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A-Dura / France-2 (développements récents)

Mohammed al Dura: incohérences et contradictions
26/04/2009

J’ai cru bon de reprendre ce texte mis en ligne par le le blog "Autour de la liberté". En effet, il a été "trusté", comme bien d’autres, par le site Juif.org [*], qui conformément à sa mauvaise habitude, capte les textes dont il n’est pas l’auteur, ni n’en a les droits de reproduction, sans qu’il soit possible de remonter au site émetteur. Je profite de l’occasion pour dénoncer cette pratique puisque le site qui s’y livre n’a pas daigné répondre à nos remises en cause. (Menahem Macina).

[*] Sous le même titre.

26/04/09

Source : Blog Autour de la Liberté (25 avril)


Comme des dizaines de millions de téléspectateurs, le 30 septembre 2000 et les semaines qui suivirent, j’ai été choqué, révolté à l’idée qu’un petit garçon blotti contre son père, pris entre des tirs israéliens et palestiniens ait été tué par des balles israéliennes, comme l’affirmait alors Charles Enderlin sur France 2.

Bien sûr dans les guerres il y a profusion de victimes innocentes. Mais ce qui était choquant, insupportable dans ces images, c’était l’idée de tirs répétés, pendant une demie heure, ciblant volontairement le père et l’enfant.

Les images ont fait le tour du monde. Mohammed al Dura est devenu l’icône des victimes innocentes palestiniennes et le symbole d’une occupation militaire. Des rues, des mosquées et portent son nom, même des timbres gardent son souvenir, bien au-delà de la bande de Gaza.

Lorsque Daniel Pearl, le correspondant du Wall Street Journal au Pakistan a été assassiné par un groupe islamiste, la vidéo du meurtre montrait en arrière plan une photo du martyr de Mohamed al Dura.

Aussi, c’est d’abord avec scepticisme que j’ai accueilli les efforts déployés depuis 7 ans par Philippe Karsenty et l’agence Media-rating pour réfuter l’idée que Mohammed al Dura ait été tué par des tirs Israéliens.

Le silence d’Israël même, la diffusion des images par France 2 et la BBC, la réputation de Charles Enderlin, correspondant en Israël depuis des années, le fait surtout qu’il y avait déjà eu et qu’il y a eu depuis de nombreuses victimes civiles palestiniennes, n’incitait pas à prendre au sérieux la remise en cause du reportage.

Et pourtant, 8 ans et demi plus tard, Philippe Karsenty (ci-contre) et plus récemment Esther Shapira, auteure d’un documentaire-choc diffusé sur la télévision allemande ont apporté un certain nombre de questions troublantes qui sont demeurées sans réponse convaincante.

En voici quelques unes :

  • le nombre de minutes de l’incident filmé par le caméraman Talal Abu Rahma : d’environ 30 minutes, on est revenu à moins d’une minute dans les rushes de France 2 ;
  • la non-diffusion de ces rushes à l’antenne. Selon Enderlin en raison de leur caractère insoutenable. Or les rushes ne montrent nullement l’agonie du petit garçon, quelques secondes dévoilant même des mouvements de l’enfant réputé être déjà mort.
  • De même, l’absence totale d’images montrant l’évacuation du père et de l’enfant ; selon Talal Abu Rahma, parce qu’il n’avait plus de batterie sur sa caméra, ce qui contredit une déclaration faite à la télévision Allemande ;
  • l’analyse balistique par un expert près les tribunaux Français, Jean-Claude Schlinger, qui infirme la possibilité que Mohammed al Dura et son père aient pu être touchés par des tirs provenant de la position israélienne, mais qui au contraire indique qu’ils se trouvaient dans le champ de tir de la position Palestinienne ;
  • l’absence de sang sur le mur, derrière Mohammed al Dura et son père, d’autant plus surprenante que père et fils auraient été touchés par 11 balles de M16, tirées à moins de 100 m. ;

·         les conclusions d’un expert allemand en biométrie, qui montrent de sérieuses différences entre le visage de Mohammed al Dura et celui de l’enfant photographié mort à la morgue de l’hôpital de Gaza.

·         L’examen des cicatrices du père de Mohammed al Dura par un médecin Israélien, qui réfute l’idée qu’il s’agisse de tirs de M16, mais oriente plutôt vers des blessures à l’arme blanche.

L’ensemble de ces points amène Philippe Karsenty à affirmer que Mohammed al Dura n’est pas mort ce 30 septembre 2000 devant la caméra de Talal Abu Rahma, comme Charles Enderlin l’a prétendu

Compte tenu de l’importance qu’à revêtue la mort de Mohammed al Dura, si elle a vraiment eu lieu comme France 2 le prétend, on pourrait s’attendre à un examen sur le fond et de la part de Charles Enderlin, et à une démonstration irréfutable, ou du moins à une argumentation solide point par point.

Or, il n’en est rien. Bien au contraire, le procès intenté sur la forme à Karsenty, et, pour l’heure, gagné par celui-ci, comme les pétitions de soutien à Enderlin qui ne prouvent rien, et les accusations de négationnisme lancées contre Karsenty visent au contraire à esquiver le débat et l’expertise de fond que seul Karsenty a entreprise.

