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Christianisme

Le Pape et le keffieh (suite et fin, espérons-le) : le battage chrétien
26/04/2009

Comme je l’ai écrit dans mon article précédent sur ce menu événement [*]: "Mon billet sur ce sujet [**] fut léger et conciliant, mais des sites chrétiens en font des tonnes". Je pensais naïvement que les choses en resteraient là. Pas du tout. Une certaine presse en rajoute et en rajoute encore. Ci-après, quelques échantillons typiques que j’eusse négligés si ne s’y révélait un état d’esprit qui ne peut s’empêcher de vilipender Israël pour mieux victimiser les Palestiniens. On y parle, par exemple et entre autres, du : "degré de prostration, d’humiliation et d’oppression que les chrétiens, en tant que palestiniens, vivent depuis des décennies surtout dans les Territoires occupés". Et un curé palestinien fait de la surenchère pro-musulmane : "les rapports avec les musulmans sont excellents, mais, avec les juifs, nous n’avons aucun dialogue". Etc. Les mise en caractères gras sont le fait des textes originaux reproduits. Ce qui est mis en rouge est de mon fait. (Menahem Macina).

[*] "Le Pape et le Keffieh". [**] Voir : "Et un keffieh pour le pape, un !"

Ai-je tort de m’en étonner, et, très franchement, de le déplorer? (Menahem Macina).

 

26/04/09

Le Pape et le keffieh (1)

 

Source: Blogue "Benoît et moi"

 

L’oeil du Père Scalese (23/4/2009)

 

Texte original italien : "Il Papa e la Kefiah" (23/04/09)

Le Père Scalese commente à sa façon (grave, finalement) un épisode de l’audience d’hier, qui pouvait passer pour une simple anecdote:

"Deux jeunes moyen-orientaux ont offert au Pape un keffieh blanc et noir, couvre-chef traditionnel de la culture arabe, au terme de l’audience générale du mercredi Place Saint-Pierre. La jeune fille a tendu le keffieh au Pontife, qui l’a mis sur ses épaules pendant quelques instants, avant qu’il ne soit pris par son secrétaire personnel, avec d’autres objets qui sont offerts au Pape à la fin de l’audience. Les deux jeunes (une fille et un garçon) qui ont offert le keffieh au Pape appartiennent à un groupe de 27 pèlerins de la paroisse du Champ des Bergers de Béthléem, qui, ce matin, ont pris part à l’audience place Saint-Pierre. Et justement, Benoît XVI fera étape à Béthléem, pendant son voyage qui, du 8 au 15 mai, le conduira en Jordanie et en Israël (APCOM, traduction: Blogue "Benoît et moi").

Voir aussi: Nuages sur la visite en Terre Sainte

jeudi 23 avril 2009
Le Pape et le keffieh
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Au-delà des inquiètudes et des perplexités sur le voyage du Saint Père en Terre Sainte, cette image dilate le coeur, avant tout parce qu’elle montre que les Palestiniens aussi aiment Benoît XVI, et ensuite parce qu’elle est la preuve que le Pape, au-delà de certaines décisions discutables dictées par la raison d’État, est vraiment le père de tous.

Mais combien pariez-vous que cette image créera quelques ennuis au Pape ? Combien pariez-vous que la visite au Yad Vashem et au Mur des lamentations ne seront pas des actes suffisants de réparation pour ce geste ? Déjà, j’imagine les titres des journaux israéliens, qui seront ensuite repris par toute la presse "libre" internationale : « Le Pape [est] du côté des terroristes ! ».

Naturellement, certains penseront que j’exagère ; mais, entre temps, qu’on lise cet article de Giacomo Galeazzi, dans la Stampa [texte reproduit, ici, plus bas]. Comme on peut le voir, on en est arrivé au point que le Pape doive avoir le consentement du gouvernement israélien pour décider qui il doit recevoir en audience. Remarquons que Mazen Ghanaim n’est pas un représentant du gouvernement de Gaza ou du mouvement du Hamas en exil ; il est le maire légitime d’une ville arabe de Galilée (donc de l’État d’Israël). Eh bien, le Pape ne peut pas le recevoir, parce qu’il est « un soutien du terrorisme et un fomenteur de conflits ». Et tant pis si, en ce moment, a lieu à Genève la conférence contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance !

 


 

L’article de La Stampa


 

Le Pape met le keffieh, Giaccomo Galeazzi

Deux jeunes Palestiniens, originaires de Bethléem, ont offert un keffieh noir et blanc à Benoît XVI à la fin de l’audience générale du 22 avril, Place Saint-Pierre (Source: La Stampa)

 

C’est le symbole palestinien. Dans deux semaines, le voyage en Terre Sainte


Le Pape met le keffieh d’Arafat le jour où le ministre israélien qui organise son arrivée en Terre Sainte lui demande de ne pas recevoir au Vatican le maire du Hamas.

Place Saint-Pierre, devant 40 mille fidèles, Benoît XVI s’est mis sur les épaules le tissu noir et blanc symbole du patriotisme palestinien.


Hier, à la fin de l’audience, deux jeunes de Béthléem ont offert à Benoît XVI la traditionnelle écharpe - couvre-chef : une anticipation de Terre Sainte, arrivée au Vatican depuis la paroisse du « Champ des bergers », alors que le Pape se prépare à partir, dans deux semaines, pour la Jordanie, Israël et les Territoires palestiniens.


Au début du XXème siècle, le keffieh fut associé à la révolte arabe au point de conduire l’armée britannique à emprisonner tout Palestinien qui le portait. Ensuite on détermina une distinction sur la base des couleurs.

 

Le keffieh blanc et noir (celui [dont a été revêtu] hier le Pontife) fut associé à l’OLP de Yasser Arafat et au Fatah. Le keffieh blanc et noir devint l’emblème des fondamentalistes islamiques du Hamas. Le blanc et rouge, par contre, représente, depuis des décennies, le mouvement d’inspiration marxiste-communiste pour la libération de la Palestine.


Hier matin le Pontife a d’abord serré la main d’un jeune homme originaire du Moyen-Orient, qui portait un keffieh, il s’est mis autour du cou un autre keffieh, noir et blanc, qu’une jeune fille lui a offert... Après quelques instants, son secrétaire personnel, Mgr Georg Gaenswein, a pris le morceau de tissu des épaules du Pape et l’a rangé avec d’autres cadeaux que le Pontife a reçus des pèlerins qui célébraient le 25ème anniversaire de l’imposition de la croix de l’Année Sainte aux jeunes du monde.

 

Une image insolite, celle du Pape avec le keffieh, qui a fait immédiatement le tour du monde, justement le jour où, dans une initiative sans précédent, le ministre israélien du tourisme, Stas Misezhnikov (membre de "Israel Beitenu", [de] la droite radicale) a formellement demandé à Benoît XVI de s’abstenir de recevoir au Vatican, dans les jours qui suivent, le maire d’une ville arabe de Galilée. Le maire de Sakhnin, Mazen Ghanaim, selon le ministre de l’État hébreu, « est un soutien du terrorisme et [un] fomenteur de conflits, qui agit contre les intérêts nationaux de l’État dans lequel il [occupe la] fonction de maire ». Mots très durs, accompagnés de l’appel « à Sa Sainteté pour qu’il s’abstienne de le recevoir chez lui ». Le ministre est le responsable suprême des préparatifs pour la visite de Benoît XVI en Israël le mois prochain.


La réaction du maire Ghanaim ne s’est pas fait attendre. Dans une lettre transmise au Premier ministre Benyamin Netanyahu il a exprimé sa « stupéfaction » de l’intervention du membre du gouvernement. « Il est de votre devoir de mettre fin à des expressions de ce genre », a ajouté Ghanaim. « Peut-être Misezhnikov n’a-t-il pas remarqué que la campagne electorale de février était finie ».


Il faisait allusion à la propagande électorale d’Israel Beitenu, qui a été caractérisée par un ton âpre et critique vis-à-vis de la minorité arabe en Israël. De vives protestations [contre l’initiative] du ministre Misezhnikov ont été exprimées également par l’organisation Adala, qui lutte pour l’émancipation de la minorité arabe en Israël.


Entre temps, le noir et blanc sur l’habit papal passe à l’histoire

 

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Le Pape et le keffieh (2)

 

Source: Blogue "Benoît et moi"

 

 

Les deux jeunes chrétiens palestiniens qui ont offert un keffieh au saint-Père (23/4/2009)


Récit de l’agence ASCA (traduction)

Source : ASCA

Le Curé de Beit Sahour, Don Kefiah : « Tu es le bienvenu »

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Viens, tu es le bienvenu
: ce sont les paroles des deux jeunes Palestiniens qui, hier, au terme de l’audience générale, ont offert au pape Benoît XVI - qui l’a mis autour de son cou l’espace d’un instant - un keffieh.

