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Al-Dura ou comment informer sur la désinformation et sur la lutte contre la désinformation, G. Huber
28/03/2009

28 mars 2009

Récemment, dans la même semaine, trois journalistes on ne peut plus différents, ont évoqué l’« affaire » ou le « cas » « Al-Dura » pour préciser leurs analyses sur la désinformation en relation avec la guerre israélo-palestinienne.

Voici d’abord leurs textes :

1. Sur le blog de Charles Enderlin, en date du 23 mars 2009 :

« Voici l’article publié par Yizhar Beer dans "Le Septième Œil" l’organe de la presse israélienne. Beer dirige l’ONG israélienne Keshev. Il démonte la campagne montée par les autorités israéliennes dans l’affaire des tirs sur la maison du docteur Abou Eish à Gaza. Comment "on" a essayé d’y mêler l’affaire Al-Dura ».

2.  Dans le Communiqué du 26 mars 2009 qui fait suite au séminaire « Combattre la désinformation », organisé le 15 mars, par l’Association France-Israël :

« La partie théorique sur la communication et les médias comme armes de guerre était remarquablement présentée par Michel Gurfinkiel. Cette première partie se composait aussi de deux interventions qui illustraient la conférence de Michel Gurfinkiel, d’une part l’analyse du cas Al Dura par Philippe Karsenty, le courageux président de Media Ratings qui a réussi, grâce à sa persévérance, à détruire le mensonge… »

3.  Sur le site de La Paix Maintenant, l’introduction  de Gérard Eizenberg qui présente, le 29 mars 2009, l’article d’Amos Harel, "Gaza : Israël peut-il nier les récits de ses propres soldats ?", en ces termes :

« Un mois environ après la fin de l’opération à Gaza, encensée, magnifiée par les médias israéliens dans leur ensemble pour la conduite "morale" de l’armée, la vérité commence à sortir, de la bouche même des soldats. Cette fois, il ne s’agit plus de Palestiniens ni de médias étrangers « hostiles » qui, comme on le sait, ont lourdement tendance à « exagérer », voire à "inventer" (est-ce un hasard si "l’affaire A-Dura" ressort justement en ce moment ?), mais de soldats israéliens. Nous publierons prochainement ces témoignages. Voici, en premier lieu, [la traduction française de] l’article d’Amos Harel qui les annonçait mercredi dernier ».

[A ce propos], je voudrais faire les remarques suivantes :

1. Enderlin s’appuie sur la mise à jour que l’armée israélienne a donnée, en date du 4 février, au terme d’une enquête, et selon laquelle, « 24 heures après la publication de cet article, le porte-parole de l’armée a publié une annonce qui confirme qu’un obus tiré par un tank israélien a provoqué la mort des filles du médecin Abou Al Eich de Djabalia ». Mais, s’agissant du « cas Al-Dura », qu’il appelle « affaire », il s’est bien gardé et se garde bien encore aujourd’hui d’exiger une telle enquête. Pourtant, en tant que journaliste, il sait fort bien que, le 30 septembre 2000, à Netzarim, il ne disposait que d’images (il n’était pas sur place), sur lesquelles, d’ailleurs, les corps de l’enfant et de l’adulte ne présentaient ni trace de balles ni trace de sang. Il sait aussi que, depuis, le principal  témoin (et acteur), à savoir le caméraman, s’est rétracté. En réalité, Enderlin n’a pas croisé non plus sa version des faits avec les registres officiels de l’Autorité palestinienne, ni avec les articles de la presse écrite (que j’ai publiés, plus tard, dans « Contre-expertise d’une mise en scène »). Par la suite, il ne devait jamais citer le nom de ses supposés témoins de la mort de Mohammed Al-Dura, dans son livre, « Le Rêve Brisé ».

2.  L’Alliance France-Israël part du travail de Karsenty, qui a commencé en 2004, pour résumer le « Cas Al Dura » en occultant toutes les analyses faites en amont. C’est regrettable sur le plan de l’éthique, puisque l’Alliance, Gurfinkiel et Karsenty avaient été informés, dès la fin de l’année 2002, et la publication de mon livre, en janvier 2003, des résultats de la contre-expertise du reportage de France 2 que j’avais alors réalisée avec Metula News Agency. Mais, c’est aussi dommageable pour l’information, puisqu’en occultant mon travail, ils occultent aussi mon Appel à la constitution d’une Commission d’enquête internationale indépendante, impliquant l’Autorité palestinienne, Israël et la France sous le contrôle de l’Union Européenne et de l’ONU, seule capable d’établir la vérité de manière définitive. La véritable information ne dépend pas de l’issue d’une bataille judiciaire entre France 2 et Karsenty, mais de l’existence de cette commission (ainsi d’ailleurs que de celle que le CRIF et France 2 ont mise sur pied avec la LICRA).

3. La Paix Maintenant, qui part toujours de l’idée d’une culpabilité originaire d’Israël dans les faits qui lui sont reprochés, n’a jamais remis en doute la version d’Enderlin, a toujours refusé d’en discuter avec moi, et n’en a jamais parlé publiquement. Mais, aujourd’hui, dans le cadre de l’enquête sur les déclarations des soldats (Oranim), continuant de faire comme si l’énigme était résolue, elle s’empresse de voir, dans « L’Affaire Al-Dura », un écran qui serait brandi pour dissimuler les crimes que l’armée israélienne aurait récemment commis à Gaza. Ce qui lui permet aussi d’occulter mon Appel à la constitution d’une Commission d’enquête internationale.

D’où, ma conclusion : le refus obstiné des uns et des autres d’œuvrer à la mise en place de cette Commission leur permet de faire comme si la vérité avait été établie au sujet de ce qui s’est vraiment passé le 30 septembre 2000 à Netzarim, et d’instrumentaliser le « cas Al-Dura », au mieux des intérêts de leurs raisonnements respectifs. Ce n’est pas la vérité qu’ils recherchent, mais d’être confortés dans leurs certitudes. Tronquer une information, ne pas en citer les sources, et l’instrumentaliser, sont des pratiques de désinformation, quelles que soient, par ailleurs, les intentions et la bonne foi de ceux qui en sont les auteurs. La recherche de la vérité est toujours un travail de paix, désinformer est un travail de guerre. C’est pourquoi, le « cas Al-Dura », doit conserver son enjeu éthique.

Je persiste et signe ; il n’y a pas d’« affaire Al-Dura », il n’y a qu’une tentative sans fin de transformer le « cas Al-Dura » en « affaire Al-Dura ». Le cœur de vérité de la controverse actuelle au sujet de l’événement qui a été retransmis par le reportage de France 2, n’est pas judiciaire, mais éthique. 

 

© Gérard Huber

 

 

Mis en ligne le 28 mars 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org