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La fausse équidistance et l’irrelevance de la politique moyen-orientale de l’Europe, J. P. Pereira
08/03/2009

"Le mérite du texte est de permettre de comprendre pourquoi la politique moyen-orientale de l’Europe est vouée à l’échec qu’on connaît. Il recèle une vision qui, se voulant "équidistante", légitime en fait la violence radicale palestinienne, et finit par condamner davantage Israël que la belligérance du Hamas, dont l’objectif de détruire l’État d’Israël n’est jamais pris en compte dans leur "équidistance" Donc rien d’original dans cet exercice d’"équidistance" très prisé dans l’Europe "communautaire" et qui constitue une des raisons pour lesquelles l’Union européenne, malgré le fait qu’elle est le principal donateur d’aide humanitaire de l’Autorité palestinienne, ne joue qu’un rôle périphérique dans le conflit palestinien et n’est reconnue par aucune des parties comme un protagoniste sérieux dans les négociations." (Philosémitisme).

08/03/09

Texte original en portugais: "A falsa equidistância e la irrelevância da poltica europeia no Médio Oriente", sur "Abrupto", le Blogue de l’auteur.


Traduction française par P., du Blogue Philosémitisme.


 

 
Plusieurs journaux ont fait paraître une tribune intitulée "L’Humanité en jeu à Gaza" *, signée par plusieurs personnalités. Parfois, seule la signature de Vaclav Havel figure, ce qui amène à penser qu’il en est le rédacteur. On n’est, hélas, que trop habitués à lire ce genre de prose. L’inquiétante nouveauté est que quelqu’un comme Vaclav Havel, qu’on a connu mieux inspiré, se prête à ce douteux exercice. La plume acérée, José Pacheco Pereira, historien et homme politique portugais, analyse dans un billet sans complaisance, que nous avons traduit, les méandres de cette pensée qui brille doublement: par son insignifiance et par sa méchanceté. Il a eu la bonne idée d’ajouter à son texte trois photos qui sont aussi éloquentes que la rhétorique de ces bien-pensants. D’après Le Point, José Pacheco Pereira est "un ’électron libre’ de la droite, dont le blog, ’Abrupto’, est l’un des plus lus au Portugal".

"Le Público a publié (2/1/2009) une tribune comme celles que les sénateurs internationaux rédigent régulièrement sur le Moyen-Orient. Le titre de celle-ci est menaçant "L’humanité est en jeu à Gaza" et porte la signature d’un groupe de personnalités hétéroclites, censées comme d’habitude représenter éclectiquement des "civilisations" distinctes et conférer ainsi au texte une touche d’universalité. Un coup d’œil à l’ensemble des "soussignés" nous met la puce à l’oreille sur ce qui nous attend en matière de politiquement correct: le tchèque Vaclav Havel, le Prince Hassan bin Tala, oncle de l’actuel roi de Jordanie, le théologien progressiste Hans Küng, le néo-zélandais Mike Moore, ancien directeur de l’Organisation mondiale du commerce, le philanthrope japonais Yohei Sasakawa, le prix Nobel de la paix Desmond Tutu et l’aristocrate Karel Schwarzenberg, actuel ministre des Affaires étrangères de la République tchèque. Cette dernière signature, celle d’un ministre du pays qui exerce actuellement la présidence de l’UE, donne au document l’air d’une déclaration officieuse (mais en fait inexistante) de la célèbre "la politique étrangère européenne".

Nous avons donc, comme il se doit, deux Européens de l’est, un roturier et un noble, un Allemand, un prince arabe, un évêque anglican africain, un Japonais et un représentant des antipodes. Ou vu sous un autre angle, un évêque, un philanthrope, un écrivain, un arabe modéré et un politicien en exercice. Ou sous un autre angle encore, un blanc, un arabe, un noir et un jaune. Ou encore, un chrétien catholique, un chrétien anglican, un musulman, un shintoïste, un agnostique, etc. etc. Ils représentent le monde tel que les multiculturalistes le conçoivent.

Le mérite du texte est de permettre de comprendre pourquoi la politique moyen-orientale de l’Europe est vouée à l’échec qu’on connaît. Il recèle une vision qui, se voulant "équidistante", légitime en fait la violence radicale palestinienne, et finit par condamner davantage Israël que la belligérance du Hamas, dont l’objectif de détruire l’État d’Israël n’est jamais pris en compte dans leur "équidistance". Donc rien d’original dans cet exercice d’"équidistance" très prisé dans l’Europe "communautaire" et qui constitue une des raisons pour lesquelles l’Union européenne, malgré le fait qu’elle est le principal donateur d’aide humanitaire de l’Autorité palestinienne, ne joue qu’un rôle périphérique dans le conflit palestinien et n’est reconnue par aucune des parties comme un protagoniste sérieux dans les négociations.

A l’inverse, les Etats-Unis, très peu "équidistants", et de l’autre côté, l’Iran, sont des acteurs-clé pour la compréhension du conflit. Ce qu’ils disent et font est pris au sérieux par les pays et les groupes en conflit. Si trêve, paix, Etat palestinien, il y a, c’est avec eux et grâce à eux. L’Europe qui, pour toutes sortes de raisons historiques, politiques et géopolitiques, devrait être un acteur-clé dans la résolution du conflit, est effectivement inexistante et se borne à proférer des déclarations de bonnes intentions comme le texte en question.

