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Israël (lynchage médiatique)

Bôle-Richard en goguette [Ce que le correspondant du "Monde" ne vous dit pas], P. Lefebvre
20/03/2009

La plume toujours aussi alerte, l’œil inlassablement aiguisé, et le carquois rempli de traits ironiques, la verve de notre ami Pierre Lefebvre, président de Primo ne tarit jamais. En le lisant, on a l’impression qu’il n’a qu’à se baisser pour ramasser les faits ridicules ou odieux qu’il rapporte, pour notre instruction. Mais c’est une erreur. Ses billets percutants sont le fruit d’une connaissance des lois et des coutumes du pays, et d’une collecte soigneuse d’observations et d’analyses, métal brut que son expertise affûte avec art jusqu’à en faire des flèches acérées qui se ficheront là où cela fait le plus mal, et entre autres dans les fesses de Bôle-Richard. Merci, Pierre, pour ce billet éclairant qui ré-informe et déconstruit tranquillement les pires calomnies. On a envie de vous dire, comme les gourmands : Encore ! Encore ! (Menahem Macina).

20/03/09

 

Il est possible que Michel Bôle-Richard, correspondant du Monde en Israël, sorte de temps en temps de l’axe Tel-Aviv-Jérusalem.

Mais lorsqu’il organise une expédition dans la capitale éternelle des Juifs - ce qui lui demande environ 35 minutes, embouteillages compris -, il ne fait pas le voyage pour rien.

Quitter Tel-Aviv, ses bars branchés, sa vie nocturne, doit lui être un crève-cœur. Comme pour d’autres qui vont solliciter le suffrage universel hors de leur région d’origine.

Les parachutages ne sont agréables ni pour les électeurs, ni pour les candidats.

Pour en revenir à Bôle-Richard, il s’est levé un matin en se demandant ce qu’il allait bien pouvoir sortir pour dénoncer la politique expansionniste d’Israël.

Ce travail est harassant. Il faut chaque jour se creuser les méninges. Magnésium, cocktails vitaminiques et oligo-éléments sont les accessoires indispensables à tout correspondant des médias français au Moyen-Orient.

Cela représente du monde puisque le petit pays d’Israël accueille à lui seul 800 fois plus de correspondants de presse que l’ensemble du continent africain.

Rappelons qu’Israël est juste un peu moins grand que la Bretagne.

 

C’est dire s’il y a du travail !


Dans un quartier de Jérusalem, les habitants se mobilisent pour sauver leurs maisons, dont « certaines datent d’avant l’occupation de 1967 », affirme le reportage de Bôle-Richard.

Comme on peut le voir sur les photos qui suivent, les maisons ont l’air bien conservées et remarquablement entretenues. Mais datent-elles vraiment d’avant 1967 ? La question reste posée.


A la sortie de la cité du Roi David, le quartier arabe

Vu d’un peu plus haut, sur le promontoire de la Cité de David, le quartier est semblable à une décharge, les détritus encombrent la vue de ce quartier, qui pourrait être magnifique.

Mais les habitants arabes, qui bénéficient de la voirie israélienne, préfèrent jeter leurs ordures devant les touristes.

A y regarder d’un peu plus près, peu de maisons semblent terminées.

Un correspondant permanent un peu distrait pourrait mettre cela sur le compte de « l’occupation », voire du niveau de la « ségrégation » imposée par le « gouvernement israélien fasciste ». Ils ne sont pas beaucoup à se priver de ce raccourci mensonger.

La vérité est malheureusement plus prosaïque. La loi israélienne dispense les habitants, israéliens et arabes, qui construisent, de taxe d’habitation et de taxe foncière, tant que les maisons ne sont pas entièrement achevées.

La solution pour ne pas payer ces impôts qui permettent, entre autres, l’entretien de la voirie et l’adduction d’eau, consiste donc à construire une maison et à en interrompre les travaux, juste avant les finitions.

C’est ainsi que certains habitants de Jérusalem-Est et d’ailleurs bénéficient des services d’Israël sans verser aucune contrepartie financière. Une « résistance passive », en quelque sorte, mais fort avantageuse pour le porte-monnaie.

Nous mettons ici au défi Bôle-Richard de nous prouver le contraire.

Puis, le correspondant du Monde, à l’appui de ses dires, reparle de la Cité de David et dénonce, narquois, les intenses fouilles archéologiques qui y sont menées « pour retrouver les traces de l’ancien royaume et démontrer que cette terre est bien juive ».

Ces petites phrases du correspondant permanent sont sa marque de fabrique, le petit « gimmick » qui permet de le reconnaître. Hitchcock apparaissait dans ses films de manière tout à fait imprévue. Bôle-Richard y va à chaque fois de son petit couplet révisionniste.


A quoi peut tenir la réputation d’un journaliste !

Bôle raconte ce panneau géant installé par les habitants de ce quartier : "Pas de site touristique sur les ruines des maisons de 1 500 habitants", alors que le correspondant du Monde parle de 88 maisons menacées, ce qui fait 17,04 habitants par maison.

