Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Non attribué

Durban: Madame Fourest se fout du monde, Alain Rubin
18/03/2009

"Le Blogue ’Vu de Jérusalem’ reproduit l’article d’Alain Rubin paru sur l’excellent site Riposte Laïque [*]. Extrait : « Madame Fourest se fout du monde. J’imagine que pour être si affirmative, elle doit régulièrement prendre ses petits déjeuners avec les chefs de la nomenklatura bruxelloise». Effectivement, son statut de prof à Sciences Po et de chroniqueuse du "Monde" ne place pas Mme Fourest en bonne position pour critiquer l’islamisation de la France et de l’Europe... Et elle nous explique doctement que «Ce n’est pas par racisme que Israël a commis des crimes de guerre!». De quels crimes de guerre parle-t-elle? On voit que le discours de Soeur Fourest n’est finalement pas tellement différent de celui de Frère Tariq... Plus généralement, son attitude participe de cette tendance commune à beaucoup d’intellectuels en France, qui renvoient toujours dos à dos les protagonistes du conflit israélo-arabe, ou qui veulent toujours donner des gages ’d’objectivité’, au prix d’entorses à la vérité... Caroline Fourest condamne le Hamas, mais aussi les soi-disant «crimes de guerre» israéliens. Tout comme Frédéric Encel qui, pour mieux attaquer le Hamas, loue le «courageux président Mahmoud Abbas»... Le statut d’intellectuel médiatique en France vaut bien quelques mensonges!" [V. de J.].

[*] Voir Riposte Laïque

17/03/2009

Source : Blogue Vu de Jérusalem

Des amis viennent de me faire parvenir un texte de Madame Fourest, paru dans Le Monde du 14 mars. Elle s’y emploie à nous expliquer qu’il ne faut surtout pas boycotter le cirque de Durban2. L’Union européenne veille, nous écrit-elle.

Nous ne serions pas menacés par une véritable tentative, d’envergure internationale, de l’islamisme, visant à donner le pouvoir à la charia et à ses hommes de mains, ses polices en religion, dans tous les pays, au moyen des processus onusiens.

Il n’y aurait pas vraiment à être préoccupé, si l’on en croit Madame Fourest. Rien de grave en vérité, rien en tout cas, au point de boycotter Durban 2, et rien justifiant de contre-attaquer en refusant de cautionner la prétendue lutte contre le racisme mettant un signe égal entre racisme et opposition à la charia.

Non, à en croire Madame Fourest, on aurait seulement à redouter quelques dérives, pas vraiment alarmantes, face auxquelles notre vaillante Union européenne nous promet de faire obstacle, avec la pugnacité coutumière qu’on lui connaît.

On n’avait jamais remarqué, jusqu’à ce jour, que le nomenkatura bruxelloise menait un combat acharné pour préserver nos libertés, et défendre le modèle laïque français, et la séparation du religieux et du politique. Mais peut-être que la bureaucratie libre-échangiste a changé. Peut-être que les farouches défenseurs du marché libre et la concurrence « non faussée », qu’elle héberge, vont devenir, à Genève pour Durban 2, des chevaliers Bayard de la défense des libertés assises sur la laïcité de l’état, sur la liberté de conscience et d’expression, sur le droit de croyance religieuse et d’athéisme, y compris le droit de libre et publique analyse des actes et des convictions de tous les prophètes, même celui de l’islam. Peut-être que l’eau insipide qui orchestre le démantèlement des services publics va devenir un vin grand cru de la résistance laïque ! ô miracle !

Pas de quoi s’inquiéter donc. L’union européenne va défendre nos libertés, à Durban 2.

Tout va très bien madame la marquise…

« Le texte - nous explique Madame Fourest - insiste sur la traite négrière transatlantique dans l’espoir d’obtenir des réparations financières, au risque d’esquiver les responsabilités des négriers noirs ou arabes ».

La complaisance capitularde est telle, dans l’affaire, que l’on veut nous faire chercher des mobiles financiers comme justificatif d’un diktat incroyable, que l’on a déjà observé avec la loi Taubira.

On nous parle, à Durban 2, d’un risque quand il s’agit, par exemple, d’un interdit absolu de parler et dénoncer l’esclavage au quotidien en Mauritanie, pays où la loi de 1981 signifie que les Africains sortis de l’esclavage doivent se racheter jusqu’à la fin de leurs jours.

