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Shoah

De Malines-Boortmeerbeek à Auschwitz: le silence du gouvernement belge...
13/03/2009

"Au silence du Gouvernement et du Sénat, l’APMS, Association Pour la Mémoire de la Shoah, oppose, face au Palais Royal, des cercles de silence où sont exposées les photos des déportés du 20ème convoi, partis de Malines vers les camps de la mort... (M. Zalc).

13/03/09

« ...En effet, plus de soixante années après les faits, le silence et l’absence de communication du Sénat en dit long sur sa volonté de ne pas mettre en lumière la responsabilité clairement définie des uns et des autres établie dans le Rapport du CEGES, intitulé "La Belgique Docile", durant les années d’occupation et cela, qu’il s’agisse d’organisations hiérarchisées, de chaînes de décisions administratives, ou d’individus notoirement fichés collabos. Cette vérité réduite aujourd’hui au silence, nous parle ou cela nous fait mal et n’est certes pas porteuse d’espérance, la mise en débat de ce passé toujours présent n’est-il pas un devoir moral de l’état, cet état qui n’a pas le courage de dénoncer la culpabilité des responsables de la tenue du registre des Juifs dans les communes, des rafles organisées par sa police, de la distribution des étoiles jaunes et de la mise sous séquestre des biens spoliés à la communauté juive du pays. Le bruit de ces silences sont lourds de sens pour les victimes et rescapés de la Shoah en Belgique, sans lieu de résonnance, ces bruits finiront par être perçus comme un signe de renoncement et d’oubli qui équivaudrait à l’effacement de la faute. Bien plus que les excuses et regrets énoncés ça et là d’une manière restreinte, la Belgique et les élus de la nation doivent susciter le débat et reconnaître d’une façon claire et qui fasse sens, les actes de collaboration comme les siens et d’en endosser avec courage toute" la responsabilité qui lui incombe. » (M. Zalc).

Source : Agence Diasporique d’Information.

Des larmes de pluie ruissellent sur les visages des déportés qui regardent notre cercle de silence. Quelque 40 personnes se sont réunies en silence ce dimanche matin 8 mars, à l’appel de l’Association pour la Mémoire de la Shoa, devant les 1400 photos de déportés du XXème convoi exposées devant le Palais Royal de Bruxelles.

Une dame se propose pour parler aux passants et leur distribuer des notes explicatives. Elle a un moment d’hésitation: "Mais je ne suis pas juive...".

L’immobilité silencieuse incite à la réflexion.  Ils sont là, à quelques mètres de nous. Leurs regards sont souvent droits, directs, comme il convient pour une photo d’identité. Les regards se croisent, longuement, sans que l’un ou l’autre se détourne après quelques secondes,  comme il est d’usage entre vrais vivants.  Ils pleurent bien sûr, ils bougent sous la pluie et le vent qui leur donne une présence troublante.  Qui étaient-ils? D’où venaient-ils, ces étrangers, souvent sans papiers accueillis en Belgique par la Police des étrangers et qu’aucun militant pour la régularisation des sans papier n’est venu saluer aujourd’hui?

Des passants questionnent agressivement: "Ce sont les photos des enfants assassinés par les Israéliens à Gaza? Non, sans doute: ici  il y a peu de photos d’enfants".

D’autres passants: "C’est pour Amnesty?". Tiens, à propos, où sont les militants de droits de l’homme et contre la torture?

Un homme habillé de blanc, coiffé des plusieurs chapeaux, est venu traînant un cabas d’où il sort une antenne télescopique des plus de 4 mètres. Il y fait flotter les drapeaux belges et israéliens. Un peu plus tard, il rompt le silence pour déclamer: "Je crois qu’ils auraient été fiers de voir le drapeau israélien" et " 13 des miens sont parmi eux, réduits en cendres". Dimanche passé ce même homme s’était fait fermement chasser par les participants aux cercles de silence. Il avait noué autour de sont mat le drapeau israélien et le drapeau palestinien embrassés. Les nerfs sont à vif. La vue du drapeau palestinien est insupportable à la majorité des participants. Et pourtant, les déportés n’auraient-ils pas été fiers de voir un Etat d"Israël voisin d’un Etat de Palestine pacifique et démocratique? Et puis il y avait les autres, ceux qui étaient animés par des idéaux révolutionnaires, les communistes, les bundistes. Personne ne rappelle leur souvenir, pour hisser un drapeau rouge. L’UPJB, qui aurait pu le faire, est absente de cette commémoration. Comme les autres associations juives. Comme le grand rabbin. Pourquoi? Font-ils passer leurs conflits actuels, leurs concurrences en priorité avant le devoir de mémoire? Cette mémoire est-elle si douloureuse qu’elle les empêche de sortir publiquement pour l’honorer, dans le calme et le recueillement?

Une journaliste de Belga photographie les têtes silencieuses de 2009, en ligne avec les images silencieuses de 1942. Quel journal les reprendra ?

Le ciel se dégage un peu. Les visages sèchent. Des scouts catholiques réunis dans le Parc de Bruxelles jouent en courant. Le cercle de silence occupe toute la largeur du trottoir. Les scouts le contournent sans chercher à comprendre ce que ces gens font là. L’un  d’entre eux insulte un autre de type africain: "Sale noir, cours, tu ne m’attraperas pas !". Silence. Le souvenir des "Sales Juif!" des pleines de récréation des écoles d’après guerre traverse le cercle.

