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Christianisme
Benoît XVI

Le pape en Terre Sainte : un voyage pastoral à haut risque - Dossier de Presse
08/05/2009

08/05/09

Source : Médias et Evangile, 7 mai 2009

Texte original (en pdf).

L’information médiatique
est au service
du bien commun

Décryptages - Interviews - Analyses

 

 

1. Décryptage

1 DÉCRYPTAGE

Le pape en Terre Sainte :

un voyage pastoral à haut risque

 

Le pape condamné au grand écart ?

Simple pèlerin, chef religieux et chef d’Etat, le pape Benoît XVI arrive en Terre Sainte muni de ses multi­ples casquettes, ou plutôt d’une mitre aux multiples facettes, tant il paraît impossible de séparer la per­sonne de la fonction. Le pape a lui-même défini l’axe majeur de son voyage : « Du 8 au 15 mai, j’accom­plirai un pèlerinage en Terre Sainte pour deman­der au Seigneur, en visitant les lieux sanctifiés par son passage sur la terre, le précieux don de l’unité et de la paix au Moyen Orient et pour toute l’humanité ». Placer son voyage sous le signe de la paix et de l’unité pourrait sembler suffisamment consensuel pour déminer les crispations et prévenir les chausse-trappes. Il n’en est rien.

Contrairement à ce que pourraient laisser penser cer­taines difficultés anciennes ou récentes, d’une part entre Israël et le Vatican (négociations délicates sur le statut juridique et fiscal des lieux saints), d’autre part entre juifs et catholiques (crise Williamson), ce n’est pas de ce côté-là que le danger semble le plus évident. Sur le premier point, l’affaire serait en voie d’être résolue, sinon déjà réglée ; sur le second point, la crise Williamson a trouvé une issue favorable.


Les chrétiens entre le marteau et l’enclume

Paradoxalement, c’est du côté des chrétiens de Terre Sainte que les inquiétudes semblent les plus vives. S’ils semblent se mobiliser en masse pour venir en­tendre le pape, leur enthousiasme est tempéré par de réelles angoisses. Des angoisses si fortes qu’un groupe de 40 personnalités chrétiennes de Terre Sainte a adressé une supplique au Saint-Père pour lui demander de reporter sa visite en Israël. Ces chré­tiens sont-ils anti-pape ? Certainement non. Sont-ils hostiles à la personne de Joseph Ratzinger ? Encore non. Voient-ils un inconvénient de principe à ce que le pape fasse un pèlerinage en Terre Sainte ? Tou­jours non. N’ont-ils pas un grand besoin du soutien pastoral de leur chef spirituel ? Mille fois oui ! Alors quoi ? Où est le problème ?

Le problème est que ces chrétiens arabes et Pales­tiniens se trouvent dans une situation impossible. Impossible vis-à-vis de l’occupant, subissant mille tracasseries et humiliations ; impossible vis-à-vis de leurs frères de sang musulmans, chaque avancée du dialogue juifs-catholiques et chaque progrès de la relation diplomatique Israël-Vatican étant exploités par les fondamentalistes pour les suspecter, voire les accuser, de « faire le jeu du sionisme ». En réaction, les chrétiens arabes et palestiniens ont tendance à jouer la surenchère radicale avec les islamistes dans leur opposition à Israël. Dans ce contexte, la visite du pape ami d’Israël peut les mettre en difficulté. Le pape le sait, il a décidé d’en prendre le risque. Sa sollicitude pastorale vis-à-vis des chrétiens de Terre Sainte saura-t-elle inverser la tendance ? Tout peut arriver. Il faudra au pape du courage, de l’habileté et une foi à déplacer les montagnes.

 

Guillaume de Prémare


 

2. Différents aspects

du voyage du pape en Terre Sainte

Le pape a lui-même présenté son voyage en Terre Sainte comme un pèlerinage, afin de « demander au Seigneur (...) le précieux don de l’unité et de la paix. » Cet aspect spirituel se double d’une dimension pastorale essentielle, à la rencontre des âmes dont il a la charge. Dans ce cadre, l’inévitable incidence politique du voyage est secondaire.