Rappelons-nous encore, pour comprendre ce que peut signifier ce risque dont nous parle Madame Fourest. Pour avoir écrit « les traites négrières » et pas la traite négrière (atlantique), un universitaire français subira une violente campagne de dénigrement, sera menacé de procès. Une chasse à l’homme, véritable lynchage intellectuel, se déploiera pendant des mois.

Olivier Pétré Grenouilleau, puisqu’il s’agissait de lui, a été décrit comme un ignoble apologiste de ce crime contre l’humanité : la traite négrière atlantique ; on l’a traité de délinquant parce qu’il avait osé essayer de traiter de l’ensemble de la traite qui, vers les Amériques, l’Afrique du nord, l’Arabie, la Perse, l’Asie jusqu’en Indonésie, et même jusqu’en Chine - pendant deux siècles pour la traite occidentale et treize siècles pour la traite orientale -, s’est approprié les forces vives de millions d’Africains.

Il avait eu l’inconvenance d’écrire à propos de la traite dans son ensemble. Il avait osé montrer que la traite orientale était chronologiquement la première et la dernière, et qu’elle fut la plus importante, tant en volume qu’en durée ; il avait aussi étudié la traite atlantique, qui lui avait succédé et avait cessé avant que les puissances européennes s’emparent de l’Afrique.

Ce faisant, Pétré Grenouilleau n’innovait pas ; il poursuivait dans la voie tracée par les travaux de l’équipe de chercheurs africains, réunie autour de Claude Meillassoux dans les années soixante (voir notamment l’ouvrage « L’esclavage en Afrique pré-coloniale », Bibliothèque d’anthropologie- édition François Maspero, 1975, 580 pages).

S’il s’était agi d’une affaire d’indemnisation, comme veut nous faire croire Madame Fourest, on en aurait déjà entendu parler à l’occasion de la censure légale que le député guyanais prétendait instaurer.

Meillassoux et son équipe montraient, avant 1968 et pendant les années 70, que la colonisation fera la guerre aux négriers autochtones après avoir pactisé avec ceux d’entre eux qui favorisaient la puissance coloniale, et que c’est parmi les esclaves émancipés par la puissance coloniale que se recruteront les soldats dévoués et combatifs des troupes africaines (tirailleurs, méharistes, etc.).

Autre grossier personnage, mais le député de Guyane ne peut plus rien contre lui, car il est mort. Il s’agit de Joseph Kessel. En 1931, Kessel fit un voyage africain et un retentissant reportage, paru dans le quotidien populaire « L’intransigeant ». Kessel montrait à ses lecteurs des cohortes de malheureux africains, femmes, hommes, enfants, se rendant à pied à travers le désert jusqu’aux ports négriers de la Mer Rouge. Les marchés aux esclaves et les lieux d’usage, voraces en chairs humaines privées de tout droit, c’était principalement la patrie de l’islam wahhabite, l’Arabie saoudite; c’était encore le Soudan, mais aussi la Perse, ainsi que le Bengale, où un dignitaire féodal musulman possédait encore, en propriété personnelle, plusieurs milliers d’Africains.

Avec Durban 2, rappeler ces faits historiques deviendrait irrespect, ce serait du racisme. Il faudrait détruire les collections de « L’intransigeant ». Kessel devrait être mis au pilon.

Donnons la parole à notre égérie du féminisme à fleuret moucheté.

Pour elle, le texte qui devrait être voté par Durban2 « insiste sur la traite transatlantique ». Insiste seulement, ou ne connaît que cette traite ? Mais, rassurons-nous, « l’Union européenne aura raison de briser le consensus » en venant dans la cage aux fauves. L’Union européenne, mes amis, ça, c’est un dompteur doté d’un regard si puissant et tellement magnétique, que les fanatismes tomberont, désarçonnés.

Pour faire bonne mesure, notre nouvelle Jeanne [d’Arc], qui veut bouter [?] les anti-laïques par la participation à leur carnaval armé, n’oublie pas l’autre bout de l’offensive.

Il y a, bien sûr, la mise en cause de l’existence d’Israël, qui devrait être [mise en] accusation par le forum onusien. Que nous dit-elle à ce propos ?

Lisons : « (…) comme si la mort de civils palestiniens relevait du racisme et non de crimes de guerre dus à un conflit territorial (…) ».