C’est Don Faysal Hijazim, curé de l’église de Notre-Dame de Fatima, à laquelle ils appartiennent, qui le raconte.

La paroisse [se situe] à Beit Sahour, un bourg proche de Béthléem, qui s’élève dans la localité biblique connue comme "Le champ des bergers" : le lieu où, selon la tradition, les anges vinrent annoncer aux bergers la naissance de Jésus.

 

Don Faysal, avec une vingtaine de jeunes de sa paroisse, est, depuis plusieurs jours en Italie, pour une série de rencontres, à la veille de la visite du pape Benoît XVI en Terre Sainte, du 8 au 15 mai prochain.

"Voir le pape et parler avec lui, lui offrir le keffieh, raconte-t-il, a été une chose très importante pour notre terre, pour les chrétiens et les musulmans qui l’habitent, pour attirer l’attention du pape sur la souffrance du peuple palestinien. Nous l’attendons en Terre Sainte avec impatience".

Le curé raconte l’attente des chrétiens de Terre Sainte, principalement palestiniens, pour l’arrivée du pontife, malgré les "peurs" qui l’ont précédée.


"Les gens, explique-t-il, sont contents, ils veulent le voir dans notre terre, et s’apprêtent à le recevoir avec un grand espoir, parce qu’il permettra d’apporter l’espoir à cette terre ’’.
La "peur", ajoute-t-ill, est celle de la communauté chrétienne en Palestine et en Israël, un "petit troupeau", une "toute petite communauté" qui craignait de se retrouver un peu oubliée au milieu des multiples questions que le pape devra affronter en Terre Sainte, à commencer par le dialogue global avec les musulmans, les juifs et les orthodoxes.

 

"Nous, explique don Faysal, nous voulons que le pape, comme notre chef, nous aide à approfondir notre foi, à être chrétiens. Et qu’il nous aide, avec sa présence et avec ses mots, à apporter la paix".

La situation des chrétiens, que trouvera le pontife, n’est, comme on le sait, pas facile. Un problème central pour la vie des chrétiens, comme pour les palestiniens, est celui des "droits humains", à commencer par "les humiliations que nous affrontons quotidiennement aux [points de contrôle"], et "le manque de liberté aux frontières".

"Parmi les jeunes qui sont avec moi, explique don Faysal, 16 sur 17 n’étaient encore jamais sortis de Béthléem.

 

"Pour eux, être à l’audience [générale du] pape a été un instant très important, ils ont redécouvert leur dignité humaine". Et puis, il y a les questions [de]"liberté religieuse", et le "manque de travail".

 

Mais le problème le plus grand, pour le curé, c’est "l’insécurité que nous vivons, l’absence d’avenir, d’espoir dans le futur". C’est pourquoi beaucoup de chrétiens émigrent et peu à peu disparaissent de la Palestine :

"Les jeunes qui étaient avec moi se demandaient pourquoi ils ne pourraient pas essayer de s’installer en Italie".

L’espoir est que la visite du pape puisse créer une occasion d’ouvrir également le dialogue avec les juifs :


"Dans notre [région] les rapports avec les musulmans sont excellents, mais, avec les juifs, nous n’avons aucun dialogue. Les seuls que nous rencontrons sont les soldats. Et ainsi, dans notre esprit, le juif est le soldat. C’est une situation de guerre".

 

La paroisse de Beit Sahour a aussi confié à papa Ratzinger une lettre, [datée] du 8 mars dernier, de la part de nombreux chrétiens palestiniens qui demandent au pontife de ne pas oublier, à l’occasion de sa visite, "le degré de prostration, d’humiliation et d’oppression que les chrétiens, en tant que palestiniens, vivent depuis des décennies surtout dans les Territoires occupés".

 

"Ce n’est plus le moment - telle est la conclusion - de parler de « processus de paix ». C’est le moment de la paix. Le moment de rendre la liberté aux prisonniers, la terre aux propriétaires, la sûreté à tout".

 

Un appel à la paix, partagé également par don Faysal, qui conclut en demandant à tous les chrétiens : "Venez nous rencontrer, comme le pape".

© Asca

 

Mis en ligne le 26 avril 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org