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Antisionisme chrétien

Attention au nouvel axe évangéliques-islamistes, Melanie Phillips
12/03/2009

Un article d’une lucidité effrayante… je dirais même "prophétique". On souhaiterait que Melanie Phillips soit victime d’un accès de paranoïa ! Ce n’est hélas (!) pas le cas. De nombreux auteurs (dont votre serviteur), qui observent, depuis des années le progrès, quasi exponentiel, de cette véritable apostasie de tant de consciences chrétiennes, pensent de même et l’écrivent parfois. Mais qui les prend au sérieux ? On les affuble hâtivement de la robe des fous des "sinistrologues", avant de les envoyer se faire… (non, pas ce que vous pensez…) crucifier ! (Menahem Macina).

11/03/09

The Spectator.co.uk (4 mars 2009)

Texte original anglais : "Beware the new axis of evangelicals and Islamists"

Traduction française : Jean Szlamowicz pour upjf.org

Melanie Phillips affirme qu’il y a une nouvelle alliance dangereuse entre des chrétiens anti-israéliens et des groupes musulmans extrémistes, qui complotent souvent ensemble contre leur ennemi commun.

Le week-end dernier, le révérend Stephen Sizer, vicaire de l’Eglise du Christ, à Virginia Water, s’est affiché, lors d’un meeting anti-israélien, aux côtés de l’islamiste Ismail Patel. Non seulement Patel a accusé Israël de « génocide » et de « crimes de guerre », mais il considère que Disney fait partie d’un complot juif, et il [Patel] soutient le Hamas, l’Iran et la Syrie.

Sizer est un farouche adversaire du sionisme chrétien et d’Israël, dont il a dit son espoir qu’il disparaîtra comme avait disparu le régime d’apartheid en Afrique du Sud. Il a également applaudi le président iranien Ahmadinejad pour avoir « envisagé le jour où le sionisme aura cessé d’exister ». Reste que la présence d’un ecclésiastique anglican dans un cadre pro-islamiste, en Grande-Bretagne, est une nouveauté assez significative. L’Eglise d’Angleterre a récemment interdit à ses membres d’être affiliés au British National Party (parti d’extrême droite, équivalent du Front National en France, ndt) : ne devrait-elle pas leur interdire également de frayer avec les forces de l’islamo-fascisme ?

La participation de Sizer doit pourtant être vue dans le contexte d’une dangereuse réorganisation des forces obscures contre le monde libre : l’émergence d’un axe rassemblant des groupes évangéliques, la gauche dure, les islamistes et l’extrême droite.

En juillet dernier, a eu lieu une réunion d’évangéliques anglicans importants en vue d’établir de nouveaux rapports entre l’Eglise et l’islam. Cette réunion avait été organisée par Bryan Knell, directeur de l’institution missionnaire, Global Connections, et par d’autres personnes issues d’un groupe dénommé Christian Responses to Islam in Britain [Réponses chrétiennes à l’islam en Grande-Bretagne]. Les 22 participants, qui se sont réunis au All Nations Christian College, de Ware (Hertfordshire), ont promis le secret. Le but de cette réunion était de définir une « approche de grâce en direction de l’islam », qui « s’efforce de laisser les musulmans interpréter l’islam, plutôt que de leur dire ce que sont les enseignements de leur religion ». Les participants avaient dans le collimateur les chrétiens « agressifs » qui ne font « qu’attiser la peur » en parlant de la menace potentielle que constituerait l’islam radical.

Leur but était de discréditer et d’étouffer les voix des chrétiens qui avertissent des dangers de l’islamisation de la Grande-Bretagne, et de la menace islamique pour l’Eglise. On compte, parmi ces derniers, l’évêque de Rochester, Michael Nazir-Ali, la baronne Cox, spécialiste de l’Afrique, le Dr Patrick Sookhdeo, spécialiste de l’Afrique, et le Ministère de Maranatha. Il y a quelques semaines, le Dr Sookhdeo a été la victime flagrante de cette stratégie. Musulman converti au christianisme et désormais prêtre anglican, le Dr Sookhdeo est l’un des grands experts de l’islam dans notre pays. Il dirige le Fonds Barnabas, une agence d’aide aux chrétiens persécutés. Il a écrit de nombreux ouvrages sur l’islam, dont le dernier est Global Jihad: The Future in the Face of Militant Islam [Le Jihad mondial : L’avenir face à l’islam militant].