Voyez la bonne âme impartiale. Voyez comme elle nous invite à résister pour barrer la route aux comparses et aux alliés du Jihad international (Hamas, Hezbollah, gouvernement iranien, talibans, Al Qaïda, etc.), grâce à l’action des fonctionnaires de l’Union européenne qui méritent toute notre confiance.

Vous aurez aussi noté que, pour Madame Fourest, à Gaza, l’affaire est entendue : "Ce n’est pas par racisme qu’Israël a commis des crimes de guerre". Merci pour lui.

Je m’interroge, elle est pourtant informée, Madame Fourest ; n’aurait-elle pas encore pris connaissance de l’appel public lancé par la Palestinienne Nonnie Darwich ?

Mais peut-être qu’elle se demande toujours : Quel est intérêt de ce vibrant appel contre le Hamas et contre tous ceux qui ont fait des Palestiniens, de génération en génération, des réfugiés à vie, pour toujours destinés à reconquérir [lire: "recourir" ?] au statut de chair à ceinture explosive, pour reconquérir le petit bout du « Dar el islam », qui fut le pays de la nation juive et dont celle-ci a recouvré une portion qu’elle habite avec une partie des Palestiniens devenus Arabes israéliens ; Arabes israéliens élisant des députés, certains appelant à détruire Israël ; Arabes israéliens pouvant manifester librement contre la « naqba » ; Arabes israéliens, dont la langue est co-langue nationale avec l’hébreu de la majorité juive.

Non, pour ne pas choquer les fauves que l’on va lâcher dans l’arène de Durban 2, ou parce qu’elle le pense, Madame Fourest ne veut pas écouter ces médecins palestiniens de Gaza, qui disent qu’il faut diviser par deux le nombre de victimes du dernier conflit, et que deux tiers d’entre elles (4 à 500) sont des combattants, des jeunes gens réquisitionnés par le Hamas pour aller se faire tuer en s’installant au milieu de civils, le plus souvent non consentants, pour tirailler sur les soldats israéliens. Cela, ces propos de Palestiniens qui savent ce qu’il en coûte de ne pas approuver le Hamas, mademoiselle Fourest ne veut pas en entendre parler, son propos le prouve. Elle a fait un choix ; elle ne veut pas en tenir compte de ces paroles de Palestiniens, ils démentent le Hamas et ceux qui préparent Durban 2.

Pour elle, certes, Israël n’a pas tué par racisme, mais il a tué illégitimement ; ce sont des crimes de guerre.

Au fait, ai-je mal lu ? Elle ne propose pas d’exiger de Durban 2 qu’il dénonce le dictateur soudanais et les milices Jenjawid ? Pourquoi ? Parce que 200 à 400 mille personnes africaines noires, pillées et massacrées, ce n’est rien ? Non, semble-t-il, ce n’est rien parce que ce n’est pas Israël qui a commis ces massacres à répétition, alors pourquoi en parler ?

Rassurons-nous : « L’union européenne a bien compris et ne cédera rien là-dessus. (…) il ne s’agit pas de déserter la lutte contre le racisme (…) mépriser la négociation ne permettrait pas d’expliquer ».

Madame Fourest se fout du monde. J’imagine que pour être si affirmative, elle doit régulièrement prendre ses petits déjeuners avec les chefs de la nomenklatura bruxelloise.

On devrait accepter de se réunir et débattre, comme si on causait des étapes du prochain tour de France, avec des forces qui exigent de décréter raciste la liberté de parole, pour lutter contre le « racisme » ? En participant à ces jeux du cirque, dont les organisateurs [ainsi que] les talibans et autres suicidaires à la ceinture explosive voudraient jeter aux lions les libertés fondamentales et leur utilisation, que peut-on espérer ?

Que peut-on espérer de la participation à Durban 2 et négocier à la façon de l’Union européenne, sinon jouer les Bourgeois de Calais des libertés fondamentales constitutives de la Démocratie politique, sinon devenir, malgré nous, les bourreaux de la laïcité ?

Alain Rubin

© Riposte Laïque

Pétition contre Durban II.

Lire également : Malka Marcovich, "Se retirer ou non de Durban 2 ?".


Mis en ligne le 17 mars 2009, par
M. Macina, sur le site upjf.org