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Pipes, Daniel

Les limites du terrorisme, Daniel Pipes
24/04/2009

24/04/09


Jerusalem Post
(22 avril 2009)

Version originale anglaise : The Limits of Terrorism


Adaptation française: François de Champvert


Est-ce que le terrorisme fonctionne, c’est-à-dire, parvient-il à atteindre les objectifs de ses auteurs ?

Au vu des attentats terroristes qui sont devenus la routine et qui se produisent presque chaque jour, notamment en Irak, en Afghanistan et au Pakistan, le bon sens soutient que le terrorisme fonctionne très bien. Par exemple, le regretté Ehud Sprinzak, de l’université Hébraïque, attribue la fréquence des attentats-suicide à leur « horrible efficacité ». Robert Pape, de l’Université de Chicago, soutient que le terrorisme par attentat-suicide est en augmentation parce que les terroristes ont appris que cela paye. Le professeur de droit de Harvard, Alan M. Dershowitz, a intitulé un de ses livres « Pourquoi le terrorisme fonctionne ».

Mais Max Abrahms, un collègue de l’Université de Stanford, conteste cette conclusion, observant que l’on se focalise trop étroitement sur les victoires, bien connues mais rares, du terrorisme, ignorant les échecs de ce même terrorisme, qui sont bien plus importants en nombre et beaucoup moins visibles.

Pour pallier cette lacune, Abrahms a examiné en détail chacun des 28 groupes désignés comme terroristes par le Département d’Etat des Etats-Unis depuis 2001, et il a fait l’inventaire de ceux qui avaient atteint leurs objectifs.

Son étude, intitulée « Pourquoi le terrorisme ne fonctionne pas », a constaté que ces 28 groupes avaient 42 objectifs politiques différents et qu’ils n’en avaient atteint que 3, ce qui donne un misérable taux de réussite de 7 pour cent.

Ces trois victoires seraient :

(1) Le succès du Hezbollah, qui est parvenu à faire partir du Liban des forces multinationales de maintien de la paix, en 1984

(2) Le succès du même Hezbollah, qui a réussi à faire partir du Liban les forces israéliennes, en 1985 et en 2000.

(3) Le succès partiel des "Tigres" tamouls qui ont pris le contrôle de zones territoriales du Sri Lanka, après 1990.


C’est tout. Les 26 autres groupes, depuis l’organisation d’Abu Nidal, Al Qaïda et le Hamas, jusqu’à la secte Shinriko, Kach, et le "Sentier lumineux", ont parfois obtenu un certain succès, mais limité, et la majeure partie d’entre eux a totalement échoué.

Abrahms expose trois implications politiques sur la base de ces données :

  • Les groupes rebelles qui attaquent principalement les objectifs militaires réussissent plus souvent que les groupes terroristes qui attaquent principalement des cibles civiles. (Les terroristes ont eu de la chance dans les attentats de Madrid de 2004)
  • Les terroristes s’aperçoivent qu’il est « extrêmement difficile de transformer ou d’anéantir le système politique d’un pays ». Ceux qui ont des objectifs limités (comme l’acquisition d’un territoire) font mieux que ceux qui ont des objectifs maximalistes (telle l’obtention d’un changement de régime).
  • Et non seulement le terrorisme est « un instrument inefficace de contrainte mais… son mauvais taux de réussite est inhérent à sa propre tactique ». L’absence de réussite devrait, en fin de compte, dissuader les djihadistes potentiels d’attaquer des civils à l’explosif.

Cette dernière constatation, à savoir l’échec fréquent menant à la démoralisation, suggère une éventuelle réduction du terrorisme en faveur de stratégies moins violentes. En fait, les signes de changement sont déjà visibles.

Sayyid Imam al-Sharif

Au niveau de l’élite, par exemple, l’ancien théoricien du djihad, Sayyid Imam al-Sharif (connu également sous le nom de Dr Fadl), dénonce maintenant la violence : « Nous n’avons pas le droit de commettre d’agression » écrit-il « même si les ennemis de l’islam le font ».

A un niveau plus populaire, le "projet d’attitudes globales 2005", du centre de recherche PEW a constaté que

« le soutien aux attentats-suicide et autres actes terroristes avait baissé dans la plupart des nations à majorité musulmane… de même que la confiance dans le leader d’al-Qaïda, Oussama bin Laden ».

De même, une étude de 2007 sur les attitudes politiques internationales a fait les constatations suivantes :

« La grande majorité des gens de tous les pays est opposée aux attentats contre les civils à des fins politiques, et les considère comme contraires à l’islam… La plupart de ceux qui ont répondu [aux questionnaires] pensent que les attaques à motivation politique contre des civils, tels que les attentats à la bombe ou les assassinats, ne sauraient être justifiés »

Sur le plan pratique, les groupes terroristes sont en pleine évolution. Plusieurs d’entre eux – en particulier en Algérie, en Egypte et en Syrie - ont abandonné la violence et agissent maintenant à l’intérieur du système politique.

D’autres ont assumé des fonctions non violentes. Le Hezbollah assure des services médicaux et le Hamas a remporté une élection. Si l’Ayatollah Khomeini et Oussama ben Laden représentent la première étape de l’islamisme, le Hezbollah et le Hamas constituent une étape transitoire, et le premier ministre de Turquie, Recep Tayyip Erdogan, sans doute l’islamiste le plus influent du monde, démontre les avantages de la légitimité.

Mais si la voie politique fonctionne si bien, pourquoi la violence islamiste persiste-t-elle, avec même une tendance à se développer ? - Parce qu’ils ne sont pas toujours pratiques. Rita Katz du site Intelligence Group l’explique :

« Engagés dans une lutte divine, les djihadistes mesurent le succès, non pas par des victoires tangibles durant cette vie, mais par la bénédiction éternelle de Dieu et par les récompenses [qui seront] reçues dans l’Au-delà ».

Avec le temps, cependant, les islamistes devront probablement reconnaître les limites de la violence et poursuivre de plus en plus leurs buts répugnants en recourant à des moyens légitimes. La meilleure chance qu’a l’islam radical de nous vaincre ne réside pas dans les bombes et les décapitations, mais dans les salles de classe, les cours de justice, les jeux sur ordinateur, les studios de télévision, et les campagnes électorales.

Nous sommes prévenus [de rester sur le qui-vive].

 

Daniel Pipes


© Jerusalem Post

 

Mis en ligne le 24 avril 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org