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Israël (Société - mentalités)
Israël (histoire moderne d')

Dossier : Sderot, une ville peu connue, Antoinette Bremond
24/04/2009

24/04/09

Source: "Un écho d’Israël" (18 avril 2009)

Sderot, un lieu associé immédiatement aux missiles. Non que cela soit le seul lieu où, depuis huit années, des missiles Qassam venant de Gaza tombaient quotidiennement, mais Sderot, la ville de Sderot, c’est un peu le symbole du Neguev occidental avec ses villes et villages, ses kibboutzim et ses moshavim. Il faut dire que Sderot n’est qu’à un kilomètre de la Bande de Gaza.

Mais, au fait, Sderot, c’est quoi exactement ? On l’appelle ville de développement. Là encore, on ne sait pas trop ce que cela veut dire, et qui sont ces gens qui, depuis 8 ans, sont comme assiégés.

Un peu d’histoire

Dans les années 1949 à 1951, les Juifs du Moyen-Orient (Iraq) et d’Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye) immigrent en masse en Israël. Ils sont tout d’abord logés sous des tentes ou dans des baraquements improvisés, dans des camps de transit, ou dans d’anciens camps militaires britanniques, situés souvent loin des centres urbains. A la fin de 1949, plus de 100 000 nouveaux immigrants vivaient dans ces camps, sans activités, sans aucune possibilité de travailler et de s’intégrer au pays, à la charge de l’Agence Juive et du gouvernement.

En été 1950, un nouveau système d’absorption des immigrants fut mis en place sous la direction de Levi Eshkol : la création de ma‘abarot [1] centres de transit, qui devaient encourager les immigrants à se prendre en charge, à devenir indépendants dès leur arrivée au pays. Ces ma‘abarot étaient situées près d’une ville ou d’une localité, ou à proximité d’un chantier de travaux publics. A la fin de l’année 1952, 113 ma‘abarot comptaient 250 000 personnes vivant encore sous des tentes ou dans des cabanes de planches ou de tôle ondulée. Le gouvernement et l’Agence Juive se chargeaient des services publics, aidés par des organismes internationaux comme L’Appel des Juifs Unifié.

Après 40 mois d’immigration massive, dès le milieu de l’année 52, ce mouvement de retour au pays des Pères diminua d’ampleur : entre 1952 et 1954, il n’y eut que 50 000 arrivées d’Afrique du Nord. Certains de ces centres de transit allaient devenir des villages construits en dur ; d’autres seraient supprimés, une localité s’étant construite à proximité.

Au final, furent construits 78 000 logements, comprenant 165 000 pièces d’habitation, 345 nouveaux villages, kibboutzim, moshavim. La carte d’Israël se couvrait de noms nouveaux.

Une trentaine de ces nouvelles localités, habitées en majorité par des gens en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, sont devenues des villes de développement, la première étant Beth Shemesh. Les autres se trouvent principalement en Galilée (Beit Shean, Karmiel, Kyriat Shmona, etc.) et dans le Neguev (Arad, Dimona, Kiryat Gat, Mitzpe Ramon, Kiryat Malakhi, Ofakim, Sderot, etc.). Malgré les subsides de l’Etat pour favoriser la création d’industries et la réduction des impôts, la majorité de ces villes sont pauvres, surtout celles du sud, et sont considérées parfois comme un Israël de seconde classe. 18 % de la population juive en Israël vit dans ces villes nouvelles fondées entre 1950 et 1968. Elles ont toutes joué un rôle important dans l’intégration des Juifs d’URSS dans les années 1990, et dans celle des Juifs d’Ethiopie.


Sderot

Sderot fut fondée en 1951, à côté de la ma‘abarah Gevim-Dorot, en partie sur le terrain du village arabe de Nadj. La plupart de ses premiers habitants étaient Kurdes et Perses. Vivant tout d’abord sous la tente, ils construisent peu à peu des maisons en dur et, en 1954, Sdérot est la ville de développement modèle pour le Néguev occidental. En 1958, elle devient un conseil local. Peu à peu sa population change : en 1961, 87% viennent du Maroc, et 11 % du Kurdistan. Dès 1990, elle absorbe un nombre important de Juifs d’Union Soviétique et d’Ethiopiens, ce qui double sa population. En 1996 elle acquiert le statut de ville. Dès 1997, des Arabes palestiniens venant de Gaza ayant collaboré avec le Shabak, la Sûreté Générale, sont logés à Sderot.


Sderot 1959

En 2000, la ville compte environ 20 000 habitants, dont 50% ont moins de 30 ans. Le salaire moyen est de 4 900 [?] pour les hommes, et 2 600 pour les femmes [2]. Il y a 6 301 salariés et 367 travailleurs indépendants. 603 résidents reçoivent une allocation de chômage, et 3 183 une allocation supplémentaire. Une partie importante de la population est religieuse et traditionaliste, comme dans les autres villes de développement.


