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Israël (Chrétiens pour)

La contribution historique des chrétiens à la renaissance d’Israël, Abbé Alain René Arbez
28/04/2009

Les contributions de l’abbé Arbez sont bien connues de nos visiteurs et ne sont jamais oiseuses. J’ai particulièrement apprécié celle-ci parce qu’elle traite d’un sujet qui est au coeur de mes recherches historiques et théologiques de ces dernières décennies : la communauté de destins du judaïsme et du christianisme. Je l’ai équipée de références destinées à celles et ceux qui veulent en savoir davantage sur ce phénomène, qui remonte à plusieurs siècles et s’est intensifié avec le retour des Juifs dans leur ancienne patrie. La ferveur de ces zélateurs d’Israël, parfois excessive, voire importune, mais qui a au moins le mérite de la sincérité, leur a valu l’étiquette de "sionistes chrétiens", titre de gloire pour les uns, insulte pour les autres. (Menahem Macina).

28/04/09

        

A la manière d’Ahmadinejad, certains cherchent à faire croire à l’opinion désinformée que l’Etat d’Israël, apparu en 1948 sur la scène des nations modernes, ne serait qu’une arbitraire compensation coloniale de la Shoah. Or, si l’on observe les faits, la renaissance nationale d’Israël est la conséquence logique d’un processus qui vient de loin dans l’extraordinaire histoire du peuple juif, mais c’est un événement dans lequel les chrétiens sont aussi impliqués.

Le cardinal Christophe Schönborn, archevêque de Vienne, écrivait en 1998 :

« C’est un fait, aussi bien pour la foi juive que pour la foi chrétienne, qu’il y a eu, une fois et une seule, dans l’histoire de l’humanité, un pays bien déterminé, dont Dieu a pris possession pour toujours  comme étant Son héritage (1 S 26, 19), Son pays (Jr 2, 7), et qu’Il a confié au peuple élu par Lui, Israël, comme étant Son propre peuple (Dt 1, 36). On ne peut guère mettre en doute que la fondation de l’Etat d’Israël soit liée à la promesse biblique de la terre. »

Des chrétiens de toutes les Eglises ont effectivement joué un rôle majeur dans l’affirmation publique de la légitimité d’Israël. La Bible hébraïque étant aussi Ecriture sainte chez les chrétiens, il est assez logique que ceux-ci aient pris au sérieux ce qu’ils lisaient dans leur texte sacré. Depuis St Irénée de Lyon, ou Méliton de Sardes, des courants spirituels espérant la restauration d’Israël se sont exprimés à travers les siècles au sein du christianisme.

Les espoirs chrétiens de la réappropriation d’Eretz Israel par les juifs se sont clairement manifestés dans les différentes dénominations ecclésiales. On peut dire que le sionisme chrétien [1], à mi-chemin entre les fondements spirituels et leurs conséquences politiques, a préparé et relayé une part significative du sionisme juif. L’exemple de l’évêque tchèque Comenius [2] en est une illustration parmi bien d’autres.

Au XIXe siècle, en France, on retrouve ces idées dans la très académique Revue Biblique (catholique), ainsi que dans le renouveau évangélique en Angleterre, qui, avec John Darby, donne une place importante au retour du peuple juif en terre d’Israël.

Henri Dunant, fondateur de la Convention de Genève et de la Croix-Rouge, constitue la Société Nationale Universelle pour le renouvellement de l’Orient. C’est ce climat consensuel chez des chrétiens influents que rencontre Theodore Herzl lorsqu’il entame sa campagne finale en faveur de l’aboutissement d’un Etat juif.

En 1917, c’est la Déclaration Balfour. D’où cette affirmation du Révérend Norman Maclean :

« Le sionisme réclame de nombreux juifs nobles comme organisateurs. Mais peu réalisent que les trois hommes qui rendirent possible cette politique étaient chrétiens : Wilson, Balfour  et Lloyd George ».

A Rome, en 1926, est lancée une association catholique des Amis d’Israël, fondée par le général des chanoines de Sainte-Croix. Elle compte bientôt dans ses rangs 19 cardinaux, 278 évêques et 3000 prêtres du monde entier [3]. En 1947, l’archevêque catholique de Beyrouth, Mgr Ignace Moubarak, écrit  à l’ONU : « Historiquement, il est indéniable que la Palestine a été la patrie des juifs et des premiers chrétiens ».

En 1948, comme Claudel, Maritain réaffirme avec force la légitimité d’Israël [4]:

« Ce que Dieu a donné une fois est donné pour toujours. Ce don de la terre de Canaan aux tribus d’Israël est matière de foi pour les chrétiens comme pour les juifs! »

Après la tragédie de la Shoah, la rencontre de Seelisberg, en Suisse, a été décisive [5]. Elle prépare directement les prises de position du concile Vatican II, avec Nostra Aetate, ainsi que les futures déclarations protestantes.

Comme le rappelait le pape Jean-Paul II à Mayence en 1980 [6] : « l’alliance avec Israël n’a jamais été abolie ! » Et lors de sa visite à la synagogue de Rome en 1986 : « les juifs sont les frères aînés des chrétiens, et le lien entre judaïsme et christianisme est intrinsèque ».      

 

© Abbé Alain René Arbez, Genève.

Délégué aux relations avec le judaïsme

 

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Notes de Menahem Macina

 

[1] Voir : Paul Giniewski, "Le retour à Sion : Un rêve bi-millénaire" ; Dr Ali Menjour, "Sionisme chrétien: Darby et le pré-millénarisme chrétien" ; Martin Janecek, "Le Millenium et le Sionisme chrétien" ; Michaël Perko, " ’Jérusalem en esclavage’ : Chrétiens, Bible, et époque actuelle, la politique israélo-palestinienne " ; etc..

[2] P. Giniewski, art. cité ci-dessus, écrit à propos de ce grand humaniste du XVIIe s. : "En 1642, il propose, dans "Voie de la lumière", une série de recettes pour un monde meilleur : une langue, des écoles et une littérature internationales. Ses innovations devaient amener « la destruction des royaumes de l’Obscurité et la victoire de la Lumière et de la Vérité ». La révolution universelle devait comprendre aussi la restauration des Juifs et l’institution d’une foi, venant de Sion, que tous les peuples de la terre embrasseront. Le même Comenius publiait en 1648 un roman de politique-fiction, où la Jérusalem restaurée et régénérée par le peuple juif est décrite cinquante ans après le retour. C’est un pays modèle, qui a copié chez les autres peuples le meilleur de leur technique : « Nous ne dédaignons pas emprunter au dehors ce qui est bon (…). Comme il se doit, dans une vraie république, nous prenons un soin particulier des jeunes (…) Une descendance plus belle et plus talentueuse s’est levée parmi nous depuis notre restauration ».

[3] Voir : Menahem Macina, "Amis d’Israël : un «nouveau regard» en avance sur son temps"

[4] Cité d’après Jacques Maritain, Oeuvres complètes, Ed. Saint Paul, Paris, 1985, volume 10, pp. 651-652.

[5] Voir l’excursus 3, intitulé "La conférence de Seelisberg (1947)", de mon article « Préhistoire de la "Déclaration sur les Juifs" (Nostra Aetate § 4) ».

[6] Voir mon article : "Caducité ou irrévocabilité de la 1ère Alliance dans le Nouveau Testament ? La formule de Mayence", paru dans la revue catholique Istina XLI (1996), Paris, pp. 347-400.

 

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Mis en ligne le 29 avril 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org