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Israël (Société - mentalités)
Appeasement

Le “Jamais plus”, version Obama, Michael Ledeen
01/05/2009

30/04/09


Source : Site Pajamasmedia (27 avril)


Texte original anglais : "« Never Again », Obama Style
"


Traduction française : Menahem Macina, pour upjf.org

 

Aucun président de l’époque moderne n’est parvenu à cacher une si grande part de sa biographie que celui-là. Les journalistes affectés aux scoops sur Obama semblent avoir perdu leur appétit traditionnel pour la recherche d’éléments manquants. Nous n’avons pas un rapport médical, ni un document de l’Université de Columbia, ni la moindre indication sur ce qu’il a fait de bon à la Faculté de Droit de Harvard.

Ces choses ne sont pas forcément importantes, mais elles peuvent l’être. Personne ne pense que le président a quelque problème médical que ce soit. Il présente tous les signes d’une excellente condition physique. Mais c’était aussi le cas de John F. Kennedy, dont il s’avéra qu’il avait eu la maladie d’Addison et qu’il prenait des stéroïdes et des calmants anti-douleur, qui ont eu un effet sur son efficacité. Nous ne le savions pas alors. Nous aurions dû le savoir.

Qu’a étudié Obama ? Avec qui ? Avec quel succès ? Obama tient, de temps en temps, des propos qui ne sont pas caractéristiques de personnes cultivées, comme lorsqu’il gaffe à propos du nombre d’Etats américains, ou quand il semble croire qu’on parle "autrichien" à Vienne. S’agit-il de lapsus accidentels ? Ou bien ses années d’université et d’études de droit témoignent-elles d’une ignorance structurelle ? Nous avons le droit de le savoir, mais les habituels suspects de la meute des chasseurs de médias, font preuve d’un manque de curiosité décevant, quoique tout à fait prévisible.

De grandes quantités de papier-journal ont été remplies de critiques justifiées de l’insistance bush-chenyenne sur le secret. Des critiques, et même des gens qui se prétendaient sympathisants de l’administration Bush, ont été encouragés à croire toutes sortes d’absurdités, dont beaucoup étaient alimentées par l’incapacité bien connue de cette administration à expliquer ce qu’elle faisait, et pourquoi elle le faisait. De la même manière, l’obstruction à l’accès d’informations de base sur Obama alimente de sombres soupçons sur la légitimité même de sa présidence, et sur la persistance de l’exigence qu’il prouve sa qualification constitutionnelle à occuper ce poste.

Manquant de l’information de base, nous devons utiliser les vieux outils. Nous devons inférer, déduire, et deviner. Nous devons analyser ses propos et les comparer à ses actes. Lui-même y insiste. En mars, quand les Coréens du Nord ont répliqué aux multiples avertissements internationaux en lançant une fusée, Obama a mis l’accent sur le fait que « les mots doivent signifier quelque chose ». « Le monde doit faire front commun pour empêcher la dissémination de ces armes. C’est le moment, à présent, d’une réponse internationale forte ». Il a eu raison d’insister sur le fait que des bavardages inutiles n’avaient rien de bon, parce que, s’il n’était pas tenu compte des avertissements sans que cela n’implique aucun prix à payer, les avertissements n’auraient plus de sens. Sans action, les mots ne signifient rien.

Une déclaration conjointe Etats-unis-Europe est revenue sur ce thème, faisant remarquer que la Corée du Nord développait « sa capacité de menacer des pays, voisins et lointains, par des armes de destruction de masse. » Elle ajoutait :

« Cette action exige une réponse de la communauté internationale, y compris de la part du Conseil de Sécurité de l’ONU, pour démontrer qu’on ne peut faire fi de ses résolutions en toute impunité. »

Ce qui m’amène à son récent discours, peu analysé, prononcé au Capitole, pour le Jour du Souvenir de l’Holocauste, un thème obligatoirement cher au coeur et à l’âme de notre premier président noir. Une partie de ce discours est du meilleur Obama : élégant, sobre, allant droit au fait. Il a souligné un point qui m’est cher, et qui est souvent oublié dans l’histoire du fascisme :

« C’est la plus sinistre des ironies que l’un des actes les plus sauvages et les plus barbares du mal dans l’histoire ait pris naissance dans l’une des sociétés les plus modernes de son temps, où tant de points forts du progrès humain sont devenus des outils de dépravation de l’humanité : une science capable de guérir, utilisée pour tuer ; une éducation capable d’éclairer, utilisée pour justifier rationnellement les instincts moraux les plus bas...

