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Evian 1938 - Genève 2009, Tomas Sandell
22/04/2009

Tomas Sandell est un chrétien indigné par la "compromission" [*] des Européens.

[*] En anglais, "appeasement". Je préfère traduire "compromission", plutôt que "conciliation", ou "apaisement", termes qui me semblent trop positifs pour désigner l’attitude veule de ceux qui sont prêts à tout - et surtout à sacrifier des innocents - pour se concilier un ennemi. (M. Macina).

21 avril 2009

Source : Blog Philosémitisme (21 avril 2009).

"... en 1938 le monde était divisé en deux camps : les nations où les Juifs ne pouvaient pas entrer, et celles qui voulaient les expulser. La patrie juive promise n’était pas envisagée dans une optique de réinstallation, car on estimait qu’elle provoquerait davantage de tensions dans la Palestine sous mandat britannique. Quelques années plus tard, il y avait six millions de Juifs en moins à caser, et la communauté internationale prenait enfin conscience de l’urgence de la création d’une patrie juive. Mais le prix qu’il a fallu payer était beaucoup trop élevé."

Traduction libre d’un texte de Tomas Sandell repris du site du Jerusalem Post

"Genève est à moins de trois quarts d’heure en voiture de la petite ville d’Evian-les-Bains, située sur la rive française du lac Léman. Ce qui fait défaut à Evian en taille et en importance politique est compensé par son histoire et son style architectural. Cette ville, plutôt endormie mais prospère, au pied des Alpes, peut être fière de ses hôtels fin de siècle, parmi les plus beaux du genre, et de l’eau minérale qui porte son nom.

Mais Evian a un côté moins amical qui a laissé des traces dans l’histoire. Il suffit de chercher le mot "Evian" sur Internet pour trouver des références à une station thermale, à de l’eau minérale et à une conférence que certains historiens ont surnommée "le feu vert d’Hitler au génocide". L’année dernière a marqué le 70e anniversaire de la conférence d’Evian sur les réfugiés juifs, mais elle fut effectivement oubliée, alors que, cette année-là, la France assurait la présidence de l’Union européenne.

La dernière chose que la France voulait c’est qu’on parle de l’Evian de 1938, alors que le président Nicolas Sarkozy présidait la conférence censée inaugurer une nouvelle ère de coopération avec les pays du pourtour méditerranéen. On ne peut le lui reprocher. Evian, en effet, est l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire européenne moderne, à une époque où l’apaisement était au goût du jour, et où ceux qui ne croyaient pas à "la paix pour notre temps" étaient simplement considérés comme des bellicistes.

Ce n’est pas seulement la proximité géographique entre les deux villes qui frappe, mais également le Zeitgeist [esprit du temps] qui régnait à Evian, en 1938, comme à la conférence des Nations unies contre le racisme de cette année-ci. Considérant que la conférence des Nations unies contre le racisme, qui s’est déroulée à Durban en 2001, a inexorablement dérapé en raison de son obsession de la Judenfrage ("la question juive"), rien ne garantit qu’on n’assistera pas, cette année, à une réédition de Durban I. Les gouvernements européens se sont engagés, pour la forme, à se retirer de la conférence si le moindre signe du déferlement de haine de 2001 venait à se produire, mais ces mots ne pèseront pas lourd lorsque la détermination des nations occidentales à rester fidèles à nos valeurs universelles sera mise à l’épreuve.

Revenons à l’Evian de 1938. Alors qu’Hitler avait annexé l’Autriche et que des centaines de milliers de réfugiés juifs cherchaient un refuge sûr en dehors des zones contrôlées par les nazis, le monde libre savait qu’il fallait agir. Ce fut finalement le président américain, Franklin Roosevelt, qui convoqua une conférence pour tenter de trouver une issue au problème des réfugiés juifs. Trente-deux nations furent invitées à participer. On s’est vite aperçu que la conférence n’allait rien résoudre. Les pays, l’un après l’autre, déclarèrent qu’on se trouvait face à un problème humanitaire de grande envergure auquel il convenait de trouver une issue, mais tous s’empressèrent d’ajouter que leurs pays respectifs ne pourraient rien faire. D’autres adoptèrent un langage moins diplomatique.