Culture

Dans cette population jeune, plusieurs orchestres sont créés, qui s’inspirent de la musique marocaine de leurs parents, combinée avec des airs et des rythmes modernes. Les plus connus sont Teapacks et Sfatayim. Shlomo Bar, Kobi Oz et Smadar Levi, des musiciens israéliens très appréciés, sont de Sderot. Il est curieux de constater que cette petite ville a donné naissance à une proportion importante de chanteurs, de musiciens, de compositeurs et de poètes, tels Erez Biton et Shimon Adaf. Un film documentaire sur la ville, « Un rocher dans la zone rouge », réalisé par Laura Bialis, va bientôt sortir.


Education

En plus des écoles primaires et secondaires, gouvernementales et privées, deux collèges, très appréciés dans le pays, se sont installés dans cette ville :

1) Le collège académique de Sapir est un centre universitaire qui assure la formation de 8000 étudiants dans des domaines très variés : scientifique, technique, communication, cinéma et TV, administration, industrie, travail social, etc. Les élèves viennent de tout le pays. Ce collège comporte douze niveaux d’étude, depuis l’école élémentaire, les écoles secondaires, les études universitaires et la formation pour adultes. Des dortoirs sont construits pour les étudiants à Sderot et dans les kibboutzim ou villages voisins. Ce Centre Sapir permet également à des jeunes de la ville de recevoir une formation très poussée.

2) Une yeshivat Hesder permettant à 500 jeunes de combiner l’étude de la Tora avec le service militaire. Cette école talmudique comprend, comme la plupart des autres écoles, des pièces spécialement aménagées pour protéger les jeunes en cas d’attaque de missiles. Contrairement à l’ensemble de la population de la ville qui a diminué ces dernières années, les étudiants de la yeshivah sont de plus en plus nombreux, augmentant chaque année de 15%. Sur les 550 élèves actuels, 80 servent dans l’armée.


Projets sociaux

Il existe plusieurs associations ayant pour but d’améliorer la vie des plus démunis. Citons en particulier Migvan (gamme de couleurs), un kibboutz urbain. Un petit groupe de jeunes, issus des kibboutzim traditionnels, en est à l’origine. Nomika Tsion, l’une des fondatrices, explique :

« Nous ne voulions plus vivre dans un milieu privilégié et d’une certaine manière, riche, mais en ville. Nous voulions nous intégrer dans la société, parmi les plus démunis, tout en gardant les principes fondateurs du kibboutz. »

A six, ils décident de s’installer à Sderot, lieu où sont concentrés des problèmes sociaux, des disparités ethniques et des difficultés issues de la cohabitation entre observants et laïques. C’est en 1987 que ce kibboutz urbain, Migvan, est créé à Sderot. Il compte actuellement 50 habitants : 16 familles dont 9 mettent tout en commun. En 2000, ils déménagent dans un nouveau quartier, où ils construisent des bâtiments clairs et spacieux. Une association, créée dans le cadre du kibboutz, emploie 80 personnes, a son propre jardin d’enfants et va créer une école permettant aux plus démunis d’avoir le même niveau d’études que dans les écoles privées. Des cours de culture juive traditionnelle sont organisés pour les observants et les laïques. Cette association a mis sur pied une entreprise de haute technologie où travaillent 12 personnes.


Sous les roquette Qassam

La ville étant à un kilomètre de Beit Hanoun, ville du nord de la Bande de Gaza, dès la seconde Intifada, en 2000 elle a été constamment, soumise à des tirs de missiles lancés par le Hamas et le Jihad islamique. Même si la majorité de ces projectiles tombe en terrain vague, des centaines de maisons ont été atteintes. On compte des centaines de blessés, 13 morts, et tous les habitants de cette ville sont traumatisés. La moyenne des chutes de missiles était de 3 à 4 par jour. Le gouvernement installe un système d’alarme, dénommé « couleur rouge », qui laisse aux habitants 15 secondes pour aller se réfugier dans un abri. Pendant ces 8 années, 3000 habitants de la ville sont partis vivre ailleurs, la plupart des gens appartenant à la classe moyenne, ayant la possibilité de changer de domicile.

Pourtant, dans le milieu religieux sioniste, on pense autrement : 50 familles viennent s’installer à Sderot, sous les missiles. Citons le cas de David Avikar, 23 ans, qui, après son service militaire, retourne à Sderot avec son épouse, et s’installe dans l’un des quartiers qu’ont quittés récemment 5 familles. Il confie :

« Revenant de la deuxième guerre du Liban, en août 2006, je me retrouvais ici sur le front. »

Pour lui et d’autres Israéliens de même tendance, s’installer à Sderot correspond à une « mission » : aider et fortifier la population existante.

« Alors que le Hamas veut détruire notre ville, nous, au contraire, nous voulons la construire selon l’idéal sioniste, selon la Tora. Et pourtant, nous avons aussi nos heures de crainte et de découragement. »


Que faire ? Comment être solidaire ?