Ceux qui travaillent dans la Cité de David, ouvriers et archéologues israéliens et arabes, disent avec un sourire que le chiffre est un petit peu exagéré. Même les Arabes israéliens parlent ouvertement de propagande palestinienne.

Il faut y ajouter un fait que ne s’empresse pas de dévoiler Bôle-Richard. 70 % des constructions de ce quartier ont été réalisées sans permis de construire ni autorisation préalable de travaux.

Face à Jérusalem-Est, dans le quartier arabe, vous voyez fleurir des projets immobiliers sans aucune concertation, sans plan de cohésion urbaine, et surtout sans aucune autorisation légale.

N’importe quel maire un peu soucieux de la vie quotidienne de ses habitants, en France, s’arracherait les cheveux et ferait intervenir les forces de l’ordre dans les 48 h.


C’est impossible en Israël

Dans le Néguev, les Bédouins transforment leurs tentes en maison en dur sans aucun acte de propriété (ils sont théoriquement nomades !) et ont ainsi réalisé des villages entiers sans aucun plan d’occupation des sols.

Par contre, pour les habitants israéliens des villages environnants, dont plusieurs travaillent bénévolement et quotidiennement au service de ces mêmes Bédouins pour les soins, l’éducation, la formation, les contraintes administratives sont draconiennes.

Une petite visite à Néot Hakikar pourrait avantageusement renseigner Bôle-Richard à ce propos. Mais c’est si loin de Tel Aviv.

Un Israélien, qui n’était pas présent lors de l’équipée de Bôle-richard nous disait : « Si je construis même un petit mur pour mon barbecue, sans autorisation, j’ai un procès, une amende et on me le détruit. Sitôt que ce sont des citoyens arabes, le gouvernement est tétanisé et n’ose rien dire ».

La municipalité de Jérusalem, dans un souci d’apaisement, a précisé que seules les maisons construites après 1992 étaient concernées par les démolitions. C’est-à-dire qu’on laissera debout les maisons construites entre 1967 et 1992, à savoir, la grande majorité.


Un toit, c’est la vie

Perdre une maison, la voir s’écrouler sous les coups des bulldozers est un immense traumatisme, il faut en convenir. Des années d’efforts réduits à néant en quelques jours, ce doit être une grande douleur.

Et il faut la partager. La majorité des Israéliens ne voient pas ces destructions d’un oeil favorable, car ils savent ce que signifie ce déracinement. En France, les expropriations pour cause de grands travaux sont toujours un arrachement pour une famille.

Et l’on sait également le drame vécu par des familles juives qui ont tout perdu durant la guerre, au bénéfice de la Caisse des Dépôts et Consignations.

Mais il y a des lois que même les citoyens israéliens d’origine arabe doivent respecter, comme dans n’importe quel pays qui se préoccupe plus d’harmoniser les politiques publiques que d’acheter des armes et de creuser des tunnels de contrebande.

Aussi, lorsque Bôle donne la parole à des idéologues religieux qui affirment, en parlant des Israéliens : "Ils veulent nous humilier, nous provoquer, voler notre terre, mais nous ne nous laisserons pas faire", il commet une erreur d’analyse, si ce n’est une forfaiture.

« Très impliqué à Jérusalem, le cheikh Raed Salah, dirigeant arabe israélien (il dirige la branche nord du Mouvement islamique), est venu dire sur place : "Notre position est claire : soit nous vivons sur notre terre, soit nous y serons enterrés." ».

La voilà, l’immensité du problème, et il faut rendre justice à Bôle-Richard de terminer là-dessus son article.

Arabes israéliens et Palestiniens peuvent construire où ils veulent puisque c’est leur terre.

Les Juifs y seront toujours, selon eux, des étrangers, des passants, car le mouvement islamique ne tolère pas la présence juive en terre musulmane.

Les signes de bonne entente pourraient être, de la part des Palestiniens, d’accepter la présence de Juifs dans leurs Territoires, de manière librement consentie et contre achat régulier de terres et de propriétés.

Pourquoi pas ? Afin d’envisager, dans quelques générations, un petit Marché Commun Moyen-Oriental… Mais cela n’est même pas envisageable. Selon l’idéologie islamique, ces terres doivent être « Judenrein » [purifiées de la présence juive].

Cet éclairage devrait être donné beaucoup plus souvent par ceux qui se font un devoir de nous informer.


Mais il faut vite rentrer à Tel Aviv

Ce soir, entre 17 et 19 h, y’a dégustation de Margaritas au « MovieIng », un des bistrots branchés de la ville qui ne dort jamais.

Et il paraît que les Margaritas du patron (1 achetée, 1 offerte) sont de première bourre. Bôle-Richard est un homme pressé.


Pierre Lefebvre

© Primo, 19 mars 2009

Photos Primo

Mis en ligne le 20 mars 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org