Le fait est que la nouvelle "langue de bois" des temps modernes est véhiculée par ce genre de textes, dans lesquels les rédacteurs, par omission de la vérité, ou de fausses suggestions ou par pur mensonge, prennent clairement parti, tout en jurant leurs grands dieux être au-dessus de la mêlée. Considérons cette phrase qu’Orwell aurait instantanément reconnue comme du double langage:

"L’impasse sécuritaire, dans laquelle sont engagés Israël et la direction palestinienne gazaouie, a conduit Israël à barrer la route à l’aide alimentaire, de sorte que 1,5 million de Gazaouis ont eu à faire face à des problèmes de vraie faim. Israël a, une fois de plus, privilégié la méthode musclée et s’est coupé des possibilités non violentes et créatives de résoudre le différend Israël-Palestine."

Or, la "direction palestinienne gazaouie", que les signataires refusent de nommer, c’est le Hamas qui s’est détaché du gouvernement du Président palestinien Abbas, pour instaurer illégalement une dictature fondamentaliste civile et militaire, parrainée par l’Iran, qui utilise la population civile comme bouclier dans son agression contre Israël, et s’attaque à tous les secteurs plus modérés de la société palestinienne.

L’objectif du Hamas est explicite: faire barrage à tout accord de paix avec Israël en militarisant l’ensemble du territoire. Il profite de toutes les opportunités que lui offre l’ouverture des frontières pour se réarmer et recevoir de l’aide extérieure. Il sacrifie le bien-être de milliers de civils palestiniens à ses objectifs de guerre. A l’intérieur du territoire, le Hamas contrôle toute l’aide humanitaire pour en faire bénéficier, en premier lieu, ses cadres et leurs familles, et ensuite pour procéder à l’encadrement et à l’endoctrinement fondamentaliste de la population.

Tout ceci est abondamment documenté et je n’ai pas le moindre doute que les signataires le savent. Et ils en savent même plus. Ils savent que le Hamas se sert des ambulances pour transporter ses hommes et ses armes, qu’il utilise des boucliers humains, qu’il stocke des armes dans les mosquées, les écoles et les hôpitaux. Ils savent que, dans les écoles qu’il gère, le Hamas enseigne aux enfants et aux jeunes adolescents l’idéologie fondamentaliste du martyre, et qu’il lance des attaques aveugles contre la population civile.

Les signataires savent pertinemment bien qu’Israël ne prend pas la population civile comme cible militaire, mais que, par contre, le Hamas ne fait pas de distinction entre militaires et civils juifs, et qu’il assassine tous ceux qu’il peut. Et les signataires en savent même davantage : ils savent que le Hamas viole tous les types de droits de l’homme, qu’il fusille les opposants soupçonnés d’être des sympathisants du Fatah de M. Abbas et ceux qu’il croit être des informateurs, supposés ou réels, d’Israël, qu’il empêche toute liberté d’expression, qu’il procède à des arrestations arbitraires, qu’il pratique la torture et qu’il a instauré la sharia et d’autres pratiques religieuses fondamentalistes.

Dans un tel contexte, la sécurité d’Israël peut-elle ne pas être "dure"? Certains de ces sénateurs connaissent-ils une politique "molle" qui mérite le nom de sécurité ? Quelle politique de sécurité "molle" serait possible face à des groupes comme le Hamas, dans le contexte du Moyen-Orient ? Et quelle solution de "protectorat" international au Moyen-Orient serait en mesure de garantir la sécurité d’Israël, sans être doté de troupes qui seraient prêtes à désarmer le Hamas et les groupes radicaux palestiniens, afin de bloquer l’infiltration iranienne au sein du Hamas et du Hezbollah, et mettre fin à l’existence des escadrons de la mort ? Avec quelle armée européenne ?

Il suffit de constater ce qui se passe au Liban. Les troupes internationales restent passives face au Hezbollah, en violation du mandat international qui leur a été octroyé dans le cadre d’une des "des possibilités non violentes et créatives pour résoudre le différend Israël-Palestine" qui plaît tant aux signataires du document. S’ils étaient Israéliens accepteraient-ils de baisser le niveau de leur sécurité face à ce type d’intervention "équidistante" qui cède aux rapports de force sur le terrain, permettant ainsi à la Syrie et à l’Iran de continuer à contrôler une partie du territoire libanais et à le transformer en une base de guerre civile au Liban et internationale contre Israël ?

Les conclusions de cette lettre sont d’une énorme hypocrisie. Oui, il est vrai qu’à "Gaza le sens élémentaire de la décence de l’humanité est en jeu", mais pour que cette assertion soit entièrement vraie, il aurait fallu aller plus loin encore : les signataires auraient dû exiger que la communauté internationale impose le rétablissement de la légalité sur le territoire, le désarmement du Hamas, le transfert du contrôle de Gaza au gouvernement légitime de l’Autorité palestinienne, et soutienne les efforts des Palestiniens modérés à parvenir à un accord avec Israël, tout en étant intransigeants sur la situation sécuritaire d’Israël. C’est seulement dans ce cadre qu’on a le droit de critiquer les excès israéliens, si excès israéliens il y a.

Ce n’est qu’alors que le "courage moral et de vision politique, pour que la Palestine puisse faire un bond en avant" serait possible. Or si l’expression " bond en avant" n’est pas une erreur de traduction, elle trahit un lapsus freudien des auteurs du texte, parce qu’un tel "bond" ne se produirait que dans un espace infiniment petit."

 
José Pacheco Pereira


* Pour la version française, on a le choix entre Le Quotidien de Nouakchott et La Libre Belgique !
 


© Philosémitisme

 

Mis en ligne le 8 mars 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org