Qui plus est, le fait que Enderlin se soit abstenu de préciser dans le reportage qu’il n’était pas lui-même présent sur les lieux, faisant accroire le contraire, couvrait le reportage de l’autorité d’une chose vue par le correspondant de France 2.

La vérité est que les images étaient en fait filmées par un caméraman, en son absence, ce qui constitue déjà une erreur professionnelle grave et une faute morale.

Cependant presque 9 ans plus tard, à quoi bon revenir sur cette affaire ?

Précisément l’affaire al Dura entre dans l’histoire et, en tant que telle, doit être soumise à la critique rationnelle.

Ce n’est pas l’existence de victimes Palestiniennes innocentes qui est remise en cause. C’est un reportage vu dans le monde entier et transformé en symbole. Les images ne sont pas toujours ce qu’elles prétendent être, il est nécessaire de les décrypter.
 

Surtout, le reportage est la propriété de France 2, chaîne publique. Le refus du débat contradictoire, les insultes [proférées] à [l’encontre de] Philippe Karsenty, sont [le fait de] représentants d’une chaîne publique, donc de l’Etat.

Devant l’étendue de l’enquête menée par Philippe Karsenty, les pouvoirs publics Français ne sauraient éviter le débat de fond.


Pour faire apparaître quoi ? La Vérité bien sûr, quelle qu’elle soit !


Les millions de gens qui ont vu ces images, qui ont cru, qui croient encore [à] la mort, devant [une] caméra, du petit enfant palestinien, ont été marqués par ce qu’ils ont vu, leurs opinions ont été [jusqu’à] ce jour confortées ou infléchies de façon durable.


Or, le conflit Israélo Palestinien est suffisamment complexe et tragique pour ne pas s’aggraver de doutes et de mensonges, à moins de chercher à l’entretenir.


Ce conflit a aussi été importé en France et exporté dans le monde par le reportage, générant de multiples haines et agressions antisémites.


Au delà des passions il faut que la vérité soit dite.

Il en va aussi de l’intérêt des journalistes, dont le métier est souvent [mis en question] par le déferlement des images, le rôle ambigu des fixeurs et des caméramans (tel Talal Abu Rahma) dont les partis pris entachent souvent l’activité, et enfin, le pouvoir discrétionnaire des régimes autoritaires sur les médias, comme c’était le cas à Gaza, en 2000, de la part de l’autorité Palestinienne de Yasser Arafat.


Suite à une plainte en diffamation déposée par Charles Enderlin et France 2, la cour d’appel de Paris a, le 21 mai 2008, considéré
" ..qu’il y avait lieu de décider que Philippe Karsenty a exercé de bonne foi son droit de la libre critique ; que, ce faisant, il n’a pas dépassé les limites de la liberté d’expression reconnue par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme..."

Loin d’encourager la recherche de la vérité, plusieurs centaines de journalistes, certains très réputés, ont signé un appel en faveur de Charles Enderlin, en réaffirmant comme une certitude que le reportage montre "la mort de Mohammed al-Doura, 12 ans, tué par des tirs venus de la position israélienne, le 30 septembre 2000", et en proclamant : "la liberté d’action des journalistes est l’objet d’attaques répétées, nous rappelons notre attachement à ce principe fondamental, pilier de la démocratie et nous renouvelons à Charles Enderlin notre soutien et notre solidarité"

Laissons de côté l’idée que "la liberté d’action des journalistes" - curieuse formule - soit la même chose que la liberté de la Presse.

L’affirmation rapide de la véracité du reportage par toute cette confrérie qui n’a peut-être pas eu le temps d’étudier les éléments apportés par Philippe Karsenty, vise autant à étouffer des questions légitimes qu’à défendre l’honneur d’Enderlin.

Or, sauf à démonter point par point les éléments apportés par Philippe Karsenty et le reportage de la télévision allemande, il n’est plus possible aujourd’hui d’affirmer que Mohammed al Dura est bien mort devant la caméra de Talal Abu Rahma.

Il demeure, au contraire, une nécessité de vérité et de débat contradictoire. Il y a d’autres exemples historiques de cas qui mirent des années avant d’aboutir à l’établissement authentique des faits.

L’un deux est l’affaire Lazlo Rajks, du nom d’un ministre hongrois mort en prison au début des années 50. L’exigence de la vérité sur la mort de Rajks, suicide selon le pouvoir stalinien, assassinat, en réalité, fut l’un des flux porteur de la révolution de 1956.

Au Liban, la vérité sur la mort de Rafic Hariri n’est toujours pas faite, pas plus que sur la mort de Gibran Tueni et de nombreux autres opposants à la Syrie.

En France,enfin,il y a eu, bien sûr, l’affaire Dreyfus. Peut-être est-ce très loin de Mohammed al Dura.

Mais, alors aussi, une corporation - l’armée, prise entre ses préjugés et une erreur initiale s’est enferrée dans le mensonge et la dénégation.

Les médias sont-ils, par rapport à la vérité, comme l’armée d’hier, une corporation sûre de son pouvoir et au-dessus de tout soupçon ?

Daniel Pearl, Six Ans Après

Autour d’un Meurtre Simple au Pays du Cèdre

Autour du Rapport Melhis et de Gibran Tueni

La Révolution Hongroise de 1956 et l’Affaire Lazlo Rajks


© Autour de la Liberté

 

Mis en ligne le 26 avril 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org