En janvier dernier, a été publiée, sur le site du groupe évangélique Fulcrum, une critique de cet ouvrage par Ben White, qui écrit fréquemment dans le quotidien The Guardian. Sa critique mettait à mal l’érudition de Sookhdeo auquel il reprochait de voir un problème théologique au sein de l’islam, là où White explique l’agression islamique par des injustices au plan mondial, notamment l’existence et le comportement d’Israël. Pour mettre le comble à son fatras d’ignorance et d’analphabétisme historique, Ben White a tenté de diaboliser Sookhdeo, sur la base d’appréciations de son travail, émises par « des conservateurs radicaux et autres réactionnaires pro-Israël » qui ont apprécié l’ouvrage, voulant ainsi prouver à quel point Sookhdeo est infréquentable.

White a ensuite fait connaître sa critique à un blogueur converti à l’islam et islamiste, appelé Indigo Jo. Sur son site, Indigo Jo a jeté l’anathème sur Sookhdeo en l’appelant « Sookhdevil » (jeu de mots entre –deo, Dieu, et devil, le diable, ndt). Ces attaques ont été reproduites sur d’autres sites islamistes, et Sookhdeo a fini par recevoir des menaces de mort.

Mais pourquoi des chrétiens trahiraient-ils d’autres chrétiens en les livrant à des islamistes extrémistes ? Les responsables de Fulcrum ont nié tout lien formel avec le site d’Indigo Jo et toute intention de discréditer Sookhdeo. Ils prétendent avoir seulement voulu « créer un forum » permettant de discuter des questions posées par cet ouvrage. Mais pourquoi utiliser quelqu’un comme Ben White, qui en sait visiblement peu sur l’islam, pour faire la critique d’un ouvrage écrit par un spécialiste de l’islam ? Un trait récurrent des écrits de Ben White est sa haine d’Israël. Il justifie le terrorisme palestinien contre Israël comme étant un acte de légitime défense, dont l’objectif est d’amener « la décolonisation, la libération et la fin de l’apartheid sioniste ». Il dit « comprendre » pourquoi certains sont désagréables envers les Juifs, du fait de l’idéologie de la suprématie raciale, qui est à l’œuvre en Israël, et des crimes commis en conséquence envers les Palestiniens, et également du fait du « vaste parti pris et de la servilité des médias envers Israël ».

C’est alors que la gauche laïque non évangélique a fait son entrée, en la personne d’Andrew Brown, qui rejoint Ben White pour assaillir Sookhdeo sur le site web du Guardian, dans la rubrique où sont publiées les réactions des lecteurs. Brown affirma que ceux qui soutenaient Sookhdeo avaient construit « un monde fermé et haineux, comme en miroir du monde islamiste ».

L’article de Brown semblait, lui aussi, mû par l’hostilité envers toute personne soutenant Israël. Sa principale objection au discours de Sookhdeo était que,

« dans les faits, la vision de l’islam de Sookhdeo est toujours couplée à des prises de positions favorables à un grand Israël ».

Il poursuivait par une remarque fielleuse insinuant que les Juifs étaient

« des gens à qui leur religion ordonne d’être des violents, des traîtres et des impérialistes ».

Il y a depuis longtemps une passerelle entre la gauche et les islamistes, mais ce qui permet de mettre de côté leurs très considérables divergences est leur haine d’Israël et de l’Occident. Ils trouvent là un écho auprès des néo-nazis et des groupes prêchant la suprématie blanche. Ce qui est nouveau, c’est la présence, dans ce mélange explosif, d’évangéliques chrétiens. Ce qui est carrément extraordinaire, c’est que des missionnaires chrétiens, comme Brian Knell, se mettent à tirer sur d’autres chrétiens comme Sookhdeo, qui fait pourtant campagne pour abolir la peine de mort frappant les apostats musulmans devenus chrétiens. Pourquoi des évangéliques s’acharnent-ils à détruire des gens qui défendent la chrétienté de l’agression islamiste ?

La réponse réside dans la profonde division qui sépare les évangéliques : d’une part, les chrétiens sionistes qui soutiennent Israël et veulent défendre l’Eglise des dommages causés par l’islamisme, et ceux qui veulent qu’Israël soit détruit et apaiser l’islamisme. Brian Knell, par exemple, est de ceux qui font du « terrorisme d’Etat » d’Israël la cause du radicalisme musulman dans le monde. Il ne prend pas en compte les déclarations islamistes qui considèrent l’Occident comme étant fondamentalement perfide et irréligieux, qui parlent du mal cosmique que représentent les Juifs dans l’histoire de l’humanité, et du besoin d’imposer une doctrine de pureté aux autres musulmans pour contrer la modernité occidentale.