La dame qui explique l’action est efficace et souriante. Elle est bien accueillie. Plusieurs passants se joignent au cercle quelques minutes. Parmi eux, Yves de Jonghe d’Ardoye, l’ancien bourgmestre d’Ixelles venus spécialement. Ce sera le seul responsable politique apparu ce dimanche. Les politiques viennent d’organiser rapidement deux commissions d’enquête parlementaire. Quand Olivier Maingain, après avoir lu les travaux de Steinberg, avait demandé une telle commission sur "Les responsabilités éventuelles de l’Etat belge dans la déportation des Juifs de Belgique", il s’était heurté à une large opposition sur le thème : faisons plutôt une nouvelle étude historique. Cinq ans plus tard le CEGES déposait son rapport accablant qui confirmait Steinberg. Depuis les parlementaires ne parlent plus de ce sujet.

Des passants israéliens maintenant, surpris de voir flotter leur drapeau ici. Ils interrogent une participante du cercle qui leur explique l’action en  hébreu. Ils passent leur chemin.

Une heure debout, sans parler, mains dans les mains de ses voisins, c’est long. Les regards se tournent vers les visages, encore. Une gamine d’environ 13 ans. Et un type maigre, à chapeau mou et petites lunettes rondes. Image de l’immigré. Il n’a pu embarquer à Anvers pour les Etats-Unis. Il est resté à quai. Il a milité un yiddish dans un cercle révolutionnaire. Il a été amoureux, s’est marié à la synagogue loin de ses parents restés en Pologne. Où est sa femme? Et son bébé de 7 mois?.... A ses côté un Juif religieux, avec sa grande barbe. A ses côtés une femme fatiguée, l’air fâchée. A ses côtés une autre a posé de trois-quart devant le photographe, bien habillée, coiffée d’un chapeau à fleurs et à plume, comme en fabriquaient mes grands-parents. A ses côtés, à ses côtés... Simplement des images, des visages sans nom, sans lieu et date de naissance, sans lieu et date de mort. Une exposition construite à l’opposé de la tradition juive qui enjoint de se souvenir des noms, de les écrire, sous peine que les morts ne meurent à nouveau si on les oublie, un par un, nom par nom.

Maintenant le temps est franchement printanier. Sous quelques rayons de soleil les visages ont plus chaud. Dire qu’ils passent leurs nuits ici. Sous la pluie et dans le froid. Dans l’indifférence des passants et des hauts responsables politiques qui parcours ces lieux. Une heure a passé. Des personnes de plus de 70 ans sont restées une heure debout. Elles commentent l’absence des écoles, des mouvements de jeunesse, y compris des écoles et des mouvements de jeunesse juive.

Pour l’AMS, j’explique que le cercle de ce dimanche était conçu comme une garde, comme une permanence, comme une obligation de présence. Je dis qu’il faudrait être plus nombreux dimanche prochain, le 15 mars, probablement le dernier jour de la présence des rescapés à cet endroit, avant qu’ils ne soient remballés et déplacés. Uns dame s’engage à mobiliser les écoles où elle travaille. Une autre promet d’envoyer des mails d’invitation à ses amies, un troisième de parler aux responsable de son association communautaire juive. On évoque les trois héros du XXème convoi: Georges Livschitz, Jean Franklemon et Robert Maistriau, ces 3 jeunes qui ont arrêté le train mini de simples lampes tempête, en désobéissant aux ordres de la résistance qui avait interdit l’action. L’absence de leur effigie au centre de cette exposition est également incompréhensible. Où les organisateurs avaient-ils la tête? Ingratitude? Incompétence? je n’ose y croire. Mais alors pourquoi?

Un petit groupe traverse la place pour se diriger vers le musée Belvue, où des méchants papiers accrochés à la hâte sous les photos suite à nos articles critiquant l’absence d’explications de cette expo, annoncent que l’on trouve des explications. En fait rien, ou presque. Aucun accueil spécifique, le guichetier est toujours aussi étonné qu’on l’interroge au sujet des déportés, quelques anciennes brochures principalement en néerlandais et une absence surprenante en ce lieu où l’on respire la Belgique officielle: l’absence  du rapport commandé par le Sénat sur les responsabilités de l’Etat dans le génocide intitulé "La Belgique docile".

L’après-midi, à la foire du livre, Luc Pire nous expliquera qu’aucune diffusion spécifique n’a été mise en place pour la vente de ce livre, dont il est agréablement surpris qu’il se soit déjà vendu à plus de 1000 exemplaires. Pour une recherche scientifique de 1546 pages,bourrée de détails et de chiffres, c’est un beau succès. Dans la foulée de ce succès, il a passé un contrat avec le CEGES afin qu’un nouvel ouvrage résume pour le grand public les faits établis par la recherche: l’Etat belge a collaboré au génocide nazi et a évité, après-guerre, de juger les coupables. Publication prévue dans un an.

Prochain cercle de silence: dimanche 15 mars à 11 heures, devant l’exposition des photos, le long des grilles du parc de Bruxelles, Place royale.

Organisation et Information :  0477 33 52 83

Contact presse : 0475 447576


© Agence Diasporique d’Information

 


Mis en ligne le 13 mars 2009, par
M. Macina, sur le site upjf.org