le Pape y réponde aussi clairement.» Pour lui, ce malaise porte sur trois points. «L’affaire Williamson et son négationnisme, dont l’impact a été proportionnel au degré d’appartenance à l’Église : moins on était impliqué, plus cette affaire a eu de l’importance.» Deuxième axe, «la question de l’accueil des quatre évêques lefebvristes. Là, ce sont les chrétiens très proches qui se sont fortement inquiétés pour le Concile Vatican II.» Enfin, troisième ingrédient de la crise, «le mode de communication» qui n’a pas fonctionné et pour lequel «la lettre du Pape pourra agir comme un remède».

Car, estime Mgr Dubost, il va falloir remonter la pente, il constate une «distance» à l’égard de Rome depuis cette affaire. «Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II avaient réussi à ce que l’Église de France les suive. Cette fois, une distance s’est installée vis-à-vis de Benoît XVI. Beaucoup de gens ont eu l’impression que les attentions du Pape étaient unilatérales, uniquement en direction des traditionalistes. C’était une mauvaise analyse, mais elle circulait comme telle. De ce point de vue, la lettre du Pape, humble, remet tout à plat.»

«On a honte de dire que nous sommes catholiques»

Il est temps, semble-t-il, car la maison brûle. Jean-Michel di Falco-Léandri, évêque de Gap et Embrun, l’exprime sur la base de ses nombreux contacts, tant diocésains que nationaux : «Ce qui m’inquiète vraiment, c’est de voir des catholiques classiques, fidèles à l’Église, fidèles au Pape, bouleversés. Ils ne comprennent plus. Ils sont choqués, jusqu’à confier : “En ce moment, on a honte de dire que nous sommes catholiques.”»

Même analyse chez Mgr Jean-Yves Riocreux, évêque de Pontoise. «Beaucoup de fidèles nous relatent un comportement agressif dont ils sont témoins. Ainsi ce cadre qui s’est entendu reprocher la semaine dernière dans son entreprise, sur un ton désagréable : “Alors, qu’est-ce qu’a encore fait ton pape ?” Désarçonnés, les fidèles nous demandent un texte d’explication, même si tous les évêques ont déjà beaucoup écrit et expliqué depuis le début de cette crise. Je me réjouis donc beaucoup de la lettre du Pape.»

De son côté, Mgr Yves Pate­nôtre, archevêque de Sens-Auxerre, dont le champ d’action couvre ce diocèse, mais aussi la Mission de France, dont il est évêque-prélat, qui regroupe de nombreux prêtres, diacres et laïcs engagés dans tous les milieux professionnels, confirme les dégâts [causés] par l’affaire Williamson, et la montée subite, ce week-end, de l’incompréhension devant la décision de l’évêque brésilien d’excommunier la mère d’une fillette violée et enceinte de son beau-père, parce qu’elle a dû avorter. «Beaucoup me disent : “ Là, ce n’est pas possible !” Dans un monde déjà dur, l’Église a-t-elle pour mission de condamner ou d’apporter la miséricorde du Seigneur ?»

À Laval, un des plus jeunes évêques de France, Mgr Thierry Scherrer, constate la même progression - du malaise diffus à la sainte colère. Dans ce diocèse plutôt rural, «la réintégration des quatre évêques lefebvristes n’a pas suscité de réactions idéologiques ni de mécontentements affichés. En revanche, l’affaire brésilienne est préjudiciable, car les gens, même bien disposés, se disent écœurés». «Je ne comprends plus, disait l’un deux à cet évêque, on a déjà peu de monde, si on continue comme cela, on va vider les églises».

Jean-Marie Guénois

 

© La Croix

 

Mis en ligne le 12 mars 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org