Oui, le fascisme et le nazisme sont issus de deux sociétés occidentales parmi les plus avancées et les plus cultivées : l’Italie et l’Allemagne. Et les institutions de ces sociétés ont été mises au service de l’Holocauste, avec bien peu de protestations de la part individus parmi les plus cultivés et les plus modernes de ces sociétés.

La bureaucratie qui régule la vie moderne, a été utilisée comme une machinerie de la mort de masse, un système impitoyable et effroyablement efficace, où beaucoup ont été responsables du massacre, mais peu ont eu concrètement du sang sur les mains... »

Ces propos sur la « bureaucratie qui régule la vie moderne » fournissent un aperçu utile sur la manière dont Obama considère l’exercice de l’autorité. Il aime l’autorité, particulièrement la sienne. Mais il a mal compris l’histoire nazie. La bureaucratie qui a organisé les meurtres de masse était en grande partie militaire, et sa composante la plus importante ne faisait pas partie de la bureaucratie ni même de l’armée traditionnelle, mais de la SS, qui était rattachée directement au Führer, et non au vieil Etat allemand.

La description, que fait Obama, du processus de massacre, dans lequel les victimes ont été traitées par une chaîne de meurtre de masse, est exacte et importante, mais il n’a pas compris que Hitler avait créé un nouveau genre d’Etat. Le nazisme a pris le pouvoir en Allemagne, mais l’Etat nazi était très différent de l’"Etat de droit" qui l’avait précédé.

C’est alors qu’Obama donne sa version du "Plus jamais", et c’est une version très étrange, en vérité. D’abord, il tire des motifs d’espoir des survivants de Holocauste. Ceux qui sont venus en Amérique ont eu un taux de naissance plus élevé que les juifs qui vivaient déjà ici, et que les membres du « peuple choisi » qui a créé Israël. Ceux-ci, dit-il, ont choisi la vie et l’ont revendiquée, en dépit des horreurs qu’ils avaient subies. Puis, il poursuit :

« Nous trouvons une raison d’espérer dans le fait que des enfants protestants et catholiques vont à l’école ensemble en Irlande du Nord ; que des Hutus et des Tutsis vivent en bon voisinage et pardonnent à ceux qui ont commis l’impardonnable ; et dans l’existence d’un mouvement pour sauver le Darfour, qui compte des milliers de groupes locaux dans les collèges et les facultés de 25 pays, et qui a rassemblé, dans le grand hall public de Washington, 70 000 personnes de tous âges, croyances religieuses, expériences et races, unis pour une cause commune à des frères et des soeurs souffrants d’un bout du monde à l’autre.

Tous ces gens peuvent être notre avenir, nos compatriotes du monde, qui nous montrent comment effectuer le voyage de l’oppression à la survie, comment passer de la situation de témoin à celle de résistance, et finalement à la réconciliation. C’est ce que nous voulons dire quand nous disons "plus jamais". »

Donc, "plus jamais" veut dire que nous apprenons d’autres comment pardonner et oublier, et finalement vivre heureusement les uns avec les autres. Mais ce n’est pas ce que signifie "plus jamais", au moins pour la génération de l’Holocauste et pour la plupart de ses descendants. Pour eux, "plus jamais" signifie que nous allons annihiler celui qui se prend pour le prochain Führer. Pas une fois, dans tout son discours, Obama ne mentionne que les Etats-Unis ont pris la tête une coalition de peuples libres contre l’Allemagne, l’Italie et le Japon ; il ne parle pas davantage non plus de la nécessité du sacrifice pour empêcher la réitération de ce qui s’est passé. En fait, ses exemples suggèrent qu’il ne saisit pas toutes les dimensions de la lutte contre le mal. L’Irlande du Nord est un exemple totalement inadéquat (rien qui ressemble, même de loin, à un Holocauste, ne s’est produit dans ce pays) ; les relations entre Hutus et Tutsis, au Rwanda et au Burundi, ne sont guère caractérisées par le pardon, bien que le président du Burundi œuvre puissamment à réaliser un modus vivendi pacifique ; quant au Darfour, eh bien, malgré les dizaines de milliers de personnes qui ont manifesté dans le grand Hall public de Washington, personne n’a fait grand-chose pour empêcher le régime de Khartoum de massacrer les peuples du sud.

