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Les Palestiniens qui ont aidé à la création d’Israël, Daniel Pipes
28/03/2009

Enfin, pour la première fois depuis des mois, une bonne traduction. Merci à celui qui en est l’artisan. (Menahem Macina).

28/03/09

Jerusalem Post, 26 mars 2009

Version originale anglaise: Palestinians Who Helped Create Israel

Adaptation française: François de Champvert

Reprise du site de Daniel Pipes

Les Palestiniens ont si bruyamment et pendant si longtemps (près d’un siècle) rejeté le sionisme, qu’il pourrait sembler que le mufti Haj Amin al-Husseini, Yasser Arafat et le Hamas ont toujours bénéficié de l’appui unanime des Palestiniens.

Mais ce n’est pas le cas : un sondage électoral conclut qu’une importante minorité de Palestiniens, environ 20 pour cent, est prête à vivre côte à côte avec l’Etat juif souverain. Bien que cette minorité n’ait jamais eu de représentants au gouvernement et que sa voix ait toujours été couverte par les fanfaronnades anti-sionistes, Hillel Cohen de l’université hébraïque de Jérusalem a dévoilé son rôle incroyablement capital dans l’histoire.

Cohen explore ce sujet dans la période antérieure à la création de l’Etat d’Israël, dans son livre « l’Armée des Ombres : collaboration palestinienne avec le sionisme, 1917-1948 » (traduit par Haim Watzman, édité par «University of California Press»). En outre les mêmes auteur, traducteur et maison d’édition, sont actuellement en train de préparer une suite sous le titre « Les bons Arabes : les agences de sécurité israéliennes et les Arabes israéliens, 1948-1967 », destiné à être publié en 2010.

Dans « L’armée des Ombres » Cohen montre les nombreux rôles que les Palestiniens enclins à coopérer ont joué pour le Yishuv, la communauté juive présente en Terre Sainte avant la naissance de l’Etat d’Israël. Ils ont fourni la main-d’œuvre, se sont lancés dans le commerce, ont vendu terres et armes, s’en sont remis à des ressources d’Etat, ont renseigné sur les forces de l’ennemi, ont fait courir des rumeurs et semé la discorde, ont convaincu d’autres Palestiniens de se rendre, ont combattu les ennemis du Yishuv et même ont opéré derrière les lignes ennemies. Si grande fut leur aide cumulative qu’on se demande si l’Etat d’Israël aurait pu naître sans leur contribution.

Le rejet absolu et inconditionnel du sionisme par le mufti avait pour but d’affermir l’unité de la population palestinienne, mais cela a eu l’effet inverse. L’égoïsme, l’extrémisme et la brutalité de la clique d’Husseini ont sapé la solidarité : en usant de propos venimeux et de tactiques meurtrières, déclarant la guerre (djihad) à quiconque désobéissait au mufti et considérant que plus de la moitié de la population palestinienne était composée de « traîtres », cela a poussé beaucoup d’indécis et des communautés entières (notamment les Druzes) à passer du côté sioniste.

En conséquence, Cohen écrit : « Au fil du temps, un nombre croissant d’Arabes ont voulu se détourner des anti-sionistes et offrir leur aide aux Britanniques et aux Sionistes ». Il définit la collaboration avec le sionisme comme étant « non seulement un trait commun, mais même un trait central de la société et de la politique palestiniennes ». Personne, avant Cohen, n’avait compris le passé historique de cette façon.

Il discerne un large éventail de motifs de la part des alliés palestiniens du Yishuv : avantages économiques, intérêts de classe ou de clans, ambitions nationalistes, peur ou haine de la clique d’Husseini, éthique personnelle, bon voisinage, ou amitiés individuelles. Contre ceux qui qualifieraient ces individus de « collaborateurs », ou même de « traîtres », Cohen fait valoir qu’ils avaient effectivement compris la situation de façon plus intelligente que ne la comprirent Husseini et les anti-sionistes : ceux qui furent enclins à coopérer – les modérés- ont réalisé, avec une sorte de prescience, que le projet sioniste était trop fort pour lui opposer une quelconque résistance, et que tenter de le faire conduirait à la destruction et à l’exil, et c’est pourquoi ils ont fait la paix avec ce projet.

En 1941, le dispositif des services de renseignements - l’Intelligence Service - avait développé des méthodes sophistiquées qui cherchaient à utiliser tous les contacts avec les Palestiniens afin de recueillir des informations. L’Armée des Ombres souligne que les avancées du développement social du Yishuv à ce moment-là, ce que Cohen définit comme « une exploration en profondeur par l’Intelligence Service de la société arabe palestinienne », a été un processus à sens unique : les Palestiniens n’ont pas eu les moyens de rendre la pareille et de pénétrer la vie juive.

Avec le développement d’une force militaire (la Haganah), d’une infrastructure économique moderne et d’un Etat démocratique, cette infiltration de la vie palestinienne est considérée comme un des éclatants succès du sionisme. Cela signifie que si les sionistes avaient pu s’unir et passer à l’offensive, la société palestinienne était, elle, préoccupée par des querelles internes et n’était pas en mesure de se mobiliser et de s’unir derrière une direction.

Cohen est modeste en ce qui concerne les implications de sa recherche, argumentant de façon explicite que l’aide palestinienne ne fut pas « la cause principale » de la défaite arabe en 1948-49.

Oui, je suis d’accord, mais il produit la preuve qui révèle le rôle crucial que cette aide a joué dans la réussite de l’entreprise sioniste au cours de la période à propos de laquelle il a écrit son premier volume.

Il est intéressant de noter qu’alors que cette aide aujourd’hui continue à être importante pour les Forces de défense israéliennes (de quelle autre manière les Forces israéliennes de défense auraient-elles pu déjouer les nombreux attentats terroristes en Cisjordanie ?), l’Etat d’Israël utilise bien d’autres ressources que celles employées par le Yishuv, rendant l’aide palestinienne beaucoup moins centrale aujourd’hui.

Cohen confirme également ce fait fondamental que les Palestiniens ne sont pas tous ennemis d’Israël. C’est ce que j’ai décrit récemment. Ceci donne des raisons d’espérer. En effet si les 20 pour cent de Palestiniens qui acceptent Israël s’élargissaient à 60 pour cent, le conflit israélo-arabe prendrait fin. Un tel changement venant du cœur – et non plus « de douloureuses concessions de la part d’Israël » - devrait être l’objectif de tous ceux qui se disent artisans de la paix.

© Daniel Pipes

 


Mis en ligne le 28 mars 2009, par
M. Macina, sur le site upjf.org