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Droits humains, racisme, antisémitisme, etc.
Antisémitisme

« Judéophobie à la grecque : le cas Plevris », Andréas Pantazopoulos
30/03/2009

Je suis très reconnaissant à Pierre-André Taguieff de confier à notre site la première diffusion de cet article inédit consacré au cas Plevris (1), rédigé, à sa demande, par son ami, Andréas Pantazopoulos (2), qu’il définit comme un « excellent connaisseur du système politique grec ». (Menahem Macina).

28/03/09

Les passions judéophobes sont bien connues et largement répandues en Grèce, où elles font en quelque sorte partie du paysage culturel. Elles y apparaissent comme un phénomène banal, au point de ne pas susciter d’indignation, ni de mouvements de protestations. Cette absence de réaction significative dans l’espace public s’observe face au déferlement des écrits antijuifs depuis plusieurs années : on réédite les Protocoles des Sages de Sion, on multiplie les pamphlets diabolisant Israël et "le sionisme".  Ces textes antijuifs donnent à croire que leurs auteurs et leurs promoteurs, propagandistes arrogants, disposent de la clé de l’Histoire, leur permettant de décrypter tous les maux qui nous entourent et de les réduire à leur cause unique : les Juifs. Ces passions antijuives ne sont pas confinées à une frange de population à la mentalité dite "arriérée", se caractérisant par ses préjugés antisémites traditionnels. Elles s’étendent à tous les niveaux de la société, impliquant notamment une partie de la classe politique, surtout celle située à l’extrême droite. Le reste du personnel politique fait preuve d’une indifférence patente lorsqu’une provocation antisémite éclate au grand jour. Les réactions sont très rares, et elles proviennent de très petits groupes (situés plutôt à gauche), d’associations  marginales luttant pour les droits de l’homme.

L’acquittement de l’avocat Constantin Plevris, le vendredi 27 mars 2009, par la cour d’appel d’Athènes, pour son livre violemment judéophobe intitulé Les Juifs, toute la vérité, est, de ce point de vue, emblématique. La banalisation du discours antijuif passe pour un droit à la liberté d’expression, un droit à la parole libre, au point qu’on peut légitimement s’interroger sur la question de savoir si l’antisémitisme, en Grèce, se confond avec la liberté d’expression. Ce qui peut se résumer par le slogan du type : pas de liberté d’expression sans judéophobie ! La judéophobie devient ainsi un droit de l’homme.  

Il convient donc de s’interroger, avec inquiétude, sur le fait que, dans la Grèce contemporaine, des propos clairement racistes à l’égard des Juifs (leur dignité humaine, leur religion, leur histoire, la Shoah), incitant d’une façon indiscutable à la haine et à la violence contre eux, ne soient pas sanctionnés. Y aurait-il une exception grecque en la matière ? Ce laxisme judiciaire à la grecque, dont on trouve un équivalent en Russie, tranche nettement avec la sévérité, justifiée, des tribunaux français dans l’application de la loi. 

Une courte anthologie [1] des propos antijuifs contenus dans le livre de Constantin Plevris est éloquente :

« Réveillez-vous. Les Juifs perfides creusent le tombeau des nations. Réveillez-vous et jetez-les dedans, parce qu’ils le méritent. »

« Le monde civilisé est responsable, parce qu’il tolère les parasites internationaux, qui s’appellent Juifs… L’heure des représailles approche. »

« Juif et homme sont des concepts antinomiques, c’est-à-dire que l’un exclut l’autre. » [2]

« Tout leur comportement criminel explique les actes des nazis contre eux et en plus les justifie. »

« L’histoire de l’humanité imputera à Adolf Hitler ceci : il n’a pas débarrassé, alors même qu’il le pouvait, l’Europe des Juifs. »

« On les méprise pour leur morale, leur religion, leurs actes, tout cela prouve qu’ils sont des sous-hommes. »

[Légende sous une photo d’Auschwitz:] « Ils font bien de conserver le camp en bon état, parce qu’on ne sait pas ce qui peut se passer dans l’avenir. »

« … Je ne peux pas tolérer que les assassins, voleurs, violeurs, parasites et corrupteurs (…) de la pitoyable Juiverie puissent calomnier les admirables nationaux-socialistes.  »

« Le ZYKLON B n’était qu’un gaz toxique utilisé pour la désinfection des chambres  à gaz (…)  Tout le reste est  bobard  de propagande. »

« L’entreprise d’extermination des Juifs [litt. ’la cadavrerie juive’], dans le cas d’Auschwitz, s’est révélée dès le début mensongère. »

« Libérez-vous de la propagande juive qui vous trompe avec ses mensonges sur les camps de concentration, les chambres à gaz, les ’fours crématoires’, et autres histoires du pseudo-Holocauste… »


Une fois de plus, en dépit du caractère scandaleux et hautement provocateur de ce long pamphlet antijuif, la grande majorité de la classe politique grecque et des organisations de la société civile est restée muette. Un silence volontaire qui, au-delà de l’indifférence, pourrait être l’indice d’une connivence, voire d’une complicité dans l’abjection.


© Andréas Pantazopoulos

 

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Notes de P.A. Taguieff


1.
Article revu par Pierre-André Taguieff (28 mars 2009).

2. Andréas Pantazopoulos (né en 1960), historien et politologue, enseigne au Département de sciences politiques de l’université Aristote de Thessalonique (Grèce). Il a notamment publié, en français : « Le national-populisme grec, 1974-2004 », Les Temps Modernes, n° 645-646, septembre-décembre 2007, pp. 237-267.

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Notes de Menahem Macina


[1] Nombreuses citations (traduites en anglais), provenant de Greek Helsinki Monitor, sur la liste MINELRES (août 2007): "Greece: Trial of Kostas Plevris and "Eleftheros Kosmos" for anti-Semitism on 5 September 2007".

[2] Ce propos rappelle celui que Rauschning attribuait à Hitler : « Le Juif est la créature d’un autre Dieu. Il faut qu’il soit sorti d’une autre souche humaine. L’Aryen et le Juif, je les oppose l’un à l’autre et si je donne à l’un le nom d’homme, je suis obligé de donner un nom différent à l’autre. » (Rauschning, Hitler m’a dit, Paris, 1939.)

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Mis en ligne le 28 mars 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org