Chez ces évangéliques, cette obsession perverse d’Israël est à la base de leur attitude conciliante à l’égard de l’islamisme radical. Parmi les autres participants à cette réunion au sommet, on trouvait Colin Chapman, le père du mouvement britannique contre le sionisme chrétien. Son animosité est enracinée dans des préjugés théologiques envers les Juifs. Il a écrit un ouvrage extrêmement influent, Whose Promised Land [A qui appartient la Terre Promise ? ndt], qui fait revivre un vieux préjugé du christianisme, le "supersessionisme", ou théorie de la substitution, selon laquelle les Juifs n’ayant pas reconnu la divinité du Christ, Dieu aurait transféré l’élection aux chrétiens, tandis que les Juifs auraient été répudiés comme étant le parti du diable. C’est cette doctrine qui a été à l’arrière-plan des siècles de haine anti-juive, jusqu’à ce que l’Holocauste la contraigne à la clandestinité.

Dans son ouvrage, Chapman écrit que la violence a toujours été inhérente au sionisme et que l’autodétermination juive est quelque peu raciste. Il adhère également au cliché d’un sinistre pouvoir juif dominant le monde. Il a écrit :

« Six millions de Juifs aux Etats-Unis ont une influence totalement disproportionnée par rapport à leur nombre sur une population de 281 millions d’habitants (…) Tout le monde reconnaît qu’il serait, par exemple, impossible de gagner une élection présidentielle sans les votes et le soutien financier d’une large partie de la communauté juive. »

C’est un fait attristant que quelqu’un qui a de tels préjugés antijuifs ait autant d’influence dans l’Eglise. Un tel discours a, du reste, de nombreux adeptes, dont Stephen Sizer. Il a écrit :

« L’alliance des Juifs avec Dieu avait pour condition leur respect des droits de l’homme. La raison pour laquelle ils ont été exclus de leur terre est qu’ils s’intéressaient davantage à l’argent et au pouvoir, et qu’ils traitaient le pauvre et les étrangers avec mépris. »

Il a également récusé toute validité au judaïsme lui-même, en disant :

« suggérer… que le peuple juif continue à avoir une relation spéciale avec Dieu, sans foi en Jésus… c’est, pour reprendre les mots de John Stott [une des figures de l’évangélisme anglican], "une hérésie biblique". »

 

Examinons maintenant les autres groupes avec lesquels Sizer fait cause commune dans sa haine d’Israël et des Juifs. Il a donné des interviews à des négationnistes et des tenants de la suprématie blanche, et il a également diffusé et approuvé leur propagande. L’an passé, il a envoyé à Martin Webster - qui a dû apprécier puisqu’il est l’ex-leader du Front National néo-Nazi - un article tiré du Palestine Chronicle, parlant de la prétendue

influence « d’Israël à Washington » par le biais de « puissantes organisations, ouvertement juives, de Washington, et, de plus en plus, grâce à des organisations sionistes chrétiennes ».

Certains pourront être choqués de constater que l’Eglise d’Angleterre abrite en son sein des individus qui prônent pareilles opinions. Mais il est peu probable que la hiérarchie ecclésiastique agisse à leur encontre. L’attitude la plus répandue, parmi les évêques et archevêques, est celle d’une hostilité extrême envers Israël, tandis que l’establishment cherche à tendre la main à l’islam afin d’aller dans son sens et de se le concilier. Alors que, dans le monde entier, des chrétiens ont à subir des conversions forcées, des nettoyages ethniques et des assassinats, de la main des islamistes, l’Eglise n’émet pas un mot de protestation. Par contre, c’est le dialogue interreligieux qui est à l’ordre du jour, et le chanoine Graham Kings (secrétaire théologique du Fulcrum) joue un rôle-clé dans l’action interreligieuse anglicane. Et dorénavant, la guerre d’Israël contre le Hamas  a eu un effet crucial : l’opinion largement partagée est qu’Israël doit être vaincu une fois pour toutes si l’on veut que les islamistes se calment.

Il est horrible de voir tant de membres de l’Eglise prêcher contre les victimes de la haine judéophobe et de la violence islamiste, tout en cherchant à plaire à ceux qui prônent la persécution des chrétiens, la destruction de valeurs occidentales et chrétiennes et le génocide des Juifs… Il est horrible que l’Eglise fournisse une plateforme pour la diffusion de mensonges sur Israël et pour un sectarisme théologique ancien à l’égard des Juifs… Et il est horrible qu’elle compte en son sein des gens qui sont violemment hostiles non seulement à Israël mais aussi à quiconque le soutient.

Compte tenu de l’opinion répandue - et non moins odieuse -, selon laquelle les Juifs britanniques qui soutiennent Israël sont coupables de « double allégeance », il semble que l’Eglise dîne vraiment avec le diable et soit en train de préparer la scène pour une répétition d’une ancienne tragédie.

 

Melanie Phillips


© The Spectator

 

Mis en ligne le 11 mars 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org