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Pour les Egyptiens, Israël est toujours « l’ennemi », Amr Emam
01/04/2009

Les Israéliens savent cela parfaitement. Cette "paix" est justement qualifiée de "paix froide". On peut sourire de ce que cet article débute par l’interwiew d’une serveuse, mais le reste de l’article illustre bien que, du balayeur au chef de l’Etat, en Egypte (et l’on peut ajouter, dans la quasi-totalité du monde arabe et musulman), personne ne croit qu’il s’agit d’une paix véritable. C’est plutôt une trève, ou un accord comme il y en eut tant dans l’histoire de l’islam [*] qui peut prendre fin sans préavis, quand l’islam s’estime assez fort pour essuyer l’affront que lui a infligé un traité avec les Juifs. (Menahem Macina).

[*] Voir, entre autres : Mordekhai Kedar, "A propos de l’accord dit de Hudaybiyya".

 

1er avril 2009

 

Source : ISM.

 

Texte anglais original sur Islam on Line : "For Egyptians Israel Still « The Enemy »" (26 mars) 

 

Trente ans après la signature d’un traité de paix historique entre les deux pays, les Egyptiens considèrent toujours Israël comme « l’ennemi » et s’opposent à toute forme de normalisation populaire des liens.

 « Quelle paix ? », demande Sabah Mohamed, 25 ans, serveuse dans une importante société commerciale au centre du Caire (photo ci-contre).

Elle ne sait rien de l’anniversaire du traité de paix avec Israël, et elle s’en fiche.

« Les Israéliens trompent le monde entier. Ils nous trompent nous aussi. »

L’Egypte et Israël ont signé, le 26 mars 1979, un traité de paix historique, le premier entre un pays arabe et Israël.

Lorsque feu le Président Anwar Sadat a serré la main du Premier ministre israélien Menachem Begin après la signature, ils ont pu penser, l’un et l’autre, qu’ils venaient d’ouvrir une nouvelle page du cours normal des leurs relations.

Mais 30 ans plus tard, ce rêve reste illusoire.

Les médias égyptiens, qu’ils soient officiels ou indépendants, continuent de dépeindre Israël comme un Etat fauteur de guerre.

Des manifestations, sur les campus universitaires ou dans les rues, et demandant la rupture des liens avec Israël, sont fréquentes.

Les Egyptiens continuent de voir Israël comme « l’ennemi » et le traité de paix comme rien moins qu’une trêve, ou même une phase préparatoire à une autre guerre.

Les trois récentes semaines de guerre contre la Bande de Gaza assiégée, qui ont tué près de 1.400 Palestiniens, pour la moitié des femmes et des enfants, ont attisé encore davantage l’hostilité envers Israël.

« Il ne peut y avoir de paix alors qu’Israël continue de tuer les Palestiniens tous les jours, » insiste Mohamed.

« Cela montre que les Israéliens n’ont aucune bonne intention en ce qui concerne la région. Les Israéliens ont des projets mauvais contre nous.»

Ashraf Abul Soud, expert en questions arabes au quotidien officiel Al-Ahram, est du même avis.

« Israël est un membre faucon de la communauté internationale. Il agit contre le droit international et, ce faisant, il sabote la paix, » dit-il.

« Ce qui s’est passé dans la bande de Gaza il y a deux mois n’en est qu’un exemple clair. »


De l’encre sur du papier

Alors que les Israéliens ont prévu plusieurs événements pour marquer l’anniversaire, l’Egypte, que ce soit le gouvernement ou le peuple, ne voit aucune raison de faire de même.

Le Ministère des Affaires Etrangères a annoncé qu’il ne commémorerait pas l’événement, sans donner de raison.

Au cours des quelques derniers jours, toutes les discussions dans les couloirs du gouvernement égyptien portaient sur la question de la participation de l’envoyé égyptien, Yasser Reda, à Tel Aviv, pour les célébrations israéliennes du traité.

La nomination de l’ultra-nationaliste Avigdor Lieberman au poste de ministre des affaires étrangères dans le gouvernement dirigé par le Likud de Benjamin Netanyahu a mis l’Egypte en colère.

Lieberman a dit au Président égyptien Hosni Mubarak qu’il pouvait « aller au diable » s’il ne venait pas en Israël.

L’Egyptien de la rue ne pourrait pas être plus indifférent.

Alors que le jour se lève sur le pays arabe le plus peuplé, il ne se passe rien d’extraordinaire dans les rues, les places, ou même parmi les gens.

Ils se dirigent vers les arrêts d’autobus et prennent les files d’attente des transports pour aller à leur travail, alors que des véhicules de toutes sortes continuent d’exhaler d’énormes bouffées de fumée dans l’air, empêchant de voir le ciel dans cette capitale dense de 16 millions d’habitants.

« C’est vrai, il y a la paix, mais cette paix ne vaut pas plus que l’encre sur le papier, »

dit Hagar Saded, étudiant dans une Faculté de Langues.

« Israël veut se saisir de davantage de terre arabe chaque jour. Cela est en contradiction avec les annonces continuelles des dirigeants israéliens qu’ils travaillent pour la paix. »


L’intérêt de l’Egypte

Toutefois, beaucoup d’Egyptiens continuent de penser que le traité a servi les meilleurs intérêts de leur pays.

« L’Egypte a récupéré ses terres occupées, ce qui en soi est un succès militaire et politique pour la direction égyptienne de l’époque »,

dit Ahmed Kamel, analyste financier.

« Les Egyptiens devraient être fiers d’avoir récupéré le Sinaï. »

Certains disent que le traité a permis à l’Egypte de se centrer sur ses projets de développement et mettre en route des réformes nécessaires.

« La paix est une réalité tangible », dit Sherif Hafez, professeur en science politique.

« C’est grâce à cette paix que l’Egypte attire des milliers de touristes dans le Sinaï aujourd’hui, » ajoute-t-il.

« Mais pour cette paix, la moitié de notre budget part en dépenses militaires et du coup, notre économie souffre. Les pays qui n’ont pas signé de paix avec Israël ne sont pas dans une situation meilleure. »


Amr Emam

IOL Correspondent


© Islam online
, pour l’original anglais, et ISM, pour la traduction française

 

[Textes aimablement signalés par R. Lewin.]

 

Mis en ligne le 1er avril 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org