Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Non attribué

Où sont les protestations arabes à propos du Darfour, Eran Tzidkiyahu
31/03/2009

30/03/09                                           

The Jerusalem Post du 17 mars 2009

Texte original : "Where is the Arab outrage over Darfur?"

Traduction française : Nicole Benattar, pour INFO’SION


Ces dernières années ont vu s’opérer une révolution médiatique dans le monde arabe, de sorte que, maintenant, les médias reflètent assez bien l’atmosphère de la rue arabe autant que le consensus des régimes arabes. Les critiques visant les crimes commis par "l’occupant sioniste" en Palestine sont largement rapportées, alors que les autres horreurs qui ont lieu dans la région reçoivent peu d’attention, surtout si elles sont le fait d’acteurs régionaux et non pas des Américains, des Européens, ou des Juifs. La condamnation d’Israël dans cette région ne correspond pas aux normes humanitaires habituelles, mais à des normes spécialement réservées au conflit israélo-palestinien.

Les critiques à l’encontre d’Israël, leur sévérité et leur volume, éclipsent la couverture de l’actuel conflit au Darfour, par exemple. Ce conflit a fait, au cours des dernières années, un quart de million de victimes et des millions de réfugiés. Le nettoyage ethnique qui s’y déroule est bien pire que toute autre crise régionale et ne peut être comparé au conflit israélo-palestinien, ni dans son essence ni dans son volume.

Le silence des médias arabes concernant l’aspect humanitaire du conflit au Darfour est renforcé par le fait que le Soudan est un membre actif de la Ligue Arabe.

En 2007, le Groupe International de Crise et l’université américaine du Caire tinrent un atelier sur la couverture médiatique de la crise au Darfour. Les participants, des journalistes confirmés et des universitaires du monde arabe, affirmèrent que les médias arabes ne consacraient pas assez d’attention à la crise au Darfour en comparaison des médias occidentaux et surtout en comparaison de l’attention consacrée aux autres conflits du Moyen Orient. Leur rapport affirmait qu’en raison d’un manque de ressources, mais aussi d’un manque d’intérêt, ainsi que du racisme, les aspects politiques de la crise du Darfour prenaient le pas sur les aspects humanitaires, la couverture de ces derniers étant superficielle et inexacte.

Les critiques d’Israël émanant de pays tels que le Soudan, l’Egypte, la Jordanie, la Turquie et la Syrie, sont empreints  d’hypocrisie, car tous ces pays oppriment leurs minorités et violent ouvertement les droits de l’homme.

Au Soudan, la milice tribale des Janjawid est soutenue par le président Omar el Bashir, lui-même accusé de génocide par le Tribunal International. En juillet 2008, immédiatement après sa mise en accusation par ce tribunal,  la Ligue Arabe, dont plusieurs membres accusent Israël de crimes de guerre, a publié une déclaration de soutien du président soudanais.  Néanmoins, certains, dans le monde arabe, ont approuvé la décision du Tribunal International et condamné la déclaration de la Ligue Arabe ; parmi eux figure Abd el Rahman el Rachid, directeur général de la télévision El Arabiya et ancien rédacteur en chef de Shark el Awsat.

Le monde arabe a gardé le silence,

·         en 1960, lorsque l’Egypte utilisa le gaz moutarde contre le Nord-Yémen ; 

·         en 1970, lorsque les Jordaniens tuèrent les Palestiniens ;

·         en 1980, lorsque la Syrie massacra des dizaines de milliers de ses propres citoyens qui soutenaient les Frères Musulmans ;

·         et, en 1990, lorsque Saddam Hussein assassinait les Kurdes et les Shiites en Irak.


Les minorités religieuses et ethniques subissent une discrimination  importante dans de nombreux pays du Moyen-Orient.

Depuis que le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a quitté l’estrade devant les caméras de télévision lors du Forum Economique de Davos,  la Turquie est devenue le porte-drapeau des anti-Israéliens. La Turquie accuse Israël de crimes de guerre tout en étant incapable d’affronter son rôle passé dans le génocide arménien, et elle fait pression sur les universitaires et les diplomates pour éviter tout débat sur le sujet. Aujourd’hui encore, la Turquie opprime, militairement et culturellement, la minorité kurde, en lui refusant le droit à l’autodétermination.

Selon Reporters Sans Frontières, le plus grand ennemi de la liberté de la presse dans les pays arabes est l’autocensure que les journalistes s’imposent sur les sujets sensibles. En raison de ces restrictions, ils reportent leurs critiques contre Israël, qui demeure le bouc émissaire et la cible de la rage des Arabes et des Musulmans contre tous les maux du monde. Les pays arabes auraient fort intérêt à examiner de l’intérieur leurs problèmes de société.

Ces exemples n’exemptent pas Israël de toute critique. Qu’il soit perçu comme un pays qui lutte pour son existence, ou comme un occupant agressif, la critique extérieure est un facteur d’équilibre nécessaire. Un dialogue est déjà en cours à l’intérieur du pays, et de nombreuses organisations profitent  de leur liberté pour critiquer durement l’Etat. Dans le même temps, des crimes de guerre commis par des pays voisins ne dispensent pas Tsahal d’enquêter sérieusement sur le nombre élevé de pertes civiles lors de l’opération de Gaza.

En tout état de cause, les médias de la région doivent rendre compte de façon proportionnelle, car une couverture biaisée du conflit est trompeuse, elle diabolise Israël et crée, dans la rue arabe, une haine virulente à l’égard d’Israël et des Juifs. Cette atmosphère rendra plus difficile aux régimes arabes modérés d’expliquer à leurs populations les initiatives de paix qu’ils soutiennent. Tandis que les médias arabes couvrent largement toute agression  occidentale ou israélienne contre des Arabes ou des musulmans, ils passent sous silence les agressions des Arabes et des musulmans contre d’autres Arabes, des musulmans ou des africains. Cet écart dans la couverture de presse indique que les Arabes exigent une plus grande moralité de la part d’Israël et de l’Occident que celle qu’ils exigent d’eux-mêmes.

La critique d’Israël doit être faite en veillant à la proportionnalité des intérêts politiques et internationaux. Les questions de moralité et de justice sont du ressort des philosophes ou de médias équilibrés, prêts à critiquer toutes les parties, sans préjugé et conformément aux normes humanitaires internationales.

 

Eran Tzidkiyahu


© The Jerusalem Post

 

Mis en ligne le 30 mars 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org