"Notre pays n’est tout simplement pas assez grand pour accueillir tous les réfugiés juifs," assura le représentant du Canada. Quand on lui demanda combien de réfugiés le Canada pourrait recevoir, il répondit: "Un seul serait de trop."

"L’Australie n’a pas de problème racial et nous ne désirons pas en importer un,"
cette citation figure aujourd’hui à Yad Vashem à Jérusalem.

Mais la liste des obscénités ne s’arrête pas là. Une proposition pour que dix pays accueillent 25.000 Juifs chacun fut catégoriquement rejetée. Au moment même où étaient prises ces décisions tragiques qui, à terme, allaient affecter la vie de millions de Juifs, quelques historiens relatent que les croisières sur le lac Léman étaient très prisées par les délégués, qui aimaient également jouer au tennis et au golf, dans l’air frais des montagnes environnantes.

C’est peut-être à nouveau l’attrait cosmopolite de Genève et le même paysage montagneux qui font que les diplomates occidentaux rechignent à dire nettement non à une conférence des Nations unies qui se focalise sur un seul pays, Israël, considéré comme l’unique Etat raciste dans le monde et comme pratiquant une politique d’"apartheid". Ce qui rend cette conclusion encore plus surréaliste est le fait que le comité chargé de la rédaction du projet de résolution est composé de ’champions des droits de l’homme’ tels la Libye, l’Iran et Cuba. Le contenu du texte du projet de déclaration est jugé inacceptable par beaucoup, et pourtant la décision de se retirer semble difficile à prendre. À l’heure actuelle, seuls Israël et quelques pays ont décidé de boycotter la conférence, à savoir les États-Unis, le Canada, l’Australie, les Pays-Bas et l’Italie.

Une chose est claire. La conférence des Nations unies à Genève, qui débute aujourd’hui pour finir vendredi, ne sera pas un lieu convivial pour tous ceux qui ont de la sympathie pour la cause juive. Mais la situation pourrait être pire. On considère qu’en 1938, le monde était divisé en deux camps : les nations où les Juifs ne pouvaient pas entrer et celles qui voulaient les expulser. La patrie juive promise n’était pas envisagée dans une optique de réinstallation, car on estimait qu’elle provoquerait davantage de tensions dans la Palestine sous mandat britannique. Quelques années plus tard, il y avait six millions de Juifs en moins à caser, mais la communauté internationale prenait enfin conscience de l’urgence de la création d’une patrie juive. Mais le prix qu’il a fallu payer était beaucoup trop élevé."

C’est, bien entendu, une situation ironique qu’une conférence consacrée à la lutte contre le racisme - précisément la maladie qui a conduit à la Shoah perpétrée par Hitler - ouvre la voie à la légitimation de la haine des Juifs et à la stigmatisation d’Israël dans le monde entier.

Espérons que, cette fois-ci, le monde comprendra la leçon. Quand un seul pays dans le monde est désigné comme raciste, nous nous approchons dangereusement de l’esprit d’Evian de 1938.

Le deuxième jour de la conférence des Nations unies, le mardi 21 avril, coïncide avec le jour du souvenir de la Shoah. Une commémoration aura lieu dans la petite synagogue de la ville qui a accueilli la conférence fatidique en 1938."

Tomas Sandell *
 

© The Jerusalem Post, pour l’original anglais, et "Philosémitisme", pour l’adaptation française.


* L’auteur est directeur et membre fondateur de l’
European Coalition for Israel (a Christian initiative promoting European-Israeli Cooperation).
 

Mis en ligne le 21 avril 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org