 

Un pèlerinage personnel

Pour Joseph Ratzinger, il s’agit avant tout d’un pè­lerinage personnel sur les pas du Christ. C’est en recevant, le 12 février dernier, une délégation de la Conférence des présidents des organisations juives américaines majeures, que Benoît XVI a évoqué pour la première fois une visite en Israël : « Moi aussi, je me prépare à visiter Israël, un pays qui est saint pour les chrétiens comme pour les juifs, puisque les raci­nes de notre foi se trouvent là-bas. En effet, l’Eglise tire sa nourriture de la racine de ce bon olivier, le peuple d’Israël, sur lequel ont été greffées les bran­ches sauvages des gentils (cf. Rm 11, 17-24). Depuis les premiers jours du christianisme, notre identité et chaque aspect de notre vie et de notre prière ont été intimement liés avec l’antique religion de nos pères dans la foi. »

Une visite pastorale

Le pape Benoît XVI, vient à la rencontre des âmes dont il a la charge. Les catholiques sont les chré­tiens les plus nombreux de la minorité chrétienne : tous rites confondus, ils représentent un peu plus de 100 000 personnes (Sources : Custodie franciscaine de Terre Sainte - « Un écho d’Israël »). Selon qu’ils sont Arabes ou Israéliens, ils n’ont pas le même sta­tut aux yeux de l’Etat d’Israël : un chrétien de Gaza n’a pas les mêmes droits qu’un chrétien de Bethléem ou de Jérusalem.

Une dimension diplomatique secondaire


Vis-à-vis des musulmans, les chrétiens se trouvent fréquemment en porte-à-faux, dans un contexte de
radicalisation islamiste. Ils rencontrent de ce fait des situations extrêmement complexes au quotidien. Il existe par ailleurs une toute petite minorité de chré­tiens d’expression hébraïque.

Benoît XVI va également rencontrer les orthodoxes, afin de renforcer le dialogue œcuménique ; mais aussi les autorités religieuses juives et musulmanes, pour poursuivre le dialogue interreligieux.

La dimension diplomatique n’est pas au cœur du voyage. Cependant, pour Benoît XVI, chef de l’Etat du Vatican, en négociation avec Israël, cette visite pourrait donner un coup de pouce à une situation di­plomatique bloquée depuis plus de quinze ans : le statut juridique et fiscal des lieux saints dont l’Eglise a la charge.

En 1993, des accords entre le Saint-Siège et l’Etat d’Israël ont permis de régler une situation qui jetait une ombre sur les relations entre les deux Etats, mais la négociation sur le volet financier de l’accord n’est pas encore officiellement résolue à ce jour.

Par ailleurs, l’implication éventuelle du Vatican dans le processus de paix n’est pas à l’ordre du jour, com­me l’a souligné le nonce apostolique lui-même. Tou­tefois, le fait que le pape soit à la fois un chef religieux et un chef d’Etat peut lui donner une plus grande lati­tude pour poser un certain nombre de gestes forts.

Natalia Branlard

ZOOM : Les chrétiens des Territoires seront présents

15 000 chrétiens vivent dans les Territoires. Le 5 mai, à 11 heures, les autorités chrétiennes avaient reçu 11 000 permis leur permettant de se rendre en Israël à la rencontre du pape. D’autres permis étaient en attente. Concernant les 286 fidèles catholiques qui vivent à Gaza, 250 permis étaient

3. Qu’attendent les chrétiens arabes et palestiniens de la visite du pape en Terre Sainte
attendus. Des musulmans souhaitent également se joindre à eux.te mobilisation en vue des cérémonies, les chrétiens arabes et Palestiniens s’inquiètent :

Malgré une forte mobilisation en vue des cérémonies, les chrétiens arabes et Palestiniens s’inquiètent : “ N’y en aura-t-il que pour Israël ?” Certains souhaitaient même le report du voyage. Cette inquiétude traduit une angoisse forte liée à leur situation complexe, entre “ le marteau et l’enclume ”.