Les habitants de Sderot demandent au gouvernement de mieux les protéger en fortifiant les écoles, les maisons, en créant de nouveaux abris de proximité plus faciles à atteindre. Des crédits sont débloqués, par exemple, le 27 février 2008 : 327 millions de shekels. Des associations privées se mobilisent. Mais les habitants attendent une vraie solution au problème Gaza-Sderot. Les années passent, les chutes de missiles s’intensifient, et pas de solution.

Cette situation difficile des localités du Neguev occidental ne laisse pas les Israéliens indifférents. Des dizaines d’initiatives, privées ou publiques, sont mises en oeuvre pour signifier la solidarité des Israéliens avec les habitants de cette région, et de Sderot en particulier. En voici quelques exemples.

a) El Al, la compagnie d’aviation nationale, va nommer ses deux premiers Boeing 777 Sderot et Kiryat Shmona.

b) Tel Aviv. En mars 2008, la municipalité offre aux propriétaires de petites entreprises et aux commerçants de Sderot et des localités voisines la possibilité de créer des stands [3] dans la zone portuaire de la ville. Deux journées de marché sont instaurées, sous le titre : "Ouvrez vos cœurs aux commerçants et aux artistes de Sderot". 8 000 Telaviviens viennent acheter. Les commerçants ramènent chez eux les bénéfices de la vente sans rien avoir à verser à la municipalité.

c) Achats du vendredi à Sderot. 10 000 Israéliens venus de Tel Aviv, de Haïfa, de Jérusalem, de Raanana, s’organisent, un certain vendredi, pour venir faire leurs emplettes pour le shabbat dans cette ville.

d) Les fêtes sont aussi l’occasion de visiter et de partager avec les habitants de la ville assiégée.

1) Hanouka. Le 14 décembre 2007, des étudiants venus de tout le pays se mobilisent. Entraînés par deux associations caritatives, Lev Ehad (un seul cœur) et Im Tirtsou (si vous voulez), ils vont se partager la tâche : nettoyer, peindre les abris, visiter les personnes en difficulté, et aider en particulier ceux qui sont traumatisés par les tirs quotidiens de missiles. Ils collaborent avec les assistants sociaux de la ville, qui, au centre Green House, reçoivent les plus atteints et créent pour eux un climat de confiance. Les étudiants étrangers venant des Etats-Unis et du Canada, et travaillant à l’université Ben Gourion de Beersheva, se mobilisent également.

2) Pourim 21 mars 2008. L’association Hayerouchalmim [les gens de Jérusalem], de Jérusalem, qui groupe des jeunes de 20 à 30 ans, se mobilise pour fêter Pourim à Sderot. Ils organisent des festivités pour les enfants de la ville : lecture de la meguilah d’Esther, spectacles de clowns, musiques et jeux, et, bien sûr, distribution des « manot », gâteries. Une centaine de jeunes de Jérusalem seront au rendez-vous. La municipalité et le département de l’Education offrent des friandises et des plats préparés par les jardins d’enfants de Jérusalem (4 000), en particulier par le jardin d’enfants de Ramat Eshkol. Le maire joint un message à chaque paquet.

3) Souccot. Pour l’une des fêtes de Souccot, les habitants du Neguev occidental, ont organisé un « festival de cuisine », sur le thème : "Se sentir chez soi". Trente cuisiniers, des femmes pour la plupart, âgées de 40 à 70 ans, ont préparé des mets traditionnels de chacune de leurs ethnies : spécialités du Maroc, du Kurdistan, d’Ethiopie, des Indes, de Tunisie, de Perse et des Karaïtes. Après avoir recherché les recettes de leur tradition, elles les enseignent aux autres. Le festival, animé par des artistes et des musiciens locaux, a attiré plus de 10 000 visiteurs.


Opération militaire

Fin décembre 2008, l’armée a lancé une opération de grande envergure contre la bande de Gaza dans le but de faire cesser les tirs de missiles. Beaucoup d’armes et d’entrepôts de ces armes ont été détruits, ainsi que des tunnels permettant l’acheminement de matériel militaire. Il y a eu beaucoup de morts. Pendant cette opération, les missiles Grad ont atteint de nouvelles cibles, Ofakim, Netivot, Beersheva, Ashdod, Ashkelon. Ces villes étaient moins préparées que Sderot à ce genre d’attaques. Après l’opération militaire, des missiles en moins grand nombre continuent de tomber dans la région.

Pour le moment, rien n’est vraiment résolu.

 

© Un écho d’Israël

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Notes de la Rédaction d’upjf.org


[1] Terme qui devrait se prononcer ma‘avarot ; c’est un néologisme forgé d’après la racine verbale
‘avar, et qui a, entre autres sens, celui de passer d’un endroit à un autre.

[2] L’auteur ne précise ni la monnaie, ni l’équivalence en dollars au cours d’aujourd’hui.

[3] La nature de ces "stands" n’est pas précisée.


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Mis en ligne le 24 avril 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org