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Crimes de guerre à Gaza: Des responsables de Tsahal mettent en doute des témoignages de soldats
07/04/2009

En complément de cette mise au point, il est recommandé de lire les articles suivants, mis en ligne sur notre site [*]. Menahem Macina.

[*] Isi Leibler, "Calomnies meurtrières made in Israël"; Melanie Phillips, "La calomnie de ’Haaretz’ sur les "meurtres de Tsahal"; “ Crimes de guerre’ et piètre journalisme" (HonestReporting).  


07/04/09


Source : Libération, 4 avril 2009

 

Critiquée pour les exactions supposées de ses soldats contre des civils palestiniens lors de son offensive dans la bande de Gaza, en décembre-janvier, l’armée israélienne a décidé de répliquer. Elle assure que dans leur écrasante majorité, ses soldats se sont bien conduits et que si des incidents ont eu lieu, ils sont isolés. Le quotidien de gauche Haaretz avait publié plusieurs témoignages accablants sur le comportement de Tsahal à Gaza (Libé du 25 mars).

Asa Kasher, professeur de philosophie à l’université de Tel-Aviv, auteur du code d’éthique de l’armée israélienne, rédigé en 1994 et revu plusieurs fois, fait partie de ceux, nombreux dans les cercles militaires, à monter aux créneaux. Il met en cause la fiabilité des témoignages de soldats publiés dans Haaretz, faisant état de tirs injustifiés ayant provoqué la mort de civils palestiniens. Ces témoignages avaient provoqué une controverse en Israël et renforcé les accusations palestiniennes et internationales de crimes de guerre.

«Sales histoires». Ces récits ont été au départ publiés dans la lettre d’information de l’académie militaire, où ont été formés les soldats. En février, le directeur de l’école, Danny Zamir, a invité des anciens de l’académie ayant participé aux combats à Gaza à discuter de façon informelle de leurs expériences. «Il est connu pour son refus de servir dans l’armée», souligne Kasher, faisant allusion à son refus d’être envoyé dans les territoires, dans les années 90.

«J’ai lu attentivement les minutes de la discussion : il induit les réponses des soldats. Il est clair qu’il ne cherche pas à créer une image objective et précise de ce qui s’est passé. La seule chose qui l’intéresse, ce sont les sales histoires. Elles peuvent arriver, il faut en tirer les conclusions qui s’imposent, mais Zamir a un programme politique, il ne peut être considéré comme une source fiable», ajoute-t-il.

«Fabriquée». Un des témoignages racontait comment une mère a été tuée avec ses enfants par un tireur d’élite, parce qu’elle s’était trompée de chemin.

«Cela ne s’est pas produit, soutient Kasher. Tous les soldats qui se trouvaient dans la zone ont été interrogés. Le soldat à l’origine du récit a lui-même indiqué qu’il n’avait pas été un témoin direct des faits, mais qu’il l’avait entendu d’autres soldats qui l’avaient eux-mêmes entendu. Ce n’est pas un témoignage, c’est une histoire fabriquée.»

L’armée a annoncé lundi avoir classé son enquête sur les témoignages rapportés par Haaretz, les estimant basés sur le «bouche-à-oreille».

«Même si ce qui est reproché à l’armée israélienne était vrai, il ne pourrait s’agir que de cas très isolés, assure Kasher. Si la norme avait été que les soldats tirent parce que c’est marrant de tirer, des dizaines de milliers de civils palestiniens auraient été tués. Or, même les Palestiniens, dont je discute les chiffres, avancent 1 400 morts, alors que l’armée israélienne en compte 1 000», ajoute-t-il.

Asa Kasher estime toutefois que l’armée doit effectuer sa propre enquête sur les incidents qui lui sont reprochés à Gaza, et rejette la demande, formulée par des organisations israéliennes de défense des droits de l’homme, d’une enquête indépendante.

«Il n’y a pas lieu de procéder à une enquête d’Etat ou à toute autre enquête indépendante de l’armée. Il y a une différence énorme entre ce qui s’est passé à Gaza et ce qui s’est passé, pour prendre un exemple, à Sabra et Chatila. L’enquête d’Etat qui a suivi le massacre des camps de prisonniers palestiniens à Beyrouth en 1982 s’imposait car il y avait une vraie question morale : est-ce qu’Israël aurait pu empêcher ces massacres ? J’ai manifesté, à l’époque, pour l’ouverture d’une telle enquête», explique-t-il.

Et d’ajouter :

«A Gaza, aucun massacre n’a eu lieu, même s’il y a eu de nombreux dommages collatéraux. Des centaines de civils innocents sont morts parce qu’ils étaient les voisins de terroristes, mais leur mort n’était pas recherchée. Elle est le résultat affreux et tragique de quelque chose que nous ne pouvions pas éviter : frapper les terroristes.»

 

Delphine Matthieussent

Correspondante à Jérusalem

 

© Libération

 

Mis en ligne le 7 avril 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org