Dans l’histoire des temps modernes, les Etats-Unis ont fait plus que n’importe qui d’autre, peut-être davantage que le monde entier réuni, pour vaincre le mal, et nous le faisons encore. Pourtant, Obama dit que nous devons "apprendre d’autres" comment progresser, pardonner et oublier, et vivre heureux pour toujours. Mais ce ne sont que des mots et non des politiques, ni même des actions. Et les significations qu’il donne à ses mots montrent qu’il n’a pas réellement l’intention de faire quoi que ce soit pour contrecarrer le mal, pas plus qu’il n’a eu quelque action concrète à proposer pour punir la Corée du Nord.

Fait significatif, Barack Obama est beaucoup plus sévère envers ses opposants intérieurs américains, qu’à l’égard des tyrans qui menacent nos valeurs et l’Amérique elle-même. Il dit aux Républicains qu’ils feraient mieux de cesser d’écouter Rush Limbaugh [1], mais il ne critique pas les Palestiniens qui éduquent leurs enfants dans la haine des juifs. Il se prosterne devant le monarque saoudien, mais humilie le Premier ministre de Grande-Bretagne. Il exprime son étonnement de ce que l’on puisse craindre que le président vénézuélien Hugo Chavez soit une menace pour la sécurité nationale, alors même qu’il scelle une alliance avec un Iran qui fait venir de Téhéran, via Damas, dans notre hémisphère, des avions pleins de maîtres ès terreur, d’armes et d’explosifs, qui alimente le trafic de terroristes et de narcotiques, et offre des installations militaires aux vaisseaux de guerre et à l’aviation russes. Apparemment [Obama] semble indifférent à l’islam radical et à la résurgence du communisme en Amérique latine, tandis que son département de la sécurité intérieure lance  un avertissement aux anciens combattants – élite de l’Amérique – de retour du Moyen-Orient. Il s’efforce d’avoir des relations chaleureuses avec l’Iran et la Syrie – qui ont du sang américain jusqu’au cou –, tout en avertissant Israël des terribles conséquences qu’il encourt s’il tente de lancer une attaque préventive contre la menace nucléaire iranienne.

Jusqu’ici, au moins, l’unique message clair du Président Obama est qu’il n’est pas disposé à combattre... nos ennemis internationaux. Et les propos suivants de son discours pour la Journée de l’Holocauste, donnent l’impression qu’il est plus un psychothérapeute qu’un dirigeant national :

« … Nous avons l’occasion de prendre l’habitude de l’empathie, de nous reconnaître dans chacun d’autre, de nous engager à résister à l’injustice, à l’intolérance et à l’indifférence, quelles que soient les formes qu’elles peuvent prendre, que ce soit en tenant tête à ceux qui mentent à propos de l’histoire, ou en faisant tout notre possible pour empêcher et stopper des atrocités comme celles qui ont eu lieu au Rwanda, et celles qui ont lieu au Darfour… »

Ces mots sont calculés pour intérioriser [2] les conflits qui font rage dans le monde réel, et c’est précisément le genre de propos qui encourageront nos ennemis à redoubler d’efforts pour nous abattre. Car si le président des Etats-Unis n’agit pas, qui peut les arrêter?

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Notes du traducteur

 

[1] Linbaugh, personnalité très controversée, est l’un des animateurs de radio les plus écoutés du pays (13 millions de personnes par semaine, selon Wikipedia). C’est un tenant inconditionnel de la droite américaine, et il a contribué à la réélection de Georges Bush.


[2] Faute de meilleure option, j’ai traduit par "intérioriser" le verbe anglais "internalize", qui signifie, dans le présent contexte, amener l’esprit à accepter comme normal le fait qu’il y a des conflits.


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© upjf.org

 

Mis en ligne le 1er mai 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org