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Négationnisme : Shlomo Sand contre-attaque et insulte ses détracteurs, Pierre I. Lurçat
05/04/2009

05/04/09

Source : CAPE 


 
La lecture de la réponse de Shlomo Sand à Eric Marty, publiée hier soir dans Le Monde, est édifiante. On y constate que Sand n’apprécie pas que son livre soit critiqué. Il commence par accuser ses détracteurs de ne pas l’avoir lu et par se plaindre d’avoir été « ignoré par la critique pendant six mois » et victime d’un « mur du silence ». Affirmation assez stupéfiante quand on sait que le livre de Sand avait été annoncé par de nombreux médias et sites Internet en France (il avait ainsi fait l’objet d’un grand article élogieux du Monde diplomatique) avant même sa parution !

Dans la suite de l’article, Sand reprend les arguments qu’il a déjà développés ailleurs, expliquant notamment qu’il « ne traite pas directement de l’histoire des juifs mais analyse l’historiographie sioniste, en essayant de démontrer que le récit national juif sur le passé relève d’un empilement [sic] de mythes mobilisateurs... ». Avec sa houtzpa habituelle, Sand invoque, pour sa défense, Raymond Aron, qui s’interroge dans ses Mémoires : « Que signifie le peuple juif ? Existe-t-il ? Peut-on parler du peuple juif comme on parle du peuple français ? La seule réponse valable me paraît celle-ci : si l’on parle du "peuple juif", on emploie la notion de peuple en un sens qui ne vaut que dans ce seul cas ».

La citation de Raymond Aron – Juif non sioniste, mais très attaché à l’Etat d’Israël – est évidemment à mille lieues de la thèse extrémiste (et antisioniste) de Shlomo Sand. Aron s’interroge sur la notion de peuple juif et conclut à l’unicité du "peuple juif", que l’on ne saurait assimiler aux autres peuples. Cette conclusion tout à fait pertinente est diamétralement opposée à celle de Sand, qui, dans sa tentative de "déconstruction" de l’historiographie sioniste et de l’histoire juive tout entière, conteste l’existence du peuple juif. Mais qui trop embrasse mal étreint. C’est justement l’"hybris" intellectuelle de Sand qui l’entraîne trop loin : voulant attaquer le sionisme, il s’en prend au peuple juif tout entier.

Ce qui nous amène à la question du négationnisme. Je me flatte d’avoir été l’un des premiers à comparer la démarche intellectuelle de Sand à celle des négationnistes, en employant à son égard l’expression de « Faurisson israélien ». Eric Marty a, lui aussi, comparé l’entreprise de Sand au négationnisme. Il n’est pas surprenant que Sand s’en offusque, allant jusqu’à qualifier ses détracteurs de « démagogues prosionistes ». Mais lorsque j’écrivais que Sand est un négationniste, il ne s’agissait pas d’une injure, mais bien d’une analyse (1). Sa démarche intellectuelle, comme celle des négateurs de la Shoah, relève en effet de la construction idéologique, et pas de l’histoire. Comme eux, il conteste l’évidence (la Shoah dans un cas, l’existence du peuple juif dans l’autre). Comme eux, il vise un objectif politique (remplacer l’Etat juif par un Etat de « tous ses citoyens », c’est-à-dire un Etat binational). Enfin, j’ajoute qu’à mes yeux, la négation du peuple juif est encore plus grave que la négation de la Shoah, car elle ne s’en prend pas seulement au passé et à l’histoire juive, mais au présent et à l’existence du peuple juif aujourd’hui.

Si cette comparaison a pu choquer, c’est parce que, dans la vulgate politique contemporaine, la négation de la Shoah est très mal vue, tandis que la négation du peuple juif à laquelle se livre Sand est, au contraire, acceptée par l’intelligentsia occidentale avec un empressement et une unanimité suspects (2). A quelques jours de Pessa’h, je conclurai par ces trois mots qui, loin d’être un slogan politique sioniste, comme le croit M. Sand, expriment une réalité humaine, sociologique et ontologique que les Juifs du monde entier démontreront lorsqu’ils s’attableront, mercredi soir, pour raconter la sortie du peuple juif d’Egypte : Am Israël Hai ! Le peuple juif est vivant !

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Notes

1. Je renvoie à mon article intitulé "Le négationnisme ’soft’ du « nouvel historien » Shlomo Sand", paru sur le site de l’UPJF.

2. Ce sujet est abordé par Shmuel Trigano, dans l’interview qu’il donne au dernier numéro d’Israël Magazine.

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Mis en ligne le 5 avril 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org