Les chrétiens entre espérance et désenchantement


Ces dernières années, les chrétiens de Terre Sainte ont tout espéré des différents processus politiques et
la situation n’a fait qu’empirer. Le pape arrive donc parmi eux dans un contexte de désenchantement et d’angoisse. C’est pour cela que, paradoxalement, ils attendent à la fois énormément et très peu de la ve­nue de Benoît XVI. « Si l’on schématise, résume Ma­rie-Armelle Beaulieu, du bureau de presse de la Cus­todie franciscaine de Terre Sainte, ils aimeraient que le Pape ait une baguette magique tout en sachant pertinemment qu’il n’en a pas, et redoutent plus que tout la déception. » Lorsque le pape a annoncé son intention de se rendre en Terre Sainte, la plupart des chrétiens locaux ont eu cette impression : « Une fois de plus il n’y en aura que pour Israël ».

Une retenue nourrie par l’angoisse


Cette retenue tient en grande partie à la situation des chrétiens arabes au sein de la communauté palesti­nienne. Jusqu’ici protégés par l’Autorité Palestinienne comme membres à part entière de la communauté, l’affaiblissement de l’Autorité Palestinienne au profit des islamistes a changé la donne. Aujourd’hui, elle est contrainte de faire des concessions aux radicaux islamistes. On n’en parle pas ouvertement dans la communauté chrétienne, mais l’ambiance change : « Le rapprochement du Vatican avec l’Etat d’Israël va amener les amateurs de raccourcis aussi faciles que politiques à penser que tous les chrétiens sont sionistes. Et donc qu’un arabe chrétien est, quoi qu’il en dise, non seulement un infidèle pour l’Islam mais aussi un renégat de la cause arabe, ajoute Marie-Ar­melle Beaulieu. Les chrétiens pensent que leur sur­vie au sein de la Palestine passe par le fait d’épouser totalement la cause palestinienne. »

Des personnalités chrétiennes ont demandé le report de la visite du pape


C’est dans ce contexte qu’il faut interpréter la lettre que quarante personnalités de la communauté chré­tienne arabe de Palestine ont écrite au Saint-Père en février dernier, pour lui demander de surseoir à son voyage. Aigreur d’intellectuels en marge ? Bien au contraire, « ces 40 sont représentatifs de la com­munauté chrétienne arabe », disent, unanimes, le père Olivier-Thomas Venard, de l’Ecole biblique de Jérusalem et Marie-Armelle Beaulieu. L’association chrétienne Al Bushra a quant à elle appelé de ses vœux une visite du Saint-Père à Gaza. Une visite que le Vatican souhaitait fermement mais qui n’a pu se concrétiser, parce que l’Autorité Palestinienne n’avait pas les moyens d’assurer la sécurité du Saint-Père, et qu’il était bien évidemment impensable qu’elle soit confiée au Hamas.


Une réelle mobilisation

L’arrivée du Saint-Père approchant, les esprits s’apai­sent peu à peu et font place à une certaine fierté. A la Custodie franciscaine, on annonce déjà qu’il y a plus de demandes que de places disponibles pour les dif­férentes célébrations, et que ce sont des demandes d’autochtones et non de cars affrétés par les tour operators chrétiens. L’équilibre du programme pontifical a été remarqué et apprécié. Les chrétiens arabes attendent le pape, à la fois an­xieux et confiants.

Natalia Branlard

 

ZOOM:

En Israël, seuls quelques ultra-orthodoxes minoritaires, comme le rabbin Ben Ari ou les rabbins du « Sanhedrin Restauré » manifestent aujourd hui une hostilité ouverte envers le pape et l Eglise. La crise Williamson résolue, les autorités religieu­ses juives accueilleront le pape dans un climat de confiance. Du côté musulman, si les Frères musulmans de Jordanie ont souligné que le pape n’était pas le bienvenu, les principales autorités religieuses de l Islam en Terre Sainte s apprêtent à le recevoir avec courtoisie. Le pape rencontrera le Grand Mufti de Jérusalem.

 

4. Mgr Philippe Brizard : « Les chrétiens Palestiniens attendent une parole forte sur leur sort »


Mgr Brizard est directeur général de l’Œuvre d’Orient

 

Les chrétiens de Terre Sainte vivent une situa­tion difficile. Est-ce parce qu’ils sont chrétiens ou parce qu’ils sont, pour la plupart, Palestiniens ?

C’est un peu les deux. Jusqu’à présent l’Etat d’Israël a montré une certaine méfiance envers les chrétiens, comme envers les autres Arabes. Côté musulman, les chrétiens de Cisjordanie et de Gaza vivent dans un monde travaillé par des communautarismes. On a des exemples de chrétiens qui se convertissent à l’Islam pour pouvoir vivre plus librement. La note po­sitive, c’est que les écoles et universités privées qui sont des institutions chrétiennes d’excellente répu­tation, constituent des facteurs non négligeables de convivialité entre communautés.

Qu’attendent les chrétiens de Terre Sainte du pape ?

Les chrétiens en général, quelle que soit leur confes­sion, attendent beaucoup de cette visite. Et en même temps, ils sont inquiets. Ils attendent de Benoît XVI une parole forte sur leur sort inacceptable et redou­tent que ce voyage pontifical ne se fasse à leur détri­ment, pour des raisons de haute politique.

Depuis la dernière offensive sur Gaza, ils sont dans une situation terrible, et ont de plus l’impression que l’Occident ne comprend rien à rien. Même s’ils n’ont bien évidemment pas le monopole du malheur, ils sont entre le marteau et l’enclume, entre les Israé­liens et les islamistes.

On sait que les chrétiens de Terre Sainte sont divi­sés entre catholiques, orthodoxes et protestants. Cela ne gêne-t-il pas les autres confessions que Benoît XVI semble symboliser les chrétiens dans leur ensemble ?

Vous savez, contrairement à une idée reçue, les or­thodoxes reconnaissent une certaine primauté au patriarche de Rome, c’est-à-dire le pape. Cela ne les gêne donc pas. Et de son côté, le Saint-Père pren­dra très certainement grand soin de parler au nom de la diversité chrétienne, c’est une évidence quand on connaît un peu l’œcuménisme.

Quel est l’impact majeur de la venue de Benoît XVI ?

Il est avant tout pastoral. Les chrétiens de Terre Sain­te prennent de plus en plus conscience de leur mis­sion spirituelle. Et ce n’est pas un aspect purement anecdotique, au contraire ; nous ne parlons pas d’une sorte de « réserve indienne » de chrétiens en Terre Sainte, il faut sortir de cette sociologie. Les chrétiens sont chez eux en Israël et en Palestine, et pas uni­quement en tant que gardiens des lieux saints. Ils ont une mission de témoignage, ils peuvent également faciliter des dialogues aussi discrets qu’efficaces en­tre communautés... et ils le font !

Propos recueillis par Natalia Branlard

ZOOM:
L’Eglise catholique en Terre Sainte

Israël et les territoires palestiniens comptent 7 180 000 habitants, dont 130 000 catholiques (1,81% de la population), regroupés en 9 circons­criptions ecclésiastiques, 78 paroisses et 3 cen­tres pastoraux. L’Eglise catholique dispose de 11 évêques, 406 prêtres, 1 171 religieux, 1 mission­naire laïc, 110 séminaristes et 14 petits séminaris­tes. 192 structures éducatives, de la maternelle à l’université, accueillent 43 876 élèves et étudiants. Le réseau d’assistance sociale compte 11 hôpi­taux, 10 centres de soins, 9 maisons de retraite, 11 orphelinats ou garderies, 4 centres de réhabilitation sociale et 2 autres institutions.

Source : Bureau central de statistique de l’Eglise


5. Jean-Marie Allafort : « Une occasion extraordinaire de se faire entendre »
J.M. Allafort est professeur à l’Institut chrétien d’études juives et de littérature hébraïque à Jérusalem, rédacteur en chef du site Un écho d’Israël

La minorité chrétienne en Terre Sainte, souvent ignorée, a besoin de visibilité. La venue du pape est à cet égard une opportunité exceptionnelle. Si la situation des chrétiens est complexe, à la fois pour des raisons politiques et religieuses, les exemples de co-existence pacifique entre communautés ne manquent pas.


Comment la communauté chrétienne
de Terre Sainte attend-elle la venue de Benoît XVI ?

Plus une communauté est petite, plus elle a besoin de montrer qu’elle existe. Ici, la minorité chrétienne n’intéresse personne. La visite de Benoît XVI est pour les chrétiens une occasion extraordinaire de se faire entendre. C’est d’ailleurs dans ce sens qu’il faut entendre la supplique adressée par les 40 chrétiens palestiniens au Saint-Père, comme un moyen de braquer davantage encore les projecteurs sur cette minorité. Je puis vous dire, en tout cas, que les de­mandes de billets pour les célébrations présidées par le Pape ont explosé. Les chrétiens attendent très for­tement cette visite.

Quel est l’état actuel des relations judéo-chré­tiennes en Israël ?

Parlons net : le dialogue interreligieux, tel que nous l’entendons sur un plan théologique, se déroule entre universitaires étrangers à Jérusalem, et en anglais.

Il n’y a pas de dialogue de cette nature qui se déroule véritablement en Israël. En revanche, il y a une « co­existence » concrète. A Haifa, à Tel Aviv, en Galilée, les juifs, les musulmans, les chrétiens font mieux que discuter, ils vivent ensemble. Oui, il y a des endroits où ça va mal. Mais aussi des endroits où les gens vi­vent ensemble... Et oui, les chrétiens palestiniens ont des problèmes de laisser-passer. Mais c’est en tant que Palestiniens, pas en tant que chrétiens. C’est un problème politique, pas religieux.

Le dialogue judéo-chrétien peut-il s’extraire totale­ment du dialogue Vatican – Israël ?

Sans hésiter, oui. Le dialogue judéo-chrétien est d’une tout autre nature que les négociations entre Israël et le Vatican, notamment sur le statut juridique et fiscal des lieux saints, pour lequel l’accord est en bonne voie. C’est un peu bizarre que l’on commence à polémiquer dans les journaux sur cette confusion imaginaire.

Propos recueillis par Natalia Branlard

SCOOP:

Statut juridique et fiscal des lieux saints : l’affaire est-elle bouclée ?

Confiée en 1993 à une commission bilatérale permanente de travail entre le Saint-Siège et l’Etat d’Israël, composée de spécialistes du droit, de la fiscalité et de l’immunité diplomatique, la négociation sur le statut  sta­tut juridique et fiscal des lieux saints serait sur le point d’aboutir. Selon des sources autorisées, l’un des principaux négociateurs de la commission aurait même confirmé que les parties étaient parvenues à un accord, signé la semaine dernière, et qui sera annoncé en temps opportun.

Décryptage : retour sur les enjeux de la négociation

L’Accord Fondamental, signé le 30 décembre 1993, peu de temps après les accords d’Oslo, prévoit la reconnais­sance mutuelle du Saint-Siège et d’Israël. Il garantit à l’Eglise le respect de ses activités en Terre Sainte, engage Israël à faciliter les pèlerinages et crée une commission bilatérale pour régler le volet purement fiscal de l’accord. Les enjeux de ces négociations sont simples : l’Eglise est-elle une entreprise comme les autres ? Dégage-t-elle du profit ? A-t-elle vocation à être taxée comme telle ? Seize années de négociations difficiles, ont été compliquées par l’instabilité politique en Israël. Le flou juridique est par ailleurs accentué par le fait que la Knesset n’ait toujours pas ratifié l’Accord Fondamental. Concrètement, cela oblige les institutions chrétiennes à des parcours administratifs ubuesques, subissant parfois des revirements législatifs préjudiciables. En apparence purement technique, la ques­tion porte cependant une charge symbolique forte sur le plan politique. Malgré l’avancée progressive des négocia­tions, l’absence d’accord ne manque pas de provoquer de vives tensions dans les relations entre l’Eglise catholique en Terre Sainte et les autorités israéliennes. Voilà pourquoi la signature d’un accord lèverait un obstacle majeur à la qualité de ces relations.

 

 

6. L’affaire Williamson est-elle close

pour les juifs et pour Israël ?

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La fermeté du pape et la bienveillance des autorités juives ont permis de lever le malentendu

En pleine tourmente médiatique autour des propos ouvertement négationnistes de Richard Williamson, on a craint que cette crise n’altère durablement et en profondeur, d’une part les relations entre juifs et catholiques, d’autre part celles entre le Vatican et Israël. Il n’en a rien été. Très rapidement, le gouvernement Israélien a dissocié cette affaire des relations diplomatiques entre les deux Etats et s’est satisfait des mises au point du Vatican. En terme de dialogue interreligieux entre juifs et catholiques, la mise au point extrêmement ferme du pape Benoît XVI, opposé depuis toujours à toute forme d’antisémitisme et de négationnisme, a eu pour effet d’apaiser les autorités religieuses juives, et même de renforcer les liens de confiance, tant avec la personne de Benoït XVI qu’avec l’Eglise catholique : « On ne pouvait pas attendre un engagement plus fort pour le dialogue et l’amitié avec le peuple juif. Parfois, une erreur aide à clarifier mieux les choses. Cette crise a ainsi permis de fortifier les positions. », a ainsi déclaré, à l’issue d’une audience avec le pape le 12 mars, le rabbin Rosen, chargé du dialogue interreligieux au sein du grand rabbinat d’Israël.

Guillaume de Prémare

Marie-Armelle Beaulieu
du bureau de Presse de la Custodie franciscaine de Terre Sainte

« En Israël, les accusations d’antisémitisme ont eu

l’effet d’un pétard mouillé »

Comment l’affaire Williamson a-t-elle été perçue en Israël ?


Les juifs ont été parmi les premiers à prendre la défense du Pape lorsque cette affaire a été montée en épingle. Contrairement à la plupart des médias, ils savent pertinemment ce qu’est une excommunication, et en quoi consiste pratiquement sa levée, parce qu’ils ont l’équivalent dans leur religion : le cherem (l’exemple le plus connu de personne frappée de cherem est le philosophe Spinoza). D’autre part, le dialogue continu entre ins­tances judéo-catholiques fait que ces accusations d’antisémitisme ont eu l’effet d’un pétard mouillé ici en Israël, sauf pour quelques extrémistes, dont le rabbin Michael Ben Ari.


 

Comment expliquer que certains médias occidentaux aient choisi cet angle-là pour traiter de la visite du pape en Terre Sainte ?


Quand Paul VI est venu ici, c’était pour rencontrer le patriarche Athénagoras. Il y avait un enjeu énorme : la
levée des excommunications entre orthodoxes et catholiques. Quand Jean-Paul II est venu, c’était à l’occasion du Jubilé. Benoît XVI, lui, vient pour un simple pèlerinage. Vous comprendrez aisément que, pour certains jour­nalistes, il n’y a là rien de bien passionnant. Il faut bien trouver de quoi, croit-on, intéresser les foules...

Propos recueillis par Natalia Branlard

 

L’association Médias & Evangile


Fondée par trois professionnels de la communication et des médias, l’association Médias & Evangile est destinée à faciliter le décryptage des actualités de l’Eglise catholique.


Les fondateurs :


Vincent Neymon, directeur de la communication du Secours Catholique
Patrice de Plunkett, essayiste et journaliste

Guillaume de Prémare, consultant en communication


En savoir plus : www.medias-evangile.org


© Médias & Evangile

 

Mis en ligne